2018 - trimestre 1

samedi 7 avril 2018 

UN HIVER DE CHIEN (PARIS 1870-1871)


C’est une enfant des faubourgs, de la Butte-aux-Cailles, du XIIIe naissant, qui nous fait découvrir ce que fut cet hiver terrible, du 14 novembre 1870 au 26 janvier 1871, très peu de temps avant le début de la Commune de Paris.

Celie, une gamine de dix ans et son petit chien Floréal, trouvé près de la Bièvre, nous entraînent dans un Paris soumis au siège de l’armée prussienne et de ses bombardements incessants. 

A travers ses aventures, on découvre la population de ce quartier parmi les plus pauvres de Paris : il est peu urbanisé, encore situé sur les bords de la Bièvre, où vivent tanneurs et mégissiers. Les habitants, à majorité ouvrière, vont souffrir de cet hiver, du froid et des privations liées au siège.

C’est la course à la nourriture. Des bandes de gamins chassent le chien, le chat, le rat ; de longues queues se tiennent devant les boutiques aux trois-quarts vides ; avec la recherche permanente de bois de chauffage. Devant tant de difficultés, les mairies vont concevoir des cantines ouvrières et des entraides spontanées se forment.

L’auteur nous décrit toute une série de personnages attachants, qui vont nous entraîner dans cette période qui allait engendrer en mars 1871 la Commune de Paris. On se trouve mêlé à ces gens qui refusent la défaite, qui se posent des questions sur l’attitude passive du gouvernement de Défense nationale et sur les tergiversations du général Trochu. Sans le savoir eux-mêmes, ils sont en train de créer le ferment populaire de la Commune de Paris.

Et puis il y a ce Paris aujourd’hui disparu et tellement bien décrit, la Bièvre, le quartier Croulebarbe derrière la manufacture des Gobelins. Le texte est accompagné d’une riche iconographie bien insérée dans le livre.

JEAN-LOUIS GUGLIELMI
Fred Morisse, Un hiver de chien (Paris 1870-1781), Depeyrot, 2017. 520 p.


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LES DAMNÉS DE LA COMMUNE


C’est une très belle BD que nous livre un jeune auteur plus que prometteur. La Commune a fait l’objet (bien plus que le cinéma de fiction qui l’ignore malheureusement) de nombreux volumes de bandes dessinées. Mais ici la démarche est extrêmement originale et novatrice, tant du point de vue du scénario que du point de vue graphique.

Découvrant qu’il réside dans un immeuble de Belleville où a habité un communard très mal connu, Gilbert Lavalette, l’auteur se lance sur ses traces dans le Paris des années 1860 et 1870. Ce qui nous vaut un regard où se croisent une recherche historique sensible, une quête biographique avec toutes ses difficultés (du Maitron aux Archives, en croisant le témoignage de Victorine Brocher), et une reconstitution palpitante du Paris de l’avant-Commune (le volume s’arrête au 18 mars). Le souci du respect rigoureux de l’histoire ou des faits historiques marque cet ouvrage, qui est aussi un témoignage vivant de ce que peut être la recherche quand elle ne se sépare pas de la compréhension sensible. L’empathie n’interdit pas, ne doit pas interdire la critique.

L’originalité graphique est marquée dans le choix très fort de Raphaël Meyssan de réaliser entièrement son travail avec des gravures issues des journaux illustrés et des images de l’époque, retravaillées pour s’adapter aux faits racontés dans le volume. Ce qui nous plonge, de manière formidable, dans le Paris du siège et de la Commune, en évitant cet anachronisme qui est le risque de toute BD.

Certes, l’œuvre originale d’un dessinateur apporte un imaginaire riche et complémentaire au récit. Ici, plus modestement, l’auteur laisse la place à la source de l’époque qu’il enrichit de son regard.

Mais qui était donc Lavalette ? Vous le saurez en lisant ce passionnant roman graphique, où vous irez des Folies-Belleville en 1868 aux Archives de la Guerre à Vincennes en 2017, de la manifestation devant l’Hôtel de Ville du 30 octobre 1870 à l’émouvante tombe de Lavalette au cimetière de Bagneux, du modeste logis ouvrier de Victorine à l’insurrection du 18 mars. Nous en attendons la suite avec une grande impatience.

