2016 - trimestre 4

samedi 10 décembre 2016 

PIERRE VINCLAIR LA FOSSE COMMUNE


Déjà auteur d’un long poème évoquant la Commune, publié dans son recueil Les Gestes impossibles chez Flammarion en 2013, Pierre Vinclair, professeur de philosophie, romancier, poète et essayiste, nous livre ici un roman entièrement consacré aux événements parisiens du 18 mars au 28 mai 1871, qu’il met habilement en relation avec la vague d’attentats anarchistes de décembre 1893 (Auguste Vaillant à l’Assemblée nationale) à février 1894 (Emile Henry au café Terminus près de Saint-Lazare).

Nous suivons les pérégrinations de ses deux (anti)héros de fiction, mobilisés dans l’armée de Thiers pour récupérer les canons de Montmartre et ralliés aux insurgés. L’un, Achille Desotin, patriote, s’enfuit en Belgique début avril 1871, soutient Boulanger après l’amnistie dans les années 1880, aspire à une carrière littéraire dans l’avant-garde et devient un nationaliste antisémite, succombant à l’attentat de février 1894. L’autre, Zacharie Lécréand, après avoir tenté sans succès de fuir Paris après l’échec sanglant de la sortie vers Versailles des 3 et 4 avril 1871, est capturé pendant la Semaine sanglante, déporté en Nouvelle-Calédonie et défend l’héritage des Communards à son retour en France, rendant hommage à ses camarades tombés au Père-Lachaise.

Avec son écriture ciselée et puissamment évocatrice, Pierre Vinclair mène une réflexion foisonnante sur les itinéraires individuels dans l’histoire et interroge de façon stimulante les notions de liberté et d’égalité, de justice et d’injustice, de patrie et de nation, de révolution et d’utopie, de paix et de violence, de mémoire des vainqueurs et des vaincus. Un petit roman par la taille mais un grand livre par le contenu.

HERVÉ LEMESLE

Pierre Vinclair, La Fosse commune, 2016, Le corridor bleu, 199 pages, 16 €.


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BRUNO BACHMANN COMME UN, COMMUNE, OU LES TRIBULATIONS DE MADELEINE ET THÉO FISCHER, DU PARIS LIBRE DE 1871 À RIO DE JANEIRO


Un livre dense, difficile à lire d’une traite, tant les informations précises sur ce moment de l’histoire qu’est la Commune abondent. Cet ouvrage au titre long, mais ô combien explicite, est un vrai roman d’aventure, de cape et d’épée. Un style très descriptif qui nous donne à voir ce que nous lisons.

Un roman sur un manuscrit retrouvé, censé être du communard Théo Fischer, écrit pour, dit-il, « ne pas sombrer dans la folie » durant sa déportation en Nouvelle-Calédonie.
Quelques épisodes intriguent cependant par leur manque de précisions, comme par exemple le récit de son évasion de Nouvelle-Calédonie. On effleure juste le sujet, or l’on sait les difficultés immenses pour réaliser cet exploit et combien peu de communards y sont parvenus !
Il est vrai qu’il s’agit d’un roman, ce qui permet des écarts vis-à-vis de l’histoire.

Le héros parle de sa femme avec un amour infini, la décrit comme une héroïne qui n’a peur de rien et qui le pousse au combat. C’est en fait le récit d’une tranche de vie, longue, tellement intense. Un homme courageux, engagé, comme fut la vie de bien des couples de communards durant les 72 jours de la Commune.

On renâcle un peu sur les longues descriptions des combats de rue, mais on y retrouve ce boxeur communard que fut Charlemont. Ce pouvait être le grand frère apprenant la technique d’une défense indispensable pour affronter la mort au combat. Un mode d’emploi pour survivre en quelque sorte. Une devise défendue par Théo Fischer, peu recommandable, mais tristement humaine : « Tuer pour ne pas être tué ! »

On y rencontre aussi une multitude de personnages, comme Francisco Salvatore Daniel, ce merveilleux musicien communard, découvreur de la musique berbère, ou encore Louis Xavier de Ricard qui fut adjoint au Jardin des plantes… et tant d’autres. Des personnages, dont le nom serait tombé dans l’oubli sans des ouvrages comme celui-ci, et la persévérance d’adhérents de notre association, comme à Fontenay-sous-Bois, où une rue porte maintenant ce nom.

Il nous faudra tant et tant de temps pour les faire reconnaître tous ! Cet ouvrage nous en révèle vraiment beaucoup avec bien des précisions passionnantes. Difficulté de l’œuvre sous forme de roman, il mêle la réalité à la fiction et il faut chaque fois s’arrêter, s’étonner lorsque l’on découvre un personnage jusque-là inconnu : «  Est-ce vraiment un communard ? », se demande-t-on. Après avoir constaté que l’auteur a raison ou non, on reprend la lecture. Ce livre riche par lui-même d’épisodes multiples est, en plus, augmenté de notes précises, précieuses et nombreuses au bas de chaque chapitre.

Après un long temps passé à se plonger dans cet ouvrage de 500 pages, il faut relire les notes avec l’envie d’y revenir souvent, d’en copier beaucoup car elles enrichissent nos connaissances. Un ouvrage riche de références.

CLAUDINE REY

Editions Petra, 2014 – 25 euros


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ANDRÉ LÉO JOURNALISTE COMMUNARDE


Les Cahiers d’histoire, revue d’histoire critique, éditée en partenariat avec Espaces Marx et la Fondation Gabriel Péri, sous la direction d’Anne Jollet, consacre dans son dernier numéro un important article à Léodile Champseix, dite André Léo. Les auteurs font ressortir l’originalité de sa pratique journalistique, étroitement articulée aux événements, qui dépasse dans l’urgence le simple journalisme de reportage.

