La toilette du Lion de Belfort

mardi 10 avril 2012 

Belfort a célèbré en 2010 le 130e anniversaire de son célèbre monument et commémorera en 2011, les 140 ans de la levée du siège de la ville.

Le lion de Belfort

La municipalité a décidé de réparer une lacune : le Lion, sculpté par Auguste Bartholdi, en 1880, mais qui n’a jamais été inauguré, le sera bientôt, après sa restauration. Fin août 2010, le félin s’est offert un gommage afin d’éliminer les mousses, lichens et autres parasites qui ternissaient son pelage de grès rouge.

Ce monument, qui domine la ville depuis 130 ans, symbolise la résistance de Belfort pendant la guerre de 1870. La population et la garnison, dirigée par le colonel Denfert-Rochereau, s’illustrèrent pendant 103 jours (du 3 novembre 1870 au 18 février 1871) par une défense héroïque face à l’envahisseur prussien.

Cet épisode glorieux valut à la ville d’échapper à l’annexion de l’Alsace et de la Lorraine pour former, avec une centaine de communes, le Territoire de Belfort, le plus petit département français de l’époque. Le sculpteur Auguste Bartholdi (1834-1904) fut sélectionné pour réaliser un monument dédié au courage des Belfortains. Un choix qui doit autant à son talent artistique qu’à sa conduite patriotique pendant la guerre franco-prussienne. En effet, l’adjudant major Bartholdi s’illustra le 13 septembre 1870 dans la défense du pont d’Horbourg, près de Colmar, sa ville natale [1].

Auguste Bartoldi (1834-1904)

En octobre, le futur sculpteur est nommé aide de camp de Giuseppe Garibaldi, commandant de l’armée des Vosges, composée de francs-tireurs. Il l’accompagnera jusqu’à son retour en Italie via Marseille, le 15 février 1871. Proche des républicains modérés comme Léon Gambetta et Adolphe Crémieux, tous deux ministres du gouvernement de la Défense nationale, Bartholdi condamne la Commune, qu’il accuse de diviser la France.

LE LION AUX BUTTES-CHAUMONT ?

Quelques jours après que les derniers communards aient été fusillés au mur des Fédérés, il s’embarque pour l’Amérique. C’est au cours de ce voyage que lui vient l’idée d’ériger une statue dédiée à la liberté, à l’entrée du port de New-York. La Liberté éclairant le monde sera inaugurée en 1886. Mais revenons à notre Lion. En 1873, une souscription nationale est lancée pour financer le monument de Belfort. Elle rapporte 92 000 francs. Inspiré par le Sphinx de Gizeh, découvert au cours d’un voyage en Egypte en 1856, Bartholdi choisit de représenter un lion, « harcelé, acculé et terrible encore dans sa fureur  ». Sa sculpture sera adossée à la roche, sous la citadelle surplombant la ville. Après six ans de travaux, le 14 janvier 1880, les échafaudages sont démontés et dévoilent la taille imposante de l’animal : 22 mètres de long sur 11 mètres de haut. Un différend entre le sculpteur et la municipalité empêchera son inauguration officielle. Bartholdi se contentera d’organiser une retraite aux flambeaux, le 28 août 1880. Un an plus tôt, il expose au Salon une étude en terre cuite de son Lion,conservée aujourd’hui au musée Bartholdi à Colmar [2] . «  Le conseil municipal de Paris a décidé l’acquisition du Lion de Belfort ; il sera probablement érigé aux Buttes-Chaumont », s’enthousiasme Bartholdi, qui y voit «  un hommage au patriotisme alsacien » et à celui « de la population de Paris pendant le Siège  ».

Lion de Belfort Place Denfet-Rochereau à Paris

Finalement, la statue sera installée en 1880 place Denfert-Rochereau, baptisée ainsi en hommage au défenseur de Belfort.