JEAN-LOUIS ROBERT
Raphaël Meyssan, Les damnés de la Commune 1- À la recherche de Lavalette, Delcourt, 2017.

2017 - trimestre 4

jeudi 7 décembre 2017 

DE LA RIVIÈRE BLEUE À LA SEINE ROUGE SANG

« VIVE LA COMMUNE »

sur le drapeau rouge du 143e Bataillon de la Garde nationale fédérée en première de couverture, le titre emprunté à Jules Vallès, une dédicace : « À Marthe et à tous les vaincus — pas parce qu’ils ont été battus, mais parce qu’ils se sont battus », les premières lignes du premier chapitre consacrées à l’hommage fleuri rendu par le narrateur, sur le Mur, le long de la plaque au Père-Lachaise, et aux pensées dédiées « à Jeanne, à Louise, à Gustave  »…

Tout d’emblée nous fait entrer dans ce roman aux côtés des acteurs de la Commune de Paris. Le narrateur est notre guide, lui-même mené par Prosper-Olivier Lissagaray, qu’il nomme familièrement Lissa, à travers les rues de Paris, au fil des rencontres d’hommes et de femmes, grandes figures de la Commune ou anonymes.

Pour nous qui aimons dire ou chanter que « la Commune n’est
pas morte 
 », le roman de Michèle Audin sait la rendre vivante, incarnée par tous ces destins croisés, portée par une véritable topographie de la Commune et une chronologie qui va nous mener du 18 mars au 28 mai 1871, de la joie à la mort, puis au lendemain de la mort, à nos lendemains.

Nous retrouvons tout l’esprit de la Commune : les réunions à n’en plus finir dans les clubs ou à l’Hôtel de Ville, les jours et les nuits sans avoir le temps de se laver ; les actions menées pour mettre en œuvre la démocratie sociale ; le travail des journalistes ; les spectacles, la fête et les combats, les folies d’amour, la bravoure dans la mort… Les prénoms, les noms de ces femmes et de ces hommes, leurs métiers, leurs affinités, leurs discordes, leurs déambulations jalonnent ce chemin sur lequel nous, lecteurs, sommes entraînés comme dans un tourbillon. Quel plaisir aussi de les entendre parler : comme Courbet et Vallès lorsqu’ils devisent ensemble, et conviennent avec truculence d’un dîner de boudin aux pommes, arrosé d’un bon vin rouge !

Le mode narratif fait s’imbriquer l’une dans l’autre les temporalités : celle de l’énonciation et celle du récit, jusqu’au point où le narrateur traverse le miroir ; en effet, le beau chapitre 25, «  Paris la veille de la mort », commence par ces lignes : « Aujourd’hui encore je marche dans Paris. Je marche le texte du chapitre 25 du livre de Lissagaray. Avec lui.  » Et au fil de cette dernière marche, Lissa va enfin le présenter à Marthe : « Peut-être mon regard vers la jeune femme qui distribue le travail est-il trop évidemment admiratif, en tout cas il fait sourire monguide : « Veux-tu que je te la présente ? Elle s’appelle Marthe. » Elle se tourne vers nous. Oui, c’est Marthe, bien sûr, Marthe à laquelle je rêve depuis le début de cette histoire — mais ils n’en savent rien. »

La finesse de l’écriture, l’immense expertise historique de l’auteure, le lyrisme de cette prose et la force poétique de l’oeuvre font de ce roman un livre hors normes et captivant.

MICHÈLE CAMUS

Michèle Audin, Comme une rivière bleue Paris 1871, Gallimard, L’Arbalète, 2017.


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TROIS ROMANS DE LOUISE MICHEL


Publié en 2013 par les Presses universitaires de Lyon, ce dernier tome conclut l’importante publication d’une collection fondée en 1999 par Xavière Gauthier, historienne. Il rassemble trois romans : Les Microbes humains (1886), Le Monde nouveau (1888) et Le Claque-dents (1890).