Notre ami Alain Dalotel, dans sa biographie de référence, André Léo, la Junon de la Commune, avait déjà fait ressortir l’importance de son engagement dès son retour à Paris, début avril 1871, après un séjour de repos dans sa Vienne natale. Notre parcours communard d’octobre avait fait une halte dans le quartier de la presse et Éric le Bouteiller avait localisé plusieurs journaux dont La Commune, réputé proudhonien, et Le Cri du peuple de Vallès, parmi les quatre-vingt-dix, pour la plupart éphémères, créés pendant la Commune.

André Léo écrit régulièrement dans les deux premiers mais surtout dans La Sociale, quotidien politique du soir à un sou où elle signe quinze textes en première page à partir de la mi-avril et jusqu’au 16 mai, date de l’avant-dernier numéro. Le journal transcrit surtout les débats de la Commune et les nouvelles militaires et elle envoie ses articles par la poste sans participer à d’éventuelles réunions. Son écriture est élégante, rien à voir avec l’écriture vociférante du populaire Père Duchêne, qui fournissait cependant l’essentiel des subventions.

Ses articles sont des analyses de la situation, virulentes avec les Versaillais, comme dans « Les neutres  », ou prémonitoires comme dans « La France avec nous » paru les 9 et 10 avril dans La Commune où elle déplore l’isolement de Paris. Elle tente le rapprochement avec la province et les paysans dans « L’appel aux travailleurs des campagnes  » (La Sociale du 3 mai). Elle déplore la mise à l’écart des femmes dans les décisions politiques ou leur insuffisante intégration, et propose leur offre de services dans « Appel aux citoyennes  » (Le Cri du peuple, 2 mai) ou « Aventures de neuf ambulancières à la recherche d’un poste de dévouement » (La Sociale, 6 mai). Elle y pointe la différence d’attitude des officiers, méprisants à l’égard des femmes, sauf Rossel, et des gardes nationaux, fraternels et qui les acclament. Elle s’adresse à Dombrowski dans « La révolution sans la femme  » (La Sociale, 8 mai). Consciente que la victoire militaire est peu probable, elle mène parallèlement la bataille de l’avenir, érigeant les communards en martyrs de « la grande, la vraie, la seule révolution sérieuse de ce siècle  » (« Appel aux consciences  », (La Commune, 22 avril 71).

Comme bien d’autres, elle paiera son engagement de l’exil en Suisse et de longues années de silence obligé, avant quelques articles plus théoriques que journalistiques dans Le Socialisme progressif ou L’Aurore, qui deviendra le grand quotidien dreyfusard.

EUGÉNIE DUBREUIL

Charlotte Cosset et Gilles Malandain, André Léo journaliste. Engagement et témoignage (1866-1871), Cahiers d’histoire, Revue d’histoire critique, n°132, juillet-septembre 2016, 17€ (6 avenue Mathurin Moreau 75167 Paris Cedex 19) Tel. 0142174527
On peut également lire et télécharger librement l’article à l’adresse : http://commune1871.org/plugins/auto/sarkaspip/v3.4.6/images/lien_out.gif") right center no-repeat transparent;">http://chrhc.revues.org/5402#tocto1n2


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LOUISE MICHEL LA COMMUNE


Ce livre reprend des textes déjà publiés de Louise Michel et entièrement revus. Les modifications apportées ne concernent que les coquilles typographiques, la ponctuation, la correction de quelques dates, et une mise en forme spécifique.

Pour Claude Rétat et Éric Fournier, dans la présentation de l’ouvrage, Louise Michel est une communarde idéaliste révolutionnaire, éprouvant des difficultés à parler d’elle-même.

Il s’agit là d’un livre d’histoire et de combat, nous faisant revivre les jours tragiques que connut la Commune. De nombreux témoignages, citations et déclarations permettent une approche plus précise d’évènements s’étant déroulés sur plus de dix ans, dont son attitude lors de son procès.

Ce livre est extrêmement détaillé, partant de la déchéance de Napoléon III en septembre 1870 jusqu’au retour de Louise Michel de Nouvelle-Calédonie. On y trouve également le récit d’une communarde qui raconte sa rencontre avec Louise Michel.

C’est un ouvrage intéressant et complet. Il est utile d’ajouter cette phrase : «  Nous ne valons pas mieux que les hommes, mais le pouvoir ne nous a pas encore corrompues ».

ANNETTE HUET

Nouvelle édition établie et présentée par Éric Fournier et Claude Rétat, Éditions La Découverte, 2015.

2016 - trimestre 3

jeudi 15 septembre 2016 

LA COMMUNE DE PARIS 1871 AVEC LES OUVRIERS MAÇONS DES CONFINS BERRY, MARCHE ET LIMOUSIN


Notre ami Jean Chatelut, ex-maître de conférences à la Faculté de Médecine et de Pharmacie de Limoges, maire honoraire de la commune de Saint-Benoît-du-Sault dans le sud de l’Indre, vient de faire paraitre un bien bel ouvrage, très précieux pour l’histoire. Cette parution est l’aboutissement d’un intérêt porté depuis de longues années par l’auteur aux maçons de la Commune, tous natifs de province.

