L’énigme de la rue Basfroi, Le puits des Fédérés

vendredi 23 mars 2012 

L’énigme de la rue Basfroi

Barricade de la Commune

Dans le cadre de mes recherches sur les lieux de mémoire de la Commune, j’essayais depuis pas mal de temps, sans succès, de localiser précisément la fameuse école de la rue Basfroi qui abritait le siège du Comité central de la Garde nationale pendant cette période. Elle est citée dans de nombreux ouvrages, sans que jamais son adresse soit précisée. Et pour cause : il n’y a jamais eu d’école rue Basfroi : en tous cas pas à l’époque de la Commune, comme en fait foi l’Atlas administratif des vingt arrondissements de Paris d’une précision remarquable ; réalisé en 1870 sous les ordres – c’est la formule officielle qui figure en en-tête dudit atlas – du baron Haussman. 
Je propose une explication : cette école serait en fait l’école des sœurs qui existait dans un ensemble d’établissements religieux qui se trouvait 37 rue St. Bernard, juste en face de l’église Sainte Marguerite : celle-ci abritant le club du Prolétaire. 
La rue St. Bernard a une configuration assez particulière qui la fait partir en ligne droite de la rue du Fbg. St Antoine, et termine après un important décrochement, de largeur rétrécie à l’époque, par un court tronçon situé dans le prolongement exact de la rue Bafroi. Si le découpage administratif du XIème arrondissement n’avait pas mis ce tronçon situé dans le quartier Ste. Marguerite, il aurait sans doute été intégré à la rue Basfroi. Et sans doute, tout le monde s’y trompait – beaucoup se trompent encore aujourd’hui sur le nom de cette portion – et appelaient cette école "de la rue Basfroi" puisque c’était la rue par laquelle ils y accédaient en venant de la mairie du XIème 
arrondissement. 
D’ailleurs, la barricade qui la protégeait à l’angle des rues Basfroi et de Charonne barrait cette dernière et non la rue Basfroi comme il eut été logique si l’école s’était réellement trouvée dans celle-ci. 
Ce n’est qu’une hypothèse, mais je ne vois pas d’autre explication, car je suis formel : l’école des sœurs actuelle du 16 rue Basfroi, n’existait pas à l’époque, pas plus qu’aucune autre.

Le puits des Fédérés

Barricade de la Commune

J’ai également trouvé l’emplacement du "Puits des Fédérés" qui se trouvait Villa Boquet, près de la place des Fêtes à Belleville. 
C’était un puits désaffecté où auraient été jetés les corps de nombreux fédérés, mais aussi de soldats versaillais, après la Semaine sanglante, et qui est resté dans la mémoire collective des bellevillois comme le Puits des Fédérés. 
La Villa Boquet se trouvait donc entre la rue Copans et la rue Bellevue. Elle débouchait dans cette dernière face à l’actuelle villa Sadi Carnot. Une partie de la rue Eugénie Cotton, qui traverse les horreurs en béton construites à cet emplacement, emprunte à peu près une partie de son tracé. 
J’ai trouvé ces références dans le bouquin de Maxime Vuillaume intitulé Mes cahiers rouges et le lieu dans l’Atlas municipal des 20 arrondissements de la Ville de Paris, réalisé par M. Alphand en 1898, sous le préfet 
Poubelle.

Philippe Boisseau

La villa des Platanes, une curiosité montmartroise

mercredi 21 mars 2012 

Le boulevard de Clichy, entre la place Pigalle et la place Blanche, avec ses boîtes à strip-tease, ses peep-shows et autres sex-shops, offre un morne spectacle que certains osent qualifier de pittoresque.

Mais soudain, au n°58, quelle surprise ! … A travers une importante grille de fer forgé, on aperçoit, au-delà de la sombre voûte, dans un halo de lumière, la façade ouvragée d’une maison modern-style.

Villa des Platanes

Un superbe escalier, en spirale à double volutes, terminé par deux statues porte-flambeau, constitue le principal élément décoratif de ce bâtiment situé dans la première cour du domaine.

Ce n’est que le début d’un remarquable ensemble monumental qui comporte plusieurs corps de bâtiments d’habitation et un agréable espace vert. Cette réalisation est due à l’architecte Deloeuvre, en 1896 ; elle est appelée la « Villa des Platanes  », et parfois la « Cité des Platanes ».

Une autre issue de la Villa des Platanes est située à l’extrémité de la rue Robert-Planquette (Anciennement avenue des Tilleuls) à la hauteur du 22, rue Lepic. La Villa des Platanes a connu, à la fin du XIXème siècle, de plus illustres voisins que ceux d’aujourd’hui : au n° 54 de l’avenue de Clichy, la brasserie des frites révolutionnaires de Maxime Lisbonne –Le D’Artagnan de la Commune- et, au n° 62, un célèbre cabaret de chansonniers, «  Les 4 Z’arts ».

A l’emplacement de la Villa des Platanes existait, à l’époque romantique, un vaste enclos qui s’appela « Lucas  » puis «  La Californie ». C’était un ensemble de pavillons, de jardins, et même une ancienne « folie » du 18ème siècle, qui existe encore, « La Villa des Tilleuls ».

Mais le plus curieux, dans ce domaine du rêve, reste encore à découvrir : sur un des anciens murs de la première cour de la Villa des Platanes, ce sont trois bas-reliefs bois sculpté qui évoquent les événements de la Commune.

