2014 - trimestre 2

mardi 6 mai 2014 

ALPHONSE DAUDET
40 ANS DE PARIS 1857-1897


Alphonse Daudet fut anti communard, comme presque tous les grands écrivains français de l’époque. Mais s’il n’eut pas la violence haineuse de beaucoup, si le ton de ses contes reste plus badin et au second degré, il rejoint néanmoins ses amis Flaubert et Edmond de Goncourt dans leurs jugements. On vient de rééditer 40 ans de Paris 1857–1897 dans une édition de poche, reprenant plusieurs textes sur Paris en accord avec son fils Lucien Daudet.

Le livre ne manque pas d’intérêt et permet d’appréhender sur le vif la vie intellectuelle et littéraire de ces quarante années : la génération de la bohême de Murger avec ses jeunes écrivains et journalistes en quête de reconnaissance et vivant dans la précarité, dont on retrouvera certains durant la Commune : un long portrait très vivant du journaliste Henri Rochefort écrit en 1879 ; une préface à un livre de souvenirs anecdotiques Vingt années de Paris (1883) d’un ami de jeunesse, André Gill, à la fois artiste peintre, chansonnier et surtout célèbre par ses caricatures dans les journaux satiriques La Lune, l’ÉclipseLa Lune rousse. André Gill participera à la Fédération des artistes durant la Commune ; il mourut à l’asile de Charenton à Saint Maurice le 1er mai 1885.

Ce texte de Daudet très chaleureux et mélancolique fait en partie oublier deux textes sur la Commune beaucoup moins sympathiques.

PAUL LIDSKY

Alphonse Daudet, 40 ans de Paris (1857- 1897) Equateurs poche (2013)

JPEG - 2.4 ko
L’ABYSSINIEN
NOIR, BLANC, ROUGE


Cet ouvrage accompagné d’un DVD est proposé par les enfants d’une classe de CM1/CM2, qui ont fait tout un travail de recherche dans l’écriture, pour raconter l’histoire d’un jeune esclave, qui, ramené en France, participe aux évènements de la Commune de Paris. La correspondance échangée entre Gérard Mordillat et les enfants est émouvante. Les questions et réponses amènent les uns et les autres à avoir une critique libérée sur leur travail. Le DVD contient la pièce de théâtre, jouée par les enfants et inspirée par le texte initial rédigé par la classe.

Annette Huet

Roman des CM1/CM2 Ecole publique du Nord - Bourg Saint Andeol avec Luc Trégoat et Gérard Mordillat. Fédération des Œuvres Laïques de l’Ardèche.

2014 - trimestre 1

lundi 3 mars 2014 

JEAN BARONNET
IMAGE DU SIÈGE DE PARIS


Les 224 pages que Jean Baronnet a publiées en 2010 aux éditions de l’Amateur constituent un bon ouvrage de référence iconographique sur le Siège de Paris.

Certes, cet ouvrage n’est pas exhaustif, mais il est impossible de l’être, compte tenu du nombre des documents disponibles. L’auteur a fait le choix de privilégier le croquis sur la peinture de chevalet : parmi tous les modes de représentation, «  nous avons choisi les plus spontanés, les plus proches de ce que nous demandons aujourd’hui à la photo de reportage ; ce sont les carnets de croquis (sketches en anglais) qui, plus que les peintures d’atelier, décrivent la vie quotidienne, comme l’ont fait certains des auteurs cités dans ce livre ». On aurait souhaité tout de même y trouver davantage de photographies.

La présentation en est des plus simples car elle est rigoureusement chronologique : elle suit le Siège jour après jour, sans en sauter un. Les commentaires ne sont pas toujours très rigoureux et sont parfois même quelque peu anachroniques, comparant des évènements de 1870 à d’autres qui leur sont bien postérieurs.

Par contre, l’auteur donne très souvent la parole à des écrivains contemporains du Siège : Edmond de Goncourt, le comte d’Hérisson, Victor Hugo, Édouard Manet, Jules Vallès, Théophile Gautier, Félix Pyat...
Ces citations donnent incontestablement un intérêt supplémentaire à l’ouvrage : on peut saluer là une initiative très louable de Jean Baronnet.

En définitive, les Images du Siège de Paris prennent une place tout à fait convenable parmi les ouvrages de référence iconographique sur le Siège : les curieux, les historiens et les chercheurs pourront le consulter avec profit.