L’important travail de recherches fait par Jean a reposé sur plusieurs sources peu utilisées qui ont permis de redonner vie, à travers de courtes et précises biographies, aux 674 migrants originaires de la Basse-Marche – soit le sud de l’Indre tout naturellement, le nord de la Creuse et de la Haute-Vienne –, emprisonnés après la Commune, et en grande majorité ouvriers du bâtiment. Les données statistiques, résultat d’une recherche minutieuse, apportent des éléments d’information sur les réseaux de proximité de métier et entre maçons à Paris, dans le même esprit que quelques autres travaux spécifiques : lieux d’habitation, conditions de vie, dates d’arrestation, conditions de la répression et de la déportation.

Des documents, émanant des conseils de guerre ou de l’enquête parlementaire sur l’insurrection de 1871, permettent de s’imprégner de l’histoire de ces migrants et du destin, à teinte si humaine, d’un certain nombre d’entre eux, hommes mais aussi femmes de communards. Les notes de l’ouvrage resituent les éléments physiques du pays concerné, ainsi qu’une approche d’ardentes structures auxquelles ont pu appartenir ces maçons.

Des cartes légendées d’une grande clarté permettent une approche visuelle immédiate, de même que les illustrations. C’est donc un beau livre, très original, car consacré à un pan ouvrier de ce peuple qui a fait la Commune et en a subi la plus féroce des répressions, mais dont l’histoire est encore à écrire. Le livre de Jean y contribue pleinement. Il y a forte nécessité aujourd’hui de s’attacher à relater cette histoire populaire de la Commune.

Jean Annequin

Jean Chatelut, La Commune de Paris 1871 avec les ouvriers maçons des confins Berry, Marche et Limousin, 2016, Payse éditions. 204 pages, 37 illustrations hors texte. Prix : 20 € (port compris), à commander à Payse éditions, 3 route de la Ganne, 36170 Saint-Benoît-du-Sault ou à Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.) right center no-repeat transparent;">Cette adresse e-mail est protégée contre les robots spammeurs. Vous devez activer le JavaScript pour la visualiser.

2016 - trimestre 1

dimanche 6 mars 2016 

LA COMMUNE DE PARIS 1871 PAR SAVIGNAC ET GUÉRIN


Cet album est réalisé par deux passionnés de l’histoire des mouvements révolutionnaires. Un Parisien de la garde nationale observe, raconte et commente les principaux évènements, depuis le début de l’année 1870 jusqu’à la fin de la répression. Profondément patriote, il est «  fier de sa commune  » dont il est plus témoin qu’acteur. La narration est bien documentée et l’essentiel des évènements est relaté sans développement.
Puisque l’auteure, Dominique Guérin, fait parler un homme du peuple, elle utilise un langage parlé populaire qui peut gêner certains, mais ne manque pas de saveur.

Cet album est illustré par 20 grandes planches d’Eric Savignac, en face du texte. Les peintures très colorées et originales correspondent bien à ce texte et font l’originalité de l’œuvre.

MARIE-CLAUDE WILLARD


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AVOIR VINGT ANS AU QUARTIER LATIN


«  Les étudiants affectaient d’être négligés dans la tenue, d’avoir des cheveux longs et mal peignés, portaient de grosses cannes et de longues pipes, bavards, communs, criards (…), ainsi étaient ceux que l’on remarquait, écrit Jules Vallès dans ses Souvenirs d’un étudiant pauvre, qui viennent d’être réédités. « Les autres paraissaient étriqués, fripés, leurs livres sous le bras, mais point vêtus à la mode, et ayant presque tous l’air pauvre, quand ils n’avaient pas l’air canaille  », poursuit-il. L’ancien lycéen de Saint-Etienne et de Nantes appartient plutôt à la deuxième catégorie, celle qui ne rate pas une occasion de s’opposer à l’injustice. « J’ai dix ans de colère dans les nerfs, du sang paysan dans les veines, l’instinct de révolte… », écrit-il. Du 8 janvier au 5 mars 1884, un an avant sa mort, Jules Vallès publiera ses souvenirs d’étudiant dans Le Cri du peuple, quotidien qu’il a fondé en 1871 et relancé en 1883. Son récit se situe chronologiquement entre Le Bachelier et L’Insurgé, et aurait pu constituer un quatrième tome à la trilogie de Jacques Vingtras.
Ses compagnons de l’époque s’appellent Arthur Arnould, Arthur Ranc, tous deux futurs élus de la Commune et Charles Chassin, journaliste républicain qui sera arrêté par Thiers le 18 mars.
Vallès est invité chez les Arnould pour partager le pot-au-feu du dimanche. On y chante La Marseillaise ou La Carmagnole, on y boit, on y dîne, et on y discute sans fin. On parle même de lancer un journal.

L’étudiant fait place à l’insurgé

Dans ses Souvenirs, il dresse le portrait de Théophile Ferré, futur délégué à la Sûreté générale pendant la Commune et fusillé à Satory : « Un garçon aux cheveux bruns et brillants comme un écheveau de soie noire, aux moustaches fines, à la barbe soignée, dans laquelle luisait un éternel sourire qui montrait ses dents de jeune chien. Un nez d’aigle était vissé comme un éperon de combat sur cette face jeune et vive.  » Les mêmes convictions républicaines et la même haine contre le régime de Louis-Napoléon Bonaparte unissent ces jeunes hommes. Après l’interdiction du cours de Jules Michelet au Collège de France, le 14 mars 1851, « ce fut une autre vie qui commença pour moi », confie Vallès. « Je me lançai à corps perdu dans le mouvement et je me trouvai en relations avec des camarades nouveaux que j’ai désignés sous le nom de Rock, Renoul, et qui s’appelaient Arthur Ranc, Arthur Arnould, écrit-il en guise de conclusion. Le 15 avril, nous nous retrouverons dans le Quartier latin, au milieu des préparatifs de batailles, pendant l’année qui fut déshonorée par le coup d’Etat. »
Le 2 décembre, à 7 heures du matin, Ranc vient annoncer à Vallès le « coup de maillet », c’est-à-dire le coup d’État. On cherche des fusils. L’étudiant fait désormais place à l’insurgé.