John Sutton


[1Pierre Vidal et Christian Kempf, Frédéric-Auguste Bartholdi, Les créations du Pélican/Vilo (2000)

[2Musée Bartholdi : 30 rue des Marchands, Colmar ; Tél : 03 89 41 90 60 — Site : musee-bartholdi.com

Bagneux : L’épisode de la Grange-Ory

vendredi 6 avril 2012 

Il s’agit d’un des épisodes les plus dramatiques de l’histoire de la Commune

qui annonce les massacres de la Semaine sanglante. Après la reprise de Bagneux par les Versaillais en avril 1871, la Grange-Ory, située sur le territoire de ce village, faisait figure de bastion fortifié avancé du fort de Montrouge, tenu par les Communards. Il était occupé par les hommes du 160e bataillon de la Garde nationale (c’était le bataillon de Verlaine), venus souvent du quartier latin et de Montmartre et plutôt indisciplinés…

Dans la nuit du 18 au 19 mai, la Grange-Ory fut reprise par les Versaillais dans des conditions particulières. Le mot de passe fut livré aux Versaillais ce qui permit à leurs troupes commandées par le colonel (et futur général bien connu) Boulanger de surprendre les Gardes nationaux.

La Grange Ory

Inauguration à Bagneux le 26 mars 2011, d’une plaque en mémoire du Massacre de la Grange Ory, alors dernier bastion avancé du fort de Montrouge tenu par les communards, le bilan est très lourd, on parle à l’époque de plusieurs centaines de morts, quelques jours avant la semaine sanglante.

Voici la version de l’agence Havas, Versailles, 19 mai 1871 : « Dans la nuit de jeudi à vendredi, nos troupes ont surpris les Fédérés entre Arcueil-Cachan et Montrouge. Deux bataillons ont enlevé à la baïonnette la Grange Ory et la maison Plichon, situées près du cfort de Montrouge. Les Fédérés endormis ont été massacrés à la baïonnette et sabrés par la cavalerie dans leur fuite désordonnée sur Paris. Les pertes des insurgés s’élèvent à 500 hommes tués ou blessés ; un colonel est parmi les morts.  »

Une autre version est donnée dans les souvenirs de Jean Allemane (un des futurs fondateurs du Parti socialiste français) repris par Maurice Choury (La Commune au quartier latin, 1961) : « Jean Allemane, en tournée d’inspection des positions tenues par les unités du cinquième dans le secteur de la Grange-Ory est témoin du laisser-aller des officiers, de l’indiscipline et du relâchement de la vigilance de la troupe, qui trouvent presque sous ses yeux, leur sanction dans un guet-apens versaillais. Les défenseurs ouvrent naïvement les bras aux lignards du colonel Boulanger qui s’avançaient vers eux aux cris de « Vive la Commune ! » et posent immédiatement leurs fusils pour les aider à descendre dans la tranchée ; ils sont immédiatement massacrés et sauvagement décapités. »

Les Communards purent ramener une dizaine de corps de leurs camarades décapités à Paris, ce qui fit une impression terrible. Peut-être était-ce le but recherché par les Versaillais ? Le nombre de Communards massacrés reste inconnu. Le nombre de morts avancé dans la dépêche Havas est certainement excessif, compte tenu des effectifs des gardes nationaux, et vise là encore à faire peur.

Quant à Boulanger, il continua son travail en faisant fusiller sommairement 700 Communards, place du Panthéon, quelques jours plus tard.

Le fort Fouras, dernière escale avant la Nouvelle-Calédonie

jeudi 5 avril 2012 

En août 1871, le fort Vauban de Fouras (Charente-Maritime) devint une prison provisoire pour quelque cinq cents Communards, dans l’attente pour la plupart de leur déportation en Nouvelle-Calédonie. Le musée régional de cette station balnéaire, située entre Rochefort et La Rochelle, évoque brièvement le souvenir de cet épisode. Depuis le bombardement de Saint-Martin-de-Ré en 1696, jusqu’au débarquement sur l’île d’Aix en 1809, la France connaît des attaques fréquentes de la flotte anglaise sur la côte atlantique. Pour s’en prémunir, elle hérisse le littoral de l’Aunis et de la Saintonge d’une ceinture de forts de l’île de Ré à l’île d’Oléron, destinés à protéger notamment l’embouchure de la Charente et l’arsenal de Rochefort. Mais les progrès de l’artillerie aux XVIIIe et XIXe siècles rendront ces citadelles obsolètes, d’où leur transformation en prisons.