GB

Les éditions de l’Amateur, 2010

JPEG - 2.4 ko
CHARLES DES COGNETS
LES BRETONS ET LA COMMUNE DE PARIS 1870-1871


L’ouvrage est conduit comme un récit historique de près de 400 pages sur les années 1870 et 1871. Il est accompagné, à la façon d’une thèse universitaire de références utiles aux chercheurs, liste des Bretons liés aux événements, bibliographie, index et liste des lieux de mémoire. Il nous conforte un peu dans l’idée que les Bretons sont d’abord des Bretons, ce qui peut faire leur force autant que leur faiblesse comme le reconnaît l’un d’entre eux : «  tous ou presque tous, nous avons contribué à amener la catastrophe finale » (p.13).

L’auteur, Charles des Cognets, dédie d’ailleurs son livre aux Bretons qui « la Commune venue, soutinrent l’un ou l’autre camp en luttant généreusement pour leurs convictions et leurs idéaux » ! Il a rencontré les descendants de nombreux acteurs des familles de Keratry, Mahé de la Villeglé, Bourboulon, de Mun, de Ploeuc et Rossel.

Quelques belles figures participantes à la Commune se dégagent comme celle de Jules Suisse, dit Jules Simon, suspendu de ses fonctions de professeur de philosophie à la Sorbonne dès le coup d’Etat napoléonien du 2 décembre 1851, député républicain sous l’Empire, ministre de l’Instruction publique dans le gouvernement de la Défense nationale en septembre 1870, élu de nouveau député en 1871, ministre de l’Instruction pendant la Commune ( Edouard Vaillant est délégué à l’enseignement le 20 avril 1871 en remplacement de Jules Vincent) et farouche adversaire de « l’Ordre moral » tout au long de sa carrière d’homme politique.

JPEG - 9.7 ko
Nathalie Le Mel

Il y a bien sûr aussi la belle figure volontaire à l’inamovible petite coiffe bretonne de Nathalie Le Mel, fille d’ouvriers, libraire socialiste à Quimper puis à Paris après avoir épousé Adolphe Le Mel, ouvrier relieur.
Rappelons son engagement à l’Internationale avec Varlin, son restaurant social, La Marmite, la création de l’Union des femmes pour la Défense de Paris avec Elizabeth Dmitrieff et sa nomination à la Commission d’enquête et d’organisation du travail dirigée par Léo Fränkel. Arrêtée en juin 1871, elle sera déportée en Nouvelle-Calédonie avec Louise Michel et Henri Rochefort avant d’en revenir gravement malade à l’amnistie.

Il y a aussi le malheureux Louis Rossel, un des chefs militaires de la Commune, fusillé par les Versaillais.

Parmi les autres Bretons célèbres, les généraux Jules Trochu et son ami Adolphe Le Flô, n’iront pas jusqu’au bout de leur engagement, malgré de belles critiques du régime impérial au risque de leur carrière. Trochu préside le gouvernement de Défense nationale avec Le Flô comme ministre de la Guerre, mais commet des erreurs dont le résistant Rol-Tanguy, dans un article intitulé Les aspects militaires de la Commune, ne le tient pas quitte : « Par incapacité et par calcul, le gouvernement présidé par Trochu refuse à la fois l’amalgame et l’action d’ensemble...Trochu va ou bien laisser ces forces parisiennes, sciemment, dans l’inaction, en particulier la Garde nationale, ou bien les faire battre en détail jusqu’à l’armistice. Au lieu d’amalgamer les troupes d’origine diverses, il maintient trois formations distinctes : l’armée active, les mobiles et les civils armés, c’est-à-dire la Garde nationale sédentaire » [1].

Parmi les Bretons « les plus Médiatiques » on peut encore citer Charles Beslay, militant social, Emile de Keratry qui marche vers l’Hôtel-de-Ville en 1870, Constant Le Moussu, Jean-Louis Pindy, ouvrier menuisier et Alexandre de Ploeuc, mais bien évidemment beaucoup restent dans l’ombre encore qui, selon l’auteur, consensuel, contribueront à la renaissance définitive de la République.

ED

éd. l’Harmattan

JPEG - 2.4 ko
LES EXILES FRANÇAIS AUX ETATS-UNIS


L’historien du mouvement ouvrier Michel Cordillot se penche une nouvelle fois sur l’émigration politique des Français aux Etats-Unis, tout au long du XIXe siècle, qui a marqué durablement le mouvement social francophone.
Entre 1848 et 1870, ce sont plusieurs milliers de réfugiés utopistes, démocrates ou révolutionnaires qui s’installent outre-Atlantique. Les communards sont donc loin d’être les seuls francophones à avoir émigré dans ce pays neuf. Deux vagues d’exil largement méconnues les ont en réalité précédées.