JOHN SUTTON

Jules Vallès, Souvenirs d’un étudiant pauvre, éditions Libertalia (2015).


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AUGUSTE BLANQUI, CRITIQUE SOCIALE : FRAGMENTS ET NOTES


Fragments et notes publié aux Editions Dittmar est le deuxième volume de l’ouvrage de référence d’Auguste Blanqui, Critique sociale, qui n’avait jamais été réédité depuis 1885.

Ces fragments et notes, parfois très brefs, fulgurants, nourrissent la pensée et obligent à la recherche. Épargne, crédit, impôts, propriété intellectuelle, capital, santé, misère, et tant d’autres thèmes, trouvent ici une approche d’une vision très en avance sur son temps.

Pour la période de la Commune de 1871, nous comprenons mieux, avec cette lecture, pourquoi beaucoup de communards se sentirent référents de Blanqui, même s’il ne participa pas aux évènements. Condamné à mort par contumace pour tentative de prise du pouvoir lors de l’insurrection du 31 octobre 1870, il est arrêté la veille du 18 mars 1871 et maintenu en détention par Thiers.

C’est par une lettre à sa sœur, Madame Antoine, qu’il donne les consignes pour l’édition et le classement de ces deux volumes. La première partie de ce deuxième volume, Fragments, traite en 78 pages de beaucoup de questions économiques, telle l’abondance des capitaux par exemple, ou encore l’origine des capitaux. Certains de ces chapitres sont d’une telle force qu’ils ont pu être publiés comme tels dans de petits ouvrages bon marché, sous forme de brochures, comme le chapitre Qui fait la soupe la mange !

Blanqui dénonce le système coopératif qui n’est, dit-il, « que la fantasmagorie de la délivrance … que l’on fait miroiter aux yeux des peuples », et signale que « sur les 10 milliards que produit la France, l’usure en dévore au moins 6 milliards  ».

Dans la seconde partie consacrée aux Notes, nous retrouvons, comme des coups de crayon rapides, des définitions révélatrices des conditions de vie et de travail de l’époque. Il fait partager ses colères : celle contre l’exploitation du travail des enfants ou encore, dans une note sur l’esclavage, il dénonce avec force la traite d’Annamites livrés par bateau, « d’un bon choix et à bas prix  » selon le bulletin commercial qu’il épingle. La valeur de ces bribes de travail méritait bien de ne pas être perdue !

La dernière note éclaire parfaitement l’ouvrage, en une seule phrase : « Le pauvre est un besoin pour le riche  » !

CLAUDINE REY

Auguste Blanqui, Critique sociale : fragments et notes, Dittmar, 2012, 227 pages – 30 €


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BLANQUI L’ENFERMÉ


Lamartine disait qu’il avait « la maladie de la révolution ». Cet homme, Auguste Blanqui dit l’Enfermé, dont la vie si riche nous est contée, lui qui déclarait que « l’œuvre préalable d’une révolution, doit-être l’éducation  », mérite d’être mieux connu.

Ayant participé aux révolutions de 1830, de 1848, il est enfermé pendant trente-six ans, souvent dans des conditions extrêmement pénibles comme au Mont Saint-Michel, à Sainte-Pélagie, à Belle-Île-en-Mer, sans oublier les autres internements.

Jamais il ne renie ses convictions et il refuse même une grâce alors qu’il est très malade, restant fidèle à sa conduite. S’il fait un mariage heureux, il n’a guère le temps de l’apprécier. Il sait que la politique qu’il fait joue sa liberté et sa vie. Il combat celle qui est contre le pauvre qui ose penser. Il demande que le peuple ait le temps de s’instruire pour voter.

L’auteur commente l’affaire Taschereau qui met en cause Blanqui et le fait apparaître comme un lâche et un indicateur. Or, il s’agit d’une machination policière où il prouve qu’il ne peut pas en être l’auteur. Mais ce document provoque le départ de quelques amis et le doute le poursuit très longtemps : « la calomnie est toujours la bienvenue, pourvu qu’elle tue, qu’importe la vraisemblance  ».

En 1880, il est ovationné lors d’un retour de voyage. Toujours fidèle à sa conduite, il reprend la politique au grand jour sous un régime de liberté.
Il fonde un journal, Ni Dieu, ni Maître.

Sa mort survient le 1er janvier 1881. La foule qui n’était pas venue lors de son vivant, vient honorer le mort.

ANNETTE HUET

Gustave Geffroy, Blanqui l’Enfermé, L’Amourier éditions, 2015. 600 pages ; dessins d’Ernest Pignon-Ernest.


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JE TE PARLE AU SUJET D’ÉDOUARD VAILLANT. LA TÊTE PENSANTE DE LA COMMUNE


Depuis les biographies de Maurice Dommanget et de Jolyon Howorth, aucun ouvrage nouveau n’était paru sur Édouard Vaillant, délégué à l’enseignement et membre de la commission exécutive de la Commune de Paris. Avec la parution du tome I d’une nouvelle biographie qui va jusqu’au retour d’exil, notre ami Jean-Marie Favière, ancien professeur au lycée Édouard Vaillant de Vierzon et vaillantiste ardent, remet bien justement à l’honneur un homme d’une grande dimension humaine et politique trop méconnu, mais aussi le département du Cher en Berry.