Dès 1871, vingt-huit mille Communards furent transférés dans des ports militaires français, dont cinq mille cinq cents pour le seul arrondissement maritime de Rochefort. A titre de comparaison, ils furent cinq mille cinq cents à Cherbourg, treize mille à Brest et quatre mille à Lorient. Malheureusement, les archives maritimes de ces villes ont été détruites par les bombardements de la Seconde Guerre mondiale, à l’exception de celles de Rochefort, où les registres d’écrou ont été conservés.

« Le fort de Fouras pourrait recevoir 270 insurgés »

Grâce aux recherches des historiens dans ces registres [1], nous avons une idée approximative de la répartition des cinq mille cinq cents condamnés emprisonnés dans la région de Rochefort : la moitié sur huit navires mouillés dans l’estuaire de la Charente et l’autre moitié dans les différents « Forts de mer » sur les îles d’Oléron, d’Aix, de Ré et Madame, le fort Boyard, et le Fort d’Enet construit sur un îlot faisant face à Fouras, seul fort situé sur le continent. Le 5 août 1871, le préfet maritime télégraphie à Paris que « le fort de Fouras pourrait recevoir 270 insurgés ». Cinq cents Communards y seront détenus en tout. Le plus célèbre d’entre eux, Laurent Ferré, y fut emprisonné du 27 juin au 1er décembre 1871. C’est à Fouras qu’il apprit la nouvelle de la mort de son fils, Théophile, délégué de la Sûreté générale de la Commune fusillé à Satory le 28 novembre, en compagnie de Rossel et de Bourgeois. Souvenir émouvant de la captivité de Laurent Ferré : une gourde sculptée de sa main est conservée dans une vitrine du musée régional installé dans le fort. Un pistolet d’époque, trois balles, et une gravure en couleur, intitulée : « Embarquement des condamnés de la Commune », rappellent brièvement cet événement.

Fort Fouras

Le scorbut, la vermine et les rats

Dès le 27 mai 1871, l’amiral préfet maritime annonce que tout est prêt à l’île d’Aix pour recevoir quatre cents « insurgés » gardés par une centaine d’hommes du 6e régiment de ligne de La Rochelle. Le 2 juin, trois cent quatre-vingt- sept prisonniers sont donc transférés au fort Liédot. Plus connu de nos jours, grâce au célèbre jeu télévisé, le Fort Boyard fut reconverti en prison spécialement pour les Communards [2]. Les 3 et 4 juin 1871, six cent un d’entre eux y sont internés. Leurs conditions de détention sont particulièrement rudes. La ration alimentaire quotidienne se compose d’une livre et demie de pain ou de biscuits souvent moisis et de fayots. L’ordinaire est complété de lard salé ou de fromage lorsque la viande est avariée, ce qui est souvent le cas. Les prisonniers ne reçoivent ni vin ni tabac. La privation de fruits et de légumes frais provoqua une épidémie de scorbut en août 1871. Ce qui entraîna l’évacuation sanitaire des détenus vers les forts des îles d’Aix et Madame, puis celui de Fouras. Les Communards entassés sur les pontons doivent se contenter d’un hamac pour deux, et s’allongent à tour de rôle sur le plancher, roulés dans une mince couverture. Dans les forts, les prisonniers sont enfermés dans des casemates baignant dans une humidité permanente. En guise de couchage, chaque homme n’a droit qu’à une poignée de paille, changée deux fois par mois. Les détenus subissent les as sauts de la ver mine et des rats.

Fort-Boyard

Fort-Boyard, citadelle noire en plein océan

Aussitôt les prisonniers inscrits sur les registres d’écrou, les renseignements les concernant sont transmis à Versailles et répartis par l’autorité militaire dans les différents commissariats de quartiers ou les gendarmeries, afin de connaître leurs antécédents judiciaires et leur rôle dans l’insurrection.

Ainsi, les officiers instructeurs, lorsqu’ils débarquent à Rochefort en juillet, disposent déjà de renseignements de police pour confondre les Communards. Après les interrogatoires, les dossiers sont transmis à la 1re division militaire, qui décide de façon expéditive du sort de chaque prévenu : non-lieu ou inculpation. Les inculpés sont ensuite dirigés vers un Conseil de guerre. En septembre, l’instruction est pratiquement terminée.