Cabétistes et Fouriéristes sont les premiers militants à l’appel de leurs dirigeants (E. Cabet et V. Considérant) à s’installer aux Etats-Unis. Porteurs d’un projet de régénération sociale, ils rêvent de fonder une société communautaire idéale. Les expériences de colonie agricole se multiplient alors au cœur de l’Amérique profonde (Texas, Missouri). Les scissions sont fréquentes et les expériences souvent de courte durée.

A la même époque, les proscrits de la IIe République fuient, eux, les espoirs déçus de 1848 et le coup d’Etat de 1851. Ils se regroupent dans les villes, à New-York et à La Nouvelle-Orléans.
Acteurs importants du mouvement socialiste franco-américain, ils fondent l’Union républicaine de langue française et adhèrent aux sections de l’AIT. La proclamation de la République, en septembre 1870, encourage le retour en France de nombreux réfugiés, prêts à défendre la patrie, et suscite un mouvement de soutien dans l’opinion publique américaine.

Enfin, les communards se réfugient essentiellement à New-York, après la répression sanglante de la Commune. Dominés par les blanquistes, ils se mêlent à la communauté d’exil francophone en animant des journaux et une Société des réfugiés qui célébra chaque année l’anniversaire du 18 mars. L’amnistie de 1880, selon Michel Cordillot, clôt véritablement une époque.

ERIC LEBOUTEILLER

Michel Cordillot, Utopistes et exilés du Nouveau Monde. Des Français aux Etats-Unis de 1848 à la Commune, Paris, Vendémiaire, 2013.

JPEG - 2.4 ko
« SOUVENIRS AMERS » D’UN COMMUNARD


François Camille Cron aurait pu rester un communard anonyme si ses descendants n’avaient pas, longtemps plus tard, découvert ses Souvenirs amers, un manuscrit dans lequel il raconte sa déportation en Nouvelle-Calédonie. Il dédie ses mémoires à son fils Philippe et « espère qu’un jour viendra où il pourra profiter, ainsi que des observations qu’il ajoutera si le temps le lui permet, ainsi que son idéal politique et moral ». Mais le fils mourra avant d’avoir lu le témoignage de son père. Capitaine adjudant major d’une compagnie de marche de la Garde nationale, François Cron participe aux plus durs combats de la Commune à Neuilly, Asnières, Rueil, Courbevoie, Levallois-Perret. Il est présent sur les dernières barricades de son quartier des Buttes-Chaumont, mais il échappe à la répression.

François Cron réapparaît en novembre comme contremaître de l’usine de scierie de marbre des Récollets, quai de Jemmapes, dans le Xe arrondissement. « J’étais très heureux, entouré de ma bonne femme et de mes quatre enfants », écrit-il. Mais le bonheur sera de courte durée. En 1873, une lettre anonyme parvient à l’usine des Récollets. Un cas isolé ? Non, durant ces années troubles, 400 000 lettres (selon la préface) seront adressées à la police pour dénoncer des communards !

Le 14 février 1874, le contremaître scieur est arrêté à son travail. Après un séjour à la prison des Chantiers, le 3 mars, le IVe Conseil de guerre de Versailles le condamne à la déportation simple. Le 29 août 1873, François Cron embarque à bord de «  La Virginie  » à destination de la Nouvelle-Calédonie. Cinq mois plus tard, le matricule 2834 débarque sur l’île des Pins. Il subira trois années de solitude «  sur cette terre lointaine et inhospitalière  ». « Ici rien pour vous distraire, pas de nouvelles du monde, rien que la vue de nos misérables cahutes, quelques arbres, la mer et le chiendent qui pousse à foison. Oui les gens de l’Ordre moral ont bien choisi le lieu de déportation », écrit-il dans son cahier bleu.

Le 10 novembre 1876, sa peine est commuée en dix années de bannissement. Le 17 mai de l’année suivante, il embarque à bord du «  Tage ». Interdit de séjour en France, l’ancien communard gagne sans doute l’Alsace, où résident sa femme et ses enfants.
On perd sa trace jusqu’en 1891, où il tient une petite papeterie dans le quartier des Buttes-Chaumont. Il meurt à Paris en 1902.

JS

Mémoires de François Cron, déporté de la Commune, éd Mercure de France (2013)

JPEG - 2.4 ko
GUSTAVE LEFRANÇAIS
SOUVENIRS D’UN RÉVOLUTIONNAIRE


Gustave Lefrançais (1826-1901) a été, à 44 ans, le premier président élu de la Commune de Paris. C’est l’aboutissement d’une vie militante depuis février 1848 où il prend «  part aux efforts communs pour hâter la délivrance » du peuple opprimé.