La grande originalité de l’ouvrage tient dans le choix de l’auteur de dialoguer tout au long des pages avec son fils : l’intérêt essentiel de cette démarche repose sur son aspect didactique et sur l’actualisation des événements. La lecture en est donc très vivante et agréable.

Grâce à l’exploitation précieuse des fonds Vaillant de la médiathèque de Vierzon et des archives départementales de Bourges, Jean-Marie Favière remonte le fil de la jeunesse d’Édouard Vaillant et apporte sur ce plan des informations précises sur ses différents lieux d’habitation ainsi que sur son entourage familial et sa mère née Ambroisine Lachouille. L’étude des séjours d’Édouard Vaillant en Allemagne et Autriche donne aussi un éclairage particulier sur sa soif de connaissances tout au long de sa vie ; son rapport direct avec le philosophe allemand Feuerbach, à l’humanisme athée et matérialiste, fut un moment clé pour sa réflexion future dans l’esprit socialiste et révolutionnaire qui le guidait. Son engagement dans la Commune est mieux connu, quoiqu’il n’ait jamais écrit de mémoires ; seul son témoignage dans «  Enquête sur la Commune  », paru dans La Revue blanche en 1897, précise son sentiment sur ces 72 jours qui le virent en fonction comme délégué à l’enseignement et membre de l’exécutif, «  la tête pensante de la Commune  », à la fois déterminé dans ses actes et soucieux d’unité.

L’activité qu’il continua à mener en exil, la rédaction du Manifeste « Aux Communeux » démontrent le rôle éminent qu’eut Edouard Vaillant pour l’évolution de la pensée socialiste.

L’admiration que lui porte Jean- Marie Favière se sent tout au long de l’ouvrage : respect pour un homme toujours dans l’action mais aussi pour son écoute et son influence, lui qui fut à l’origine de nombreux projets.

Au-delà de l’aspect biographique et de l’interprétation, toujours sujette à discussion, de certains faits événementiels de la Commune, Jean-Marie Favière nous entraîne sur de multiples terrains de connaissances à travers de nombreuses digressions. De même, plusieurs réflexions personnelles portent sur des sujets de fond essentiels qui mériteraient un passionnant débat d’idées, entre autres : la primauté entre démocratie et République, la problématique de l’histoire de la Commune comparée à celle de la Seconde guerre mondiale, la caution de la défense patriotique en 1870, le dilemme de la Révolution en situation de conflit extérieur, la propagande révolutionnaire, la fin de la Première Internationale.

Cette parution est un des événements majeurs de l’année Vaillant dans le Cher en Berry. Saluons donc vivement cet ouvrage d’un historien local laudateur d’une figure restée trop dans l’ombre de Jaurès et Guesde, et née en province : cette Province dont étaient natifs les trois-quarts des communards et communardes de Paris.

JEAN ANNEQUIN

Jean-Marie Favière, Je te parle au sujet d’Edouard Vaillant. La tête pensante de la Commune, J.P.S Editions, 2015

2016 - trimestre 2

mercredi 11 mai 2016 

COMMUNARDES ! DEUX BD SUR LA COMMUNE

Tome 1 - Les éléphants rouges 

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Planche extraite de l’album Les Éléphants rouges

Durant l’hiver qui précéda la Commune, Paris assiégé par les Prussiens et coupé de toutes sources de ravitaillement, a connu, parmi d’autres maux, une terrible famine. Une gamine de Paris, Victorine, 11 ans, nous fait vivre le quotidien du peuple de Paris.

Bouillonnement social dû au chômage, à la précarité des logements, au froid, à la faim qui provoquent l’agitation du peuple de Paris, sa prise de conscience, son adhésion aux clubs, ses premières velléités d’autogestion des ateliers désertés par leurs propriétaires (coopératives ouvrières).

L’appel à la Commune est sous-jacent. Victorine, petite "poulbot" libre (car les écoles sont fermées) se montre aussi patriote... Elle rêve de libérer Paris et pour parvenir à ses fins, utilise, avec sa bande de gamins, d’autres captifs : Castor et Pollux, ses amis, éléphants du zoo. Le scénario est original et fait preuve d’un onirisme qui nous émerveille. Par ailleurs les personnages féminins ont une consistance certaine, les rares hommes présents sont insignifiants ; il faut aussi noter au niveau du graphisme de nombreux arrêts sur image, sans légende, sans bulle qui laissent le lecteur libre d’imaginer.

Très bel album ; textes et dessins splendides.

Tome 2 - L’aristocrate fantôme 

Il s’agit d’Élisabeth Dmitrieff-Tomanovsky, jeune femme russe de 20 ans, aristocrate, parlant français, cultivée, sans problème d’argent et de plus, très belle... Paradoxe, cette jeune femme est communarde convaincue et correspondante à Paris de Karl Marx (alors à Londres).

Elle devient rapidement Présidente de l’Union des femmes pour la défense de Paris et adopte des positions féministes radicales en revendiquant : la lutte aux remparts avec les hommes, la gestion des ateliers abandonnés, le droit de vote... et d’une façon générale, une égalité homme/femme.

La fiction bien souvent rejoint la réalité. Élisabeth, outrée de l’attitude de la Banque de France envers la Commune, décide un groupe de femmes à s’armer pour attaquer la Banque... Fiction, bien sûr, mais rappelons que la Commune a dû mendier à 39 reprises pour obtenir 9 millions de francs, alors que Thiers empruntait sans problème 313 millions !