Dès la fin de 1871, le fort Boyard recevra les condamnés à la déportation en Nouvelle-Calédonie, dont Fran cis Jourde, Paschal Grousset et Henri Rochefort. Olivier Pain, qui collabora aux journaux de ces deux derniers, donne une vision effrayante de Fort-Boyard : 
« Grande citadelle noire, bâtie sur un immense rocher en plein océan et semblant sortir des flots ». « De la chaloupe où on les entassait (...), les prisonniers se sentaient le cœur serré à l’aspect de cette prison, sorte de monstre marin dont la porte garnie d’une herse ainsi qu’une gueule armée de mâchoires, bâillait et s’apprêtait à les dévorer... », décrit le journaliste.

Les rares tentatives d’évasion depuis les forts de Charente-Maritime furent toutes vouées à l’échec. Le 8 dé cembre 1871, Joseph Pfotzer, marin de commerce interné à l’île Madame, profite d’une corvée d’eau pour s’enfuir sur le continent et essayer d’embarquer sur un navire suédois. Il sera capturé le lendemain et mis aux fers. Un an plus tard, Henri Rochefort tente de s’échapper de la citadelle de Saint-Martin-de-Ré, mais il est repris. Rochefort, Jourde et Grousset réussiront finalement à s’évader ensemble du bagne de Nouvelle- Calédonie, le 21 mars 1874...

John Sutton


[1Louis Bretonnière et Roger Pérennès. « L’internement des prévenus de la Commune à Rochefort » (1871-1872), édité par le Conseil général de la Charente-Maritime et l’Université inter-âges de Nantes (1991).

[2Jean-Luc Debry . « Pierre Pirotte ou le destin d’un Communard », éditions CNT (2005).

Les Montées au Mur

jeudi 5 avril 2012 

En mai 1871, le cimetière du Père-Lachaise, situé au cœur du Paris populaire, sert de camp retranché à deux cents Fédérés. Suite à l’assaut des Versaillais, les survivants, ainsi que des prisonniers de Mazas, sont fusillés contre le mur Est du cimetière et, avec des milliers d’autres corps de Fédérés tombés dans les quartiers voisins, enterrés dans la fosse commune.

Dès la Toussaint 1871, le mouvement ouvrier étant décimé, ce ne sont d’abord que quelques mains anonymes qui viennent fleurir la fosse. Par la suite, les premiers rassemblements politiques se font sur certaines tombes, comme celle de Gustave Flourens à partir de 1876, mais pas encore auprès du Mur.

C’est le 23 mai 1880 qu’a lieu la première montée au Mur des Fédérés. Les journaux socialistes, comme L’Égalité de Guesde, ayant lancé un appel, un cortège se forme depuis la Bastille et monte au Mur, derrière deux couronnes mentionnant : «  L’Égalité, aux 24 000 fusillés de mai 1871  » et «  la Chambre fraternelle de Narbonne ». La police charge, détruit les couronnes, et s’interpose entre la fosse commune et les manifestants qui lancent des bouquets d’immortelles rouges par-dessus les policiers. La presse bourgeoise, y compris radicale, condamne et minimise la manifestation. Mais le 11 juillet 1880, la loi d’amnistie plénière est votée en faveur des condamnés de la Commune.

Dès 1882, le rassemblement et la parole sont autorisés au bord de la fosse, avec, l’année suivante, des drapeaux et des gerbes suspendues au Mur. Le cortège devient une tradition, avec des manifestations gérées par les anciens combattants de la Commune. Le relais est ainsi pris : la Commune n’est pas morte !

Cela n’exclut pas les affrontements avec la police qui se font plus nombreux avec l’arrivée de Lépine à la Préfecture de Police. Ce dernier impose, à partir de 1895, un fractionnement de l’entrée dans le cimetière par groupes de deux cents et interdit discours, chants et cris devant le Mur. Cela entraîne de sérieux accrochages en dehors des murs. La rigueur de ces mesures fait décroître le nombre des participants.