Ses souvenirs, publiés à l’origine en feuilleton sous la IIIe République couvrent presque une trentaine d’années avec la volonté de montrer, à l’usage des jeunes, comment se forme une conscience révolutionnaire. A l’aide des journaux, des clubs, des associations, des répressions aussi qui vont de la prison à l’exil londonien dès 1851, sa résistance se radicalise. Après la formation, l’action, la création de coopératives ouvrières, puis les luttes contre la peine de mort, pour l’union libre, il est tenté un moment par les Francs-maçons, mais préfère finalement l’Internationale des travailleurs. Les pages consacrées à l’analyse des rivalités à l’intérieur du Comité de salut public de la Commune et, ensuite, au bombardement de Paris par « les lingots lancés par les boîtes à mitraille » seront particulièrement appréciées par nos lecteurs.

ED

Préface de Daniel Bensaid, éd. La Fabrique, 2013 (réédition).


2013 - trimestre 3

jeudi 19 septembre 2013 

ALEXIS TRINQUET DANS l’ENFER DU BAGNE


Alexis Trinquet était un bouif, terme d’argot qui désigne à la fois un cordonnier et un personnage fier, précise Bruno Fuligni dans la préface des Mémoires d’un transporté de la Commune. Depuis le célèbre Père Duchesne de la Révolution de 1789, les savetiers sont réputés «  forts en gueule », rappelle-t-il.

Intervenant souvent dans les réunions publiques des clubs de Belleville, Trinquet est arrêté, le 8 février 1870, pour «  cris séditieux » et port d’armes. Condamné à six mois de prison, il est libéré par la proclamation de la République, le 4 septembre.

Pendant le Siège de Paris, il est sergent-major au 147e bataillon de la Garde nationale. Le cordonnier est élu au conseil de la Commune par le XXe arrondissement, où il habite (48, rue de la Réunion). Il siège à la commission de Sûreté générale. Arrêté chez lui le 8 juin, le 3e conseil de guerre de Versailles le condamne aux travaux forcés à perpétuité. « J’ai été aux barricades et je regrette de ne pas y avoir été tué. (…) Je suis un insurgé, je n’en disconviens pas », déclare-t-il devant ses juges. Le prisonnier est conduit à Toulon, puis « transporté » avec les criminels au bagne de l’île Nou, contrairement à Louise Michel et à la plupart des communards, condamnés à la « simple » déportation. «  Encore un pas et toute ma vie de labeurs et d’honnêteté va faire place à l’ignominie que m’ouvre le gouffre où tous les vices, tous les crimes sont réunis !  », écrit Trinquet dans ses Mémoires.

JPEG - 23.9 ko
Alexis Louis Trinquet (1835-1882)

Faute de papier à lettres, pour raconter ces huit années de souffrance et de révolte vécues en Nouvelle-Calédonie, il se sert des « bons d’entrée  » de l’administration pénitentiaire, cousus comme de petits cahiers. Une fois sorti de l’« enfer de Dante », il publiera, en 1885, une version expurgée de ses Mémoires d’un transporté de la Commune, dans Le Nouvelliste Parisien.

Lire le texte


Ce texte quasiment inédit a été retrouvé dans le fonds du PCF des archives départementales de Seine-Saint-Denis par Bruno Fuligni qui le publie intégralement aujourd’hui, enrichi de notes, d’illustrations et d’un lexique de l’argot parlé au bagne néo-calédonien. Un mélange savoureux de langue verte parisienne, de termes de marine, d’emprunts aux langues mélanésiennes, d’anglicismes et d’inventions locales. Parmi ces expressions, dont certaines sont toujours utilisées dans l’île du Pacifique, on trouve « bon à peau », c’est à dire «  bon à rien », « pive  », synonyme de «  pinard  », ou « vivre en gamelle  », qui signifie partager les vivres et la préparation des repas.

Bruno Fuligni a également dirigé Dans les secrets de la police (éditions L’Iconoclaste, 2008), un ouvrage collectif, dont un chapitre est consacré au Missel rouge, célèbre album photographique où figuraient le signalement et le portrait des communards recherchés par la police (lire les articles La Commune vue par la police et Tous fichés ? dans les bulletins n° 41 et 48).