La BD rappelle que Louise Michel déclara au sujet de la Banque de France : « Notre grave erreur fut de n’avoir pas planté un pieu au cœur du vampire : la Finance  ».

L’ouvrage continue à mêler réalité et fiction tout en respectant l’esprit de la Commune. Il laisse également de grandes pauses-images (plusieurs fois, plusieurs pages) pour donner libre cours à notre imagination. Fränkel fut-il sauvé par Dmitrieff ? Qu’importe ! Notre héroïne finira ses jours en Sibérie, ayant échappé à la Semaine sanglante et ayant suivi un mari ... qui n’en valait pas la peine.

Amateurs de BD, à découvrir absolument !

CLAUDE CHRÉTIEN

Wilfrid Lupano (scénario) et Lucy Mazel (dessin), Communardes ! 1. Les éléphants
rouges. Wilfrid Lupano (scénario) et Anthony Jean (dessin), Communardes ! 2. L’aristocrate fantôme, Éditions Vents d’Ouest, 2015


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ÉDOUARD VAILLANT. LE SOCIALISME RÉPUBLICAIN


Dans la lignée de ses beaux travaux sur Jaurès, Gilles Candar prépare un gros livre sur Vaillant. En attendant, il nous livre une courte et dense synthèse, publiée par la Fondation Jean-Jaurès. On y lira, écrit d’une plume élégante, l’essentiel d’un parcours politique original.

Issu d’une famille berrichonne aisée, le jeune Vaillant devient un étudiant révolutionnaire avide d’action, ce qui le rapproche bientôt de Blanqui et de ses amis. Communard actif, condamné à mort par contumace, exilé, Vaillant devient franchement socialiste. Bon connaisseur de l’Internationale — il maîtrise parfaitement l’allemand — il affirme son indépendance, se rapproche de Guesde par souci de rigueur révolutionnaire, puis de Jaurès par sens du pragmatisme et par passion de l’unité.

Éclipsé quelque peu par les deux figures antagoniques du socialisme, il n’en est pas moins un dirigeant de premier plan. Cet intellectuel subtil n’a pas laissé de « grand œuvre », mais il n’a pas manqué de réflexions qui en font une figure singulière du socialisme français de son temps.

Partisan de « l’action totale », ce révolutionnaire déterminé ne recule pas devant la réforme, dans un esprit voisin de «  l’évolution révolutionnaire » chère à Jaurès. Révolutionnaire et « étapiste  »…

Ces quelques pages nous permettent de patienter, en attendant la synthèse plus développée. Elles valent dès maintenant le détour.

RM

Gilles Candar, Édouard Vaillant. Le socialisme républicain, Fondation Jean-Jaurès, 2015


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LA CHUTE DE LA COLONNE VENDÔME. 16 MAI 1871


Il s’agit de la réédition d’un petit livre paru initialement en 1998. Le cœur de l’ouvrage est constitué d’un récit de la démolition de la colonne Vendôme, paru dans le journal Le Mot d’ordre [1] du 17 mai 1871. On y relate, de manière assez neutre, les préparatifs de la démolition, les tentatives jusqu’à la chute finale, les réactions de la foule assemblée. Le récit est accompagné de gravures et de photos, prises avant, pendant et après la démolition, qui forment une sorte de film de l’événement.

Ce texte est encadré de deux articles du Père Duchêne [2]. L’un, du 29 germinal an 79 (12 avril 1871), salue le décret patriotique de la Commune : « La colonne de la place Vendôme sera démolie », car «  ce sont des souvenirs de l’ancienne jean-foutrerie qui s’appelait l’esprit de conquête, le militarisme, la gloire ». Le second, daté du 29 floréal (19 mai), évoque la « grande procession des patriotes » qui célèbrent la chute du «  jean-foutre Bonaparte numéro 1  » et demande à la Commune de ne pas s’en tenir « au grand mirliton de bronze » et de « foutre le corps de Badinguet premier dans un lit de chaux vive  ».

MP

La chute de la colonne Vendôme. 16 mai 1871, éditions du Ravin bleu, 2015


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HOMMAGE À UN COMMUNARD MÉCONNU


Augustin Avrial méritait amplement de sortir de l’oubli. C’est désormais chose faite grâce à la biographie très complète que lui consacre Jean-Paul Calvet.

Edmond Lepelletier le décrit comme un « bon gros garçon très doux, très rond, à la face réjouie et sympathique, pourvu d’une grande force musculaire ». Lors de la sortie de Meudon, le 3 avril 1871, « Avrial se montra brave et plein d’initiative  », ajoute l’avocat. « L’homme-canon de la Commune  » (Da Costa) fut aussi « inventeur par tempérament » (Chincholle). Augustin fut un touche-à-tout, successivement ou en même temps, ouvrier mécanicien, membre de l’AIT, commandant du 66e bataillon de la Garde nationale, élu du XIe arrondissement (quartier Popincourt) à la Commune, où il siège à la commission du Travail et de l’Échange (décrets sur le Mont-de-Piété et sur la transformation des ateliers abandonnés en coopératives), puis à la commission de la Guerre, et enfin, inventeur d’une machine à coudre, d’un tricycle et d’un « motocycle à pétrole  ». Malgré ses multiples talents, ce personnage reste méconnu. « C’était un homme de terrain, pas un théoricien. Il a peu écrit, ce qui explique certainement cet oubli », estime son biographe, Jean-Paul Calvet. « Peut-on espérer, dans un proche avenir, une rue Augustin Avrial à Paris ou à Revel (sa ville natale) ?  », propose-t-il.