25 mai 1885. La manifestation au Père-Lachaise pour les obsèques de Cournet, ancien communard, est chargée par les gardiens de la paix et les gardes républicains.

Beaucoup y renoncent en réprobation à ces dispositions inacceptables. Jusqu’en 1905, les socialistes divisés se retrouvent pour honorer la mémoire de la Commune.

Puis, suite à la réunification, Jaurès appelle, en 1907, à être «  vraiment fidèle à la pensée des grands morts  ».

En 1908, le Comité du monument reprend vie et obtient gain de cause auprès de la République radicale fraîchement victorieuse aux plans national et local. Le Comité affecte les 1400 francs qu’il possède à deux monuments destinés aux cimetières du Montparnasse et du Père-Lachaise.

En mai 1908, c’est l’inauguration de la plaque de marbre, gravée « Aux morts de la Commune, 21-28 mai 1871 » [1] et d’un monument à Eugène Pottier, dans la 95e division, avec libre accès1, drapeaux, discours, et même une tribune devant le Mur. Dix mille personnes participent à cet événement.

Cette manifestation intéresse les partis politiques qui s’en occupent, à partir de 1908 pour la toute récente SFIO des socialistes réunifiés et, après la Guerre de 14-18, pour le Parti Communiste Français. Le cortège tend à être plus ordonné, comme le 27 mai 1910, qui est un succès avec 30 000 manifestants et se déroule sans heurts.

Il est interdit en 1913 ; le Parti socialiste tient cependant à faire une démonstration de force et organise un grand meeting au Pré-Saint-Gervais qui rassemble 150 000 personnes.

Jean Jaures au Pré-Saint-Gervais en 1913

Jaurès y est un orateur très remarqué. Les discours commencent tous par un hommage aux Fédérés, et une couronne est déposée, au pied du Mur, par la direction du Parti socialiste. Pendant la guerre de 14-18, le rite est malgré tout perpétué avec le dépôt de quelques gerbes.

L’année 1936 retient tout particulièrement l’attention. En effet, le cortège suit de très près la victoire du Front populaire aux législatives. L’insigne officiel est « 1871-1936 » ; 600 000 personnes défilent pendant neuf heures de la Nation au cimetière. Léon Blum est présent dans le cortège ; on y annonce les victoires des premières grèves avec occupation. Des ouvriers en grève se rencontrent au Mur, parlant de leurs luttes ; et cette commémoration de la Commune favorise la grève générale.

600 000 personnes "montent" au Mur. Parmi elles, on peut reconnaître Maurice Thorez, Léon Blum et Marcel Cachin.

Pendant la Seconde Guerre Mondiale, une des manifestations de la Résistance est d’aller fleurir le Père-Lachaise. Après guerre, en 1945 et en 1946, les montées au Mur sont d’une grande ampleur ; les résistants fusillés ravivent le souvenir des morts de 1871. Dans le dernier chapitre de son roman, La Montée au Mur, Hélène Parmelin décrit le cortège de 1945. On y lit toute l’émotion de cette première montée au Mur après la Libération. Dans le cimetière et les rues environnantes, les portraits des Résistants et des Communards se côtoient. Des déportés récemment rentrés sont présents : « Les déportés de la guerre fasciste marchaient vers le Mur des Fédérés ; Mauthausen, Buchenwald, Auschwitz firent la liaison avec les martyrisés de la Commune, les affamés des camps de Thiers, les tués du Père-Lachaise. » [2]

Les événements de 1968 réactivent, à leur façon, la mémoire de la Commune, et alors même qu’en mai 68, le Père-Lachaise est fermé, « les Amis de la Commune » négocient avec le personnel CGT en grève. En effet, le Mur des Fédérés, ayant toujours été fleuri, même sous l’occupation nazie, le serait aussi en mai 68. Le personnel du cimetière ouvre à la sauvette pour faire entrer une délégation avec Jacques Duclos au titre de président de l’Association, et Emmanuel Fleury, alors secrétaire général.