John Sutton

Alexis Trinquet, Dans l’enfer du bagne, Mémoires d’un transporté de la commune, texte présenté par Bruno Fuligni, Éditions Les arènes (2013)

JPEG - 2.4 ko
ENQUÊTE SUR LA COMMUNE DE PARIS

Belle initiative que la publication de cet ouvrage, précieux pour la compréhension du mouvement communaliste. Il s’agit d’une enquête sur l’insurrection de 1871, publiée en 1897, en pleine Affaire Dreyfus, par la Revue blanche, revue littéraire d’avant-garde. A partir d’un court questionnaire non dénué d’humour, le critique d’art Félix Fénéon s’est adressé aux acteurs du mouvement, mais aussi à ses adversaires et aux conciliateurs.
De longueur inégale, les nombreux témoignages méritent tous l’attention tant ils reflètent bien la diversité des opinions politiques ainsi que les traces qu’a laissées la Commune près de trente ans après. À noter que seulement deux femmes sont interrogées.

À la lecture des réponses, deux sujets de débat resurgissent principalement, les rivalités entre le Comité central et la Commune élue, la division finale entre la majorité et la minorité. Le rôle de la Commune dans la mise en place de la république est aussi largement abordé.
L’ouvrage enfin est orné de gravures du peintre Félix Vallotton. Laissons la conclusion à l’anarchiste Jean Grave également interrogé, qui affirme à propos de la Commune : « Vaincue, elle a synthétisé toutes les aspirations prolétariennes, et donné l’impulsion au mouvement d’idées, dont à l’heure actuelle nous sommes tous le produit. »

ERIC LEBOUTEILLER

La Revue Blanche, Enquête sur la Commune de Paris (présentation de Jean Baronnet), Paris, les Éditions de l’Amateur (2011)

JPEG - 2.4 ko
CELLULAIREMENT, LE RECUEIL DE VERLAINE ENFIN PUBLIÉ

Les poèmes, écrits par Verlaine pendant son incarcération dans les prisons belges (du 11 juillet 1873 au 16 janvier 1875), n’avaient jamais été réunis dans un même ouvrage. Faute de trouver un éditeur, le poète y a renoncé, comme il a renoncé à son titre originel : Cellulairement.

Il s’était finalement résigné à les publier séparément dans des recueils ultérieurs. Cent cinquante ans plus tard, les éditions Gallimard réalisent le vœu de Verlaine.

Cellulairement rassemble certains de ses plus beaux textes, dont L’Art poétique et La Chanson de Gaspard Hauser.

Des poèmes sont illustrés de sa main et complétés par des documents sur sa détention, provoquée par sa tentative d’assassinat sur Arthur Rimbaud, au cours d’une violente dispute à Bruxelles. Des œuvres, des témoignages et des portraits de Rimbaud, Musset et Baudelaire font revivre la force et le désespoir de cette génération de poètes entre enfer, paradis artificiels et géniales fulgurances.

John Sutton

Paul Verlaine, Cellulairement suivi de Mes Prisons, collection Poésie/Gallimard (2013)

2013 - trimestre 4

vendredi 6 décembre 2013 

ELOI VALAT
LA SEMAINE SANGLANTE DE LA COMMUNE DE PARIS

Après Le Journal de la Commune et L’Enterrement de Vallès, voici La Semaine Sanglante, dernier volume de la trilogie consacrée à la Commune de Paris par Eloi Valat, dédié aux morts de la Semaine sanglante.

La préface de Marie-Hélène Roques, spécialiste de Jules Vallès, insiste, dans une belle langue limpide, sur les tensions poussées à l’extrême de cette semaine tragique. Les citations de l’auteur de L’Insurgé sont magnifiques.

Le texte commence en coup de poing avec l’ignoble citation de Thiers : « … Nous avons écrasé cette faction détestable ; et nous l’avons écrasée, j’espère, pour longtemps. », suivent en alternance les rapports militaires de Mac Mahon imprimés en noir et différents textes des communards imprimés en rouge.

L’auteur choisit de nous assommer, en terminant par différentes lettres de dénonciation ! Il fallait cela, sans doute, pour rendre compte de l’horreur de cette tragédie.

Les dessins d’Eloi Valat montrent le courage du peuple héroïque, les sans grade épuisés, moribonds, ensanglantés, les femmes vaillantes, les armes à la main, et même les chevaux, eux aussi victimes du massacre. Les traits sont drus, concis, forts, le rouge est partout, même la fumée de la cigarette d’un militaire versaillais devant les cadavres est rouge sang !