Une idée à retenir.

JOHN SUTTON

Jean-Paul Calvet, Augustin Avrial, un communard inventif (1840-1904), édité par la Société d’histoire de Revel, Saint-Ferréol, 2015.


[1Quotidien dirigé par Henri Rochefort, qui a paru du 3 février au 20 mai 1871.

[2Journal qui emprunte son titre au Père Duchesne publié sous la Révolution française. Il reparaît sous la Commune, du 6 mars au 22 mai 1871, avec les plumes d’Eugène Vermersch, Maxime Vuillaume et Alphonse Humbert.

2015 - trimestre 4

jeudi 10 décembre 2015 

LE PARIS DE LA COMMUNE


Cet ouvrage regroupe les conférences prononcées au Petit Palais à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune de Paris par Jean-Louis Robert, Sylvie Aprile, Laure Godineau, Claudine Rey, et Jacques Rougerie.

Il débute par une réflexion sur la nature de cette révolution qu’est la Commune, éclairant les événements d’analyses et de points de vue explicatifs ; complétée comme en creux par un « contre la Commune  » qui montre comment le combat armé des versaillais a été secondé par le combat des mots et des images.

Il nous est expliqué ensuite que la Commune, c’est aussi la volonté de construire une démocratie active et sociale par la mise en place d’une démocratie directe dans les commissions municipales, la garde nationale, les clubs et les sections de l’Internationale.

Par leur participation citoyenne, les femmes, bien que n’ayant pas le droit de vote, ont contribué à la construction de cette démocratie en s’organisant et en agissant pour la défense de Paris et de leurs conditions de vie et de travail.

Quant aux étrangers, la Commune considère qu’elle a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent. Elle fait ainsi une avancée jamais dépassée de l’intégration politique des étrangers en France.

De plus, la Commune considère que les arts, comme d’autres activités, relèvent de l’association ouvrière et de la démocratie sociale et met en place des mesures concrètes de fonctionnement des institutions : musées, bibliothèques, écoles, théâtres, opéra.

Enfin, on perçoit comment les communards, malgré les tensions graves de leur révolution, ont tenté de construire une justice qui garantisse le droit des citoyens et qui soit plus démocratique et humaine.

Ainsi ce recueil nous donne des clés pour la compréhension de ce moment de l’histoire politique, sociale et culturelle qu’est la Commune de Paris 1871, et de ce Paris qui s’était rêvé capitale de la « République universelle ».

ANNIE LIMOGE-GAYAT

Le Paris de la Commune -1871, sous la direction de Jean-Louis Robert, Belin, 2015


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À PROPOS D’UN LIVRE DE JOHN M. MERRIMAN SUR 
‘LA VIE ET LA MORT DE LA COMMUNE DE PARIS’


John M. Merriman, né dans l’État de l’Oregon en 1946, est depuis les années 1970 professeur d’histoire à l’Université Yale, où il enseigne notamment l’histoire de la France contemporaine. Dans son importante production historique, il s’intéresse surtout à la société française et aux mouvements sociaux en France au XIXe siècle.

Récemment, il a publié plusieurs livres sur l’histoire de Paris, notamment Dynamite Club : l’invention du terrorisme à Paris (Tallandier, 2009 ; aussi traduit de l’anglais en mandarin), et surtout Massacre : The Life and Death of the Paris Commune (non traduit en français).

Son histoire de la Commune de Paris révèle sa profonde connaissance de l’histoire de France et apporte une riche documentation. Dans cet ouvrage, il démontre une grande maîtrise de l’histoire de la Commune, avec une écriture vivante et des analyses convaincantes. Une histoire qu’il arrive à rendre palpitante grâce à l’utilisation judicieuse, et toujours pertinente, des témoignages de l’époque.

Merriman est inégalable dans sa description de l’attitude de la bourgeoisie envers le peuple, notamment l’art et la manière qu’a la bourgeoisie de stigmatiser les pauvres. Et puis il y a surtout son traitement magistral du massacre de la Révolution et des communards par les forces de l’ordre et le gouvernement de Thiers : c’est un véritable « terrorisme d’Etat  ». En effet, l’armée française, envoyée par le gouvernement français dans le Paris insurgé, a été largement responsable du carnage, qui restera la plus violente et sanglante répression urbaine du XIXe siècle.

L’ampleur de la répression se mesure tout particulièrement par le grand nombre de victimes. Nous savons que les nouveaux décomptes de la part des historiens tendent plutôt à minimiser la signification du massacre [1].

Justement, Merriman ne procède pas à de nouveaux décomptes quantitatifs — tout en reprenant utilement ceux de Jacques Rougerie et Robert Tombs — mais plutôt à une présentation plus qualitative afin d’arriver à une démonstration plus juste de la nature et de l’ampleur du massacre organisé par le gouvernement français et perpétré par l’armée française.

Cette approche qualitative repose sur une abondante littérature historique (parfois difficile d’accès) notamment des correspondances, des souvenirs, et des témoignages, aussi bien des versaillais que des communards, des Français que des étrangers.

Comme Merriman le souligne, en reprenant Maxime Vuillaume et Louise Michel, nous ne connaîtrons jamais tous les noms ou encore le nombre des victimes. Mais, maintenant, nous connaissons bien l’histoire du massacre du peuple de Paris, le plus grand de l’histoire du XIXe siècle.

MARC LAGANA

John M. Merriman, Massacre : The Life and Death of the Paris Commune, New-York, Basic Books, 2014.