Trois romans sur un monde qui se délite, pourri par la finance, et que Louise analyse avec son regard d’anarchiste, mais aussi avec un réel souffle poétique. Cet ouvrage de plus de 600 pages est suivi d’un dossier documentaire passionnant, comportant une revue de presse de l’époque, commentée et annotée par Claude Rétat (Directrice de recherche au CNRS) et Stéphane Zékian (Chargé de recherches). Nous surprenons ainsi l’étonnement des journalistes devant cette œuvre d’envergure qui les interpelle tant par le style que par le foisonnement des idées.

Documents rares également : nous avons accès à des textes de conférences de Louise Michel, des articles nombreux de la « Grande citoyenne », des projets de pièce de théâtre, etc., textes provenant pour l’essentiel du Fonds Lucien Descaves, que l’on peut interroger à l’Institut d’histoire d’Amsterdam.

Un ouvrage indispensable pour mieux connaître Louise Michel, foisonnant de références, étonnant de trouvailles comme le texte Grelottage de Saint-Lazare, où l’auteure se plaît à transcrire fidèlement une conversation entre deux détenues dans le langage fleuri de l’argot. Ou encore un texte sur les raisons du féminisme, illustrant en une phrase ce que veulent les femmes : « Tantôt adulée, tantôt insultée, la femme est accoutumée à prendre pour ce que valent les flatteries et les injures. Nous ne voulons ni de l’autel, ni du ruisseau  », écrit-elle.

Une belle collection, qui nous fait découvrir les différentes facettes de cette femme devenue une icône. Ainsi, à travers ses œuvres, nous la voyons plus vraie, plus humaine, loin des légendes construites autour d’elle.

Courageuse publication, dépassant les a priori politiques, pour permettre d’accéder à une véritable œuvre littéraire. Une ambition jamais atteinte jusque-là.

CLAUDINE REY

Louise Michel, Trois romans : Les Microbes humains, Le Monde nouveau, Le Claque-dents, textes établis, présentés et annotés par Claude Rétat et Stéphane Zékian. Lyon, Presses universitaires de Lyon, 2013, 631 p.


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POÈMES LOUISE MICHEL EN NOUVELLE-CALÉDONIE


Nous est parvenue, il y a quelques mois, la réédition, en 2010, aux éditions Maïade, des Souvenirs et Aventures de ma vie par Louise Michel. C’est le fac-similé d’un feuilleton, paru dans La Vie Populaire, du 17 mars (soit 11 jours après la mort de la célèbre communarde) au 14 juillet 1905, en tout 18 livraisons relatant son séjour en Nouvelle-Calédonie. Présentée comme écrite par Louise Michel, l’œuvre est en fait le travail d’un journaliste qui se fera un nom dans les livres de jeunesse et les romans policiers, Arnould Galopin.

Le texte, dans la veine des grands romans feuilletons du XIXe, se lit avec plaisir, et avec une sorte de satisfaction naïve, tant les méchants – gouverneur, surveillants – y sont ridicules, et tant Louise Michel y apparaît comme une héroïne, pleine d’humour, d’humanité, mais perpétuellement révoltée et rebelle à toute autorité. On rit de voir le gouverneur, désarçonné par son pur-sang, sous les moqueries des communardes, ou ce surveillant, Grippart, brisant son piano à coups de pieds, et finalement happé et tué par un requin. On applaudit Louise épousant la cause des Kanaks et fondant une école pour eux. Malheureusement, elle n’a pas rencontré de Kanaks, sauf celui auprès duquel elle a collecté des légendes, et Grippart n’a jamais existé.

C’est dire qu’il ne faut pas compter sur cet ouvrage pour découvrir la vérité du séjour en déportation de Louise Michel, ni l’authenticité de son caractère. Beaucoup de scènes sont imaginaires, comme l’assassinat du forçat Renelle par le Kanak Kio ; d’autres présentent une confusion entre le régime des forçats et celui