Dans cette boucherie, la lettre d’adieu déchirante de Charles Delescluze à sa sœur, et sa marche vers la mort consciente, héroïque, sommet de la noblesse, nous rend l’image d’une humanité qu’aucune baïonnette ne peut détruire !

Extrait : Souvenirs d’un membre de la commune, Francis Jourde
« … Delescluze, du même pas grave et mesuré, marchait, sans se soucier des projectiles qui éclataient autour de lui, dans la direction de la barricade.[…] Nous étions arrivés à vingt mètres de la barricade, je suppliai Delescluze de s’arrêter, mais en vain.
Ceux qui voulurent le suivre tombèrent autour de lui. Sans hésitation, sans précipitation, Delescluze s’engagea dans le chemin couvert de la barricade. Il avait écarté son pardessus. Sur sa poitrine découverte, l’écharpe rouge à franges d’or de membre de la Commune le désignait, comme une cible, à l’ennemi massé à deux cents mètres. Le feu
des Versaillais redoubla d’intensité. Delescluze put faire quelques pas encore sur la place du Château-d’Eau. Devant nous le soleil disparut, se voilant dans des nuages d’or et de pourpre. Quelque chose comme un déchirement immense, lugubre, se fit entendre… Delescluze venait de tomber foudroyé !...
 »

ANNICK FENSCH

Editions Bleu Autour (2013)

JPEG - 2.4 ko
AUTOUR DE LA COMMUNE DE MARSEILLE


La mémoire sur la Commune de Marseille, qui fut la première proclamée, s’était peu à peu effacée et c’est à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune de Paris, à travers textes et documents retrouvés (personne, entre 1871 et 2009, n’avait consulté les dossiers des communards condamnés) et la reconstitution du procès de Gaston Crémieux, que les auteurs décident de faire entendre ce que fut la Commune de Marseille.

Le rétablissement de certains faits ignorés les conduit à mieux faire connaître ces douze jours qui marquèrent l’histoire de la ville et de leur héros, Crémieux, instigateur de ce mouvement, fusillé le 30 novembre 1871, alors que la situation s’était rétablie depuis longtemps. On arrête et condamne jusqu’en 1875.

On y retient que les ouvriers s’exprimaient pour la plupart en occitan, ce qui accentuait les différences de culture entre Paris et Marseille, les journaux étant rédigés en français, peu en occitan. Un autre obstacle : la guerre est plus lointaine pour les Marseillais qui n’ont pas connu les longs mois de siège des Parisiens.

La Ligue du midi pense que seul le midi libre pourra sauver le nord et présente un programme politique et social précurseur.

Des études sur les mouvements communaliste et ouvrier apportent des éléments précieux pour comprendre l’évolution des faits avant, pendant et après la Commune.

De nombreux historiens ont collaboré à l’écriture, marquant ainsi l’intérêt qu’ils ont pour la Commune de Marseille. Cet ouvrage n’est pas destiné aux seuls Marseillais. Il apporte une somme de connaissances sur les raisons de l’échec, mais surtout sur l’espoir qu’elle a suscité par ses actions et ses propositions d’avant-garde.

ANNETTE HUET

Sous la direction de Gérard Leidet et Colette Drogoz, éditions Syllepse (Paris) et Promeno (Marseille), collection Histoire : Enjeux et débats.

JPEG - 2.4 ko
COURBET AU BORD DU LAC LÉMAN

«  Courbet a quitté Ornans, il cherche à établir une installation sur la frontière la plus proche de son pays, et se met à l’abri pour le futur procès de la Colonne  », peut-on lire dans un rapport de police du 25 août 1873, cité dans le livre de David Bosc. L’auteur y décrit de manière vivante et dans un style alerte les quatre dernières années du peintre à la Tour-de- Peilz, au bord du lac Léman.

Courbet s’est réfugié en Suisse pour fuir la « Justice  » française qui l’accuse d’être responsable de la destruction de la colonne Vendôme, pendant la Commune. «  Aujourd’hui, j’appartiens nettement, tous frais payés, à la classe des hommes qui sont morts, hommes de cœur et dévoués, sans intérêts égoïstes, à la République  », écrit Courbet le 23 juillet 1873.

Hommage aux victimes de la répression ? A coup sûr. Vision prémonitoire de sa mort proche ?
Peu probable au vu de l’activité débordante de Courbet : il peint énormément, raffole des baignades dans le lac Léman, participe à la chorale du village, fréquente les cafés et les auberges en compagnie de ses amis… «  C’était une table disparate d’anciens de la Commune qui achevaient de déjeuner. Il y avait Vuillaume, Cluseret, Alavoine, Chardon, Arnould, Protot, dont le visage fut affreusement mutilé sur la barricade de la Fontaine au Roi et aussi Slom, dessinateur polonais qui fera le portrait de Courbet sur son lit de mort », note David Bosc, comme s’il avait assisté à la scène.