Pourquoi cette évocation de la Commune dans la Villa des Platanes ? Il faut se reporter à la situation militaire de Montmartre au printemps 71 et pendant la « Semaine sanglante  », pour en saisir la raison.

Après le 18 mars, de nombreux canons restèrent parqués au lieu dit « Le Champ des Polonais », derrière le chevet de l’église Saint-Pierre de Montmartre. Mais ces pièces étaient mal entretenues et, pour la plupart, inemployées. Les barricades étaient inexistantes. Si l’artillerie et le génie avaient été bien employés, ils auraient fait de Montmartre une forteresse inexpugnable.

Jean-Baptiste Clément, membre de la Commune pour le 18ème arrondissement et délégué à la surveillance de la fabrication de munitions, s’était rendu compte du mauvais état de la défense de Montmartre : des obus traînaient partout, alors que des canons manquaient de munitions. Il sermonna rudement ses deux collègues de la Commune, membres, eux aussi, de la Commission de la fabrication des munitions : 
«  Nom de Dieu de merde, Assi et Sicard, je vous brûle la gueule si demain matin vous ne m’envoyez pas à la Mairie de Montmartre (place des Abbesses) un homme avec mandat, chevaux et voitures, pour nous enlever de la poudre, des fusées, artifices de Konvische, Ruggieri, plus des caissons de balles de mitrailleuses, plus, pour voir, les deux forteresses Babli que nous avons là, plus la machine électrique pour éclairer la plaine.  » [1]

Il s’agit, sans doute, de transporter du matériel stocké à la mairie du 18ème pour être utilisé sur différents points stratégiques de la butte.

Malgré les efforts de l’auteur du « Temps des cerises » pour pallier les défaillances de la défense, il est déjà trop tard pour redresser une situation si compromise. Le chef de la 18ème légion, Millière (homonyme du député fusillé sur les marches du Panthéon) est incapable de prendre une initiative rigoureuse. Plusieurs bataillons du 18ème sont engagés à l’extérieur de l’enceinte et ne pourront rejoindre leur arrondissement, en ordre dispersé, qu’après l’entrée des Versaillais dans Paris.

Le 23 mai 1871, après la prise des Batignolles et de la place de Clichy, Montmartre est attaqué sur trois points à la fois au nord par Saint-Ouen, car les Prussiens ont laissé le passage des Versaillais dans la zone neutre, au centre par le cimetière de Montmartre (où Louise Michel s’est bien battue), et au sud par les boulevards extérieurs.

Bas-relief insolite des combats de 1830

Les soldats de ligne grimpent aux buttes par les pentes qui y conduisent Rue Lepic, la résistance est très vive à la barricade qui défend la place Blanche. Un groupe de femmes, animé par Elisabeth Dmitrieff et Nathalie Le Mel, se joint aux fédérés ; après avoir subi de nombreuses pertes, les combattants se replient sur la place Pigalle.

Après la prise de Montmartre, on tua partout : 
« Autant de rues comptait la butte, autant on peut compter de tueries  », dira Camille Pelletan, dans La Semaine sanglante : 
- Tuerie rue des Abbesses, au coin de la rue Germain-Pilon 
- Tuerie rue Lepic, au coin de la rue Tholozé ; le long de la maison portant le numéro 48, vingt corps restent alignés sur le trottoir 
- Tuerie place de la Mairie. Les fédérés qui se trouvaient là sont percés à coups de baïonnette 
- Tuerie rue des Poissonniers 
- Tuerie au Moulin de la Galette. Les Gardes nationaux y sont surpris, cernés, désarmés. On en exécute quelques-uns sur place ; les autres sont emmenés au sommet de la butte, versant nord, sur l’emplacement d’une batterie destinée, pendant le siège, à combattre les batteries prussiennes de Stains, et y sont fusillés 
- Tuerie au Château Rouge. On portait les cadavres dans la cour d’une école voisine où l’on avait installé une morgue /…/ 
- Tuerie dans un petit enclos, rue des Carrières (rue Eugène-Carrière). On avait pris dans la même rue treize des défenseurs de la barricade, dont deux blessés. On les fusilla tous.
 » [2]

Plusieurs de ces massacres ont eu lieu dans le quadrilatère formé par le boulevard de Clichy, la rue Lepic, la rue des Abbesses et la rue Germain-Pilon. Le centre en était la Villa des Platanes. Il n’y a donc pas lieu de s’étonner qu’un artiste inconnu, peut-être témoin oculaire de la barbarie versaillaise, ait voulu laisser une trace de ces tragiques événements.

Précisons que la Villa des Platanes est un domaine strictement interdit aux étrangers à la cité.

Marcel CERF

Documentation

- Montmartre-Clignancourt 18ème . Edit. Village Communication, 1995. 
- Les grandes demeures montmartroises, Paris aux cent villages, n°63, juin 1982. 
- Montmartre à la Une, n°3, 2ème trimestre 2003, Les mystères de la Californie, Hector Plasme.


[1Arch. Nat. Dossier J.- B. Clément – BB 24/855 – S-79-1765

[2La Commune de Paris – Actes et documents – Episodes de la Semaine sanglante, Editions Clarté, 1921

Le Paris Communard du 18 mars 2009

mercredi 18 mars 2009 

"Marche communarde", organisée par l’association "Les amis de la Commune", le 18 Mars 2009, en mémoire de la Commune de Paris (1871).

Réalisation et Montage : Anaïs Dombret et Sylvain Pioutaz 
Photos : Anaïs Dombret