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LA RÉPUBLIQUE EN TOURAINE ET LA COMMUNE DE PARIS (1871-1873)


Voici un livre qui embrasse à la fois les répercussions des révolutions parisiennes et les aspects politiques et militaires de l’invasion prussienne en Touraine, dont le modeste chef-lieu est devenu une seconde capitale de la France à l’automne 1870. Écrit par notre ami Julien Papp, l’ouvrage consacre d’abord une bonne place à l’accueil de la République dans le département d’Indre-et-Loire et à l’effervescence de la vie publique locale suscitée par l’arrivée de la Délégation du gouvernement central, puis de Gambetta, pour organiser la défense du pays ; suscitée également par l’arrivée de Garibaldi, puis des volontaires de toutes origines pour défendre le régime issu de la révolution du 4 septembre, annonciateur d’une « République universelle ».

Rythmée par les événements parisiens, par les nouvelles du front et la diplomatie de la guerre, la vie politique à Tours connaît très rapidement des conflits entre le « parti démocrate », prêt à résister à l’ennemi, et l’ancienne municipalité «  impérialiste  » du Second Empire, que Gambetta a maintenue contre vents et marées en contradiction avec la volonté de la population qui, de tous côtés, réclame des armes pour ses francs-tireurs et ses gardes nationaux.

L’auteur décrit l’ambiance qui s’installe dans la ville après le 8 décembre, quand la délégation va s’installer à Bordeaux, et on suit les épreuves de l’occupation prussienne qui intervient en janvier. Dans la vie politique, l’armistice du 28 janvier, puis les élections de février et surtout l’insurrection parisienne et la proclamation de la Commune en mars, finissent par provoquer des antagonismes violents entre le camp réactionnaire et les républicains radicaux. Leur attitude, conciliatrice dans la guerre civile mais épousant la cause de la Commune de Paris, donne lieu à des analyses circonstanciées qui s’appuient principalement sur le journal du parti démocrate, le Républicain d’Indre-et-Loire. Le livre revient sur la situation locale après la Semaine sanglante et s’achève sur l’évocation des communards originaires de Touraine, décrivant le profil sociologique et l’action d’une centaine d’entre eux qui ont pu être identifiés d’après les statistiques de la répression.

Rémy Barbier

Julien Papp, La République en Touraine et la Commune de Paris (1871-1873), Éditions du Petit Pavé, St Jean-des-Mauvrets, 2015, 259 p.


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À TRAVERS LA MORT MÉMOIRES INÉDITS 1886-1890


On ne connaissait que le premier volume des mémoires de Louise Michel paru en 1886. Un deuxième volume était annoncé, mais il ne fut jamais édité en livre de son vivant. Après sa mort, en 1905, va paraître un second volume sous le titre Souvenirs et aventures de ma vie qui reprend des textes de Louise Michel, mais arrangés et modifiés par Arnould Galopin, romancier et feuilletoniste qu’elle connaissait, ce qui fait qu’il est difficile aujourd’hui de faire la part entre ce qui relève de Louise Michel et ce qui est ajouté par Galopin. Pourtant il existait un second volume publié en feuilleton entre le 26 mars et le 31 août 1890 dans le quotidien L’Égalité, journal révolutionnaire dirigé par Jules Roques. Ce sont ces 69 feuilletons qui sont pour la première fois édités en livre. Comme l’indique le titre même de l’ouvrage, la tonalité est sombre, crépusculaire. Dès les premières pages, elle se présente : « Nous les derniers d’une époque »(…) nous habitons la nécropole où rien ne peut rester debout  ». Elle consacre aussi un long développement aux communards disparus au cours des quatre dernières années.

On est très éloigné du récit autobiographique du premier volume dans lequel elle parlait de son enfance et de sa jeunesse et livrait ses sentiments, ses émotions, ce qui avait pu charmer un large public. Ici presque plus rien d’intime, de personnel. Le « Je » s’efface au profit du groupe. Plus que d’une autobiographie, il s’agit ici d’un journal de bord tenu par une combattante dans lequel se succèdent des procès-verbaux, des notes, des poèmes, des lettres d’injures, un règlement d’usine. Le rythme aussi est conditionné par l’urgence du temps qui passe et par les menaces qui pèsent sur elle (prison, procès, attentat). Pour elle, il s’agit uniquement d’être la porte-parole de ceux avec lesquels elle combat, de montrer les injustices de la société capitaliste et de révéler à quel point le système doit être renversé. Elle croit toujours à l’avènement de « la Sociale  », grâce à la grande grève qui fera sauter « un vieux monde gangrené jusqu’à la gorge ». Elle est plus que jamais internationaliste et universaliste s’intéressant aussi bien aux anarchistes pendus à Chicago, qu’aux nihilistes russes, aux luttes des Kanaks ou aux femmes exploitées qu’elle a rencontrées lors de ses séjours en prison. Tout l’intéresse et la prison, loin de lui peser, devient un lieu d’observation et de travail (elle étudie l’argot des femmes en prison comme elle avait collecté les légendes kanak.) Elle fait aussi le relevé complet des séjours en prison de tous ses compagnons. Un document important, complété par une préface très intéressante, des notes utiles à l’éclairage des personnages et des événements.

PAUL LIDSKY

Louise Michel, À travers la mort, Mémoires inédits 1886-1890, La Découverte, 2015.


[1À ce propos, voir Jean-Louis Robert, « Le nombre de morts pendant la semaine sanglante  », La Commune, N° 60, 2014, trimestre 4, p. 29-30).