John Sutton

La claire fontaine, Verdier (2013)

JPEG - 2.4 ko
LA BARRICADE, HISTOIRE D’UN OBJET RÉVOLUTIONNAIRE
ERIC HAZAN


Après son excellente histoire de la capitale (L’Invention de Paris, Points-Seuil) et celle de la Révolution française (La Fabrique), Eric Hazan part à l’assaut de la barricade, devenue l’emblème de toutes les révolutions. Il nous apprend que la première véritable « journée des barricades  » est organisée à Paris, le 12 mai 1588, par le duc de Guise, chef de la Ligue, parti des catholiques extrémistes. Les témoins de l’époque décrivent des amas de « charrettes renversées, de pavés, de meubles variés, et surtout de barriques remplies de terre », qui donnèrent leur nom à ces constructions hétéroclites. Barricades des canuts à Lyon en 1831 et 1834, barricades érigées dans toute l’Europe en 1848, celle du faubourg Saint-Antoine contre le coup d’Etat du 2 décembre 1851 sur laquelle le représentant du peuple Alphonse Baudin sacrifia sa vie en prononçant ces paroles devenues célèbres : « Vous allez voir comment on meurt pour vingt-cinq francs !  », soit le montant de la solde d’un député sous la Deuxième République. Et la Commune, me direz-vous ? L’auteur y consacre un chapitre, qui commence par cette phrase : «  La barricade n’est entrée en jeu que durant la dernière semaine, mais c’est pourtant elle dont on se souvient, elle qui reste le symbole de la Commune de Paris.  » « Comment en est-on arrivé là, à cette semaine tragique alors que la Commune avait bien des atouts, des armes, des forts, des canons ?  », s’interroge Eric Hazan. Pour lui, les explications ne manquent pas : l’isolement de Paris après l’échec des Communes de Marseille, de Narbonne et de Limoges, les dissensions
dans le mouvement parisien, l’impréparation de la défense, l’absence de chef militaire…

John Sutton

Éditions Autrement (2013)

2013 - trimestre 2

dimanche 5 mai 2013 

LOUISE MICHEL, POÉTESSE


Ce recueil illustré a été édité à l’occasion du 140e anniversaire de la Commune par l’association culturelle laïque Pythéas et regroupe huit livres de poèmes de Louise Michel, retranscrits à partir de leur première édition vers 1890.
C’est donc une somme qui permet de saisir l’ampleur de la production littéraire de notre célèbre héroïne. Outre ses discours, romans, pièces de théâtre et ses mémoires, elle écrit une poésie romantique et engagée dans la lignée de celle de Victor Hugo avec qui elle entretient une correspondance dès sa jeunesse.
C’est lui qui, dès 1871 lui consacre un poème grandiose Viro-Major où il salue ses vers « mystérieux et doux ». Et n’oublions pas non plus l’hommage d’un autre grand poète, le communard Paul Verlaine, qui lui dédie une ballade rimée dans Amour en 1886.

Le recueil s’ouvre sur des poésies consacrées à l’enfance et la jeunesse de Louise Michel à Vroncourt (Haute-Marne), déjà empreinte de mythes et légendes, et se poursuit avec La Carmagnole des gueux sur la Commune, Les Océaniennes et Bouche close sur la déportation, pour finir sur un poème à celui qui lui a mis deux balles dans la tête, dont une qu’elle gardera jusqu’à sa mort, en 1905, à Marseille. On peut juste regretter que la plupart des poèmes ne soient pas datés à part Saint-Just et Chansons d’oiseaux de 1861, La fiancée de Boris 1er de 1867, Manifestation de la paix de 1869, Versailles capitale, Les œillets rouges, La révolution vaincue, A nos vainqueurs et Au 3e conseil de guerre de 1871, Hiver et nuit de 1872, A bord de la Virginie de 1873 et Saint Lazare de 1885. Un travail de recherche de datation serait intéressant à mener, mais c’est une autre histoire.

ED

Louise Michel, Poèmes introuvables, les cahiers hors-séries de Pythéas, BP 78-13192 Marseille Cedex 20

JPEG - 2.4 ko
GARIBALDI, COMBATTANT DE LA LIBERTÉ


Né à Nice le 4 juillet 1807, Garibaldi fut tour à tour artisan de l’unité italienne, corsaire au service de la République du Rio Grande et guérillero en Uruguay, d’où son surnom de « héros des Deux-Mondes  ».

Après le désastre de Sedan, le 2 septembre 1870, le chef des Chemises rouges, âgé de soixante-trois ans, quitte sa petite île de Caprera, au large de la Sardaigne, pour combattre les Prussiens. « Je viens donner à la France ce qu’il reste de moi. (…) A la fin de ma vie, je suis fier de servir la sainte cause de la République  », déclare-t-il en débarquant à Marseille. A la tête de l’armée des Vosges, Garibaldi remporte une des rares victoires françaises, près de Dijon. En 1871, il sera élu député à l’Assemblée nationale, transférée à Bordeaux, mais il n’y siégera jamais. L’Assemblée refuse de l’entendre et invalide son mandat parce qu’il est «  étranger ». Le 13 février, Victor Hugo monte au perchoir pour défendre «  le seul général ayant combattu pour la France, qui n’ait pas été vaincu ». « Son épée avait déjà délivré un peuple et son épée pouvait en sauver un autre  », s’exclame le poète. Comme il soutient un « étranger » et qu’on l’accuse à ce titre de ne pas « parler français », Hugo démissionne à son tour. Le 24 mars, moins d’une semaine après le début de la Commune, le Comité central propose à Garibaldi le commandement en chef de la Garde nationale. Très affaibli physiquement, il décline l’offre. Malgré sa sympathie pour les communards, il n’a pas oublié l’affront subi à Bordeaux. Le général ne participera pas à la Commune, ses fils Menotti et Ricciotti non plus. Le premier fut pourtant élu délégué pour le XIXe arrondissement et le second se trouvait à Lyon lors de l’insurrection de la ville.

En revanche, plusieurs garibaldiens s’illustrèrent dans les rangs de la Commune. Le plus célèbre d’entre eux, Amilcare Cipriani (1844-1918), fut nommé aide de camp de Bergeret. Il participa à l’offensive du 3 avril, au cours de laquelle son ami Gustave Flourens, rencontré en Crète, fut tué par un gendarme à Rueil. Comme d’autres anciens garibaldiens, Cipriani connaîtra le bagne en Nouvelle-Calédonie. Dans cette très belle biographie, l’historien Pierre Milza nous retrace, sur un ton enlevé, la vie tumultueuse du célèbre combattant de la liberté et de ses partisans. Il est également l’auteur de L’Année terrible : la Commune (mars-juin 1871), paru en 2010 aux éditions Perrin (lire La Commune n° 42).

JS

Garibaldi, de Pierre Milza, éd. Fayard

JPEG - 2.4 ko
NOUVELLE-CALÉDONIE, LE BAGNE OUBLIÉ ?


Cet ouvrage [1] accompagne une exposition qui se tient actuellement au Musée Balaguier, à la Seyne-sur-Mer, près de Toulon, visible jusqu’au 15 septembre 2013, dont notre bulletin a déjà rendu compte dans le précédent numéro. Un avant-propos d’une quinzaine de pages raconte l’histoire oubliée de ce bagne ouvert en 1863 et dont le dernier convoi de déportés arriva en 1897 [2]. Le bagne sera fermé en 1922.

L’arrivée massive de plusieurs milliers de déportés communards à partir de 1872 et aussi de deux mille Kabyles, après leur insurrection de 1871 en Algérie, fut un temps fort de ce bagne. Le grand dossier iconographique qui suit cet avant-propos est particulièrement intéressant : dessins faits par les déportés, photographies du XIXe siècle, photographies actuelles en noir et blanc de Marinette Delanné sur ce qui reste aujourd’hui des constructions du bagne, envahies par la nature et la forêt. De petits textes précis et détaillés aident à comprendre la vie quotidienne des déportés. Nombre de ces photos sont chargées d’une poésie mélancolique et sont émouvantes comme celle qui représente le cimetière des déportés à l’Ile des Pins où les communards, avant de quitter l’île au moment de l’amnistie, élevèrent un mémorial avec les noms de leurs camarades décédés ou celle du cimetière arabe, près de Bourail, où reposent les déportés Kabyles. Un beau devoir de mémoire.

PAUL LIDSKY


[1Textes de Julien Gomez-Estienne et Franck Sénateur ; photographies de Marinette Delanné, Ed. de l’Amandier

[2Malheureusement, des erreurs grossières figurent en quelques lignes sur l’histoire de la Commune tant sur les dates que sur les personnages. Notamment pour Rigault présenté comme un agent de Versailles.