Depuis le début des années 60, l’« Association des Amis de la Commune de Paris-1871 » appelle ses adhérents à rejoindre le groupe de tête. Dans les années 70, elle reprend l’organisation de la manifestation dont le succès ne se dément pas ; les partis de gauche y sont conviés.

La banderole des Amis de la Commune se dirige vers le Mur.

La montée au Mur des Fédérés est un événement unique qui attire toujours une foule très diverse, motivée par des idéaux communs et une même envie d’agir, consciente de la nécessité de sa présence sur la voie ouverte par les Communards.

MICHÈLE CAMUS

Nous recommandons tout particulièrement la lecture du livre de Danielle Tartakowsky, Nous irons chanter sur vos tombes, Aubier, Collection historique, 1999.


[1En 1990, cette plaque, enlevée et remplacée par une nouvelle, a été apposée au siège des « Amis de la Commune de Paris-1871 » .

[2Hélène Parmelin, La Montée au Mur, Les Editeurs Français Réunis, 1950 ; prix Fénéon 1951.

Fort Boyard...

samedi 24 mars 2012 

Fort Boyard, pour beaucoup de personnes, est seulement le décor original d’un jeu télévisé qui existe depuis quinze ans et dont les participants sont soumis à de rudes épreuves tenant les téléspectateurs en haleine. Combien savent que de nombreux prévenus de la Commune furent internés dans ce site surprenant ?

Le fort construit en pleine mer a pour origine un projet de 1801 du premier consul qui craignait l’invasion des Anglais par le littoral atlantique. Les travaux commencèrent en 1804. Les assises sont terminées en 1848 et la construction définitive ne sera achevée qu’en 1854. A cette date, le fort se révéla inutilisable, étant donné les progrès de l’artillerie et il devint un lieu de détention.

Fort Boyard a les dimensions suivantes : 68 mètres sur 31 et 20 mètres de haut. Les batteries sont établies en casemates avec des embrasures étroites. Il y a 66 casemates dont chacune peut contenir une vingtaine d’hommes.

A l’époque de la Commune, il n’y a pas encore de tigres à Fort Boyard, mais des gardes-chiourmes qui surveillent étroitement les prisonniers. Le 3 juin 1871, il y a 601 communards internés. Ce sont surtout des insurgés condamnés à la déportation. Rochefort, Paschal Grousset, Olivier Pain, Jourde, Assi, le docteur Rastoul séjournèrent à Fort Boyard.

Dans « Aventures de ma vie », Rochefort décrit ainsi son arrivée au fort : « Notre cœur se serra quand le mastodonte en pierre, bâti sur la roche Boyard, nous apparut dans la rougeur du matin. Noir et percé de sabords d’où sortirent des yeux féroces, figurés par les canons qui semblaient nous suivre du regard ».

Les conditions d’hygiène sont déplorables. Les détenus reçoivent un kilo de paille par homme, renouvelable tous les quinze jours. La paille piétinée devient rapidement une couche infecte où grouille la vermine.

Fort Boyard

La ration alimentaire est composée de viande de bœuf distribuée le dimanche et le jeudi, et les autres jours du lard salé, remplacé par du fromage quand le lard est avarié, parfois de la morue à l’huile, une livre de pain ou des biscuits de soldat et des haricots. Ni vin, ni tabac ; aucun légume frais n’est prévu, ce qui provoque une épidémie de scorbut chez des prisonniers déjà arrivés dans un état physique lamentable.

Le 7 août 1871, 22% des internés de Fort Boyard sont atteints par la maladie. L’évacuation des scorbutiques vers d’autres centres de détention est décidée. Le 25 août, il n’y a plus que 9,21% d’internés contaminés.

Les forts côtiers seront progressivement évacués et le Fort Boyard est définitivement fermé le 28 juin 1872.

En 1961, le ministre des armées rend le fort aux domaines. Plus tard, par vente aux enchères, il est acquis par un dentiste. Après être passé dans les mains de différents acquéreurs, Fort Boyard est maintenant propriété du Conseil général de Charente maritime.

Documentation : Louis Bretonnière, Roger Pérennès, L’internement des prévenus de la Commune à Rochefort (1871-1872), Conseil général de la Charente maritime, Université Inter-âges de Nantes, 1996.

Marcel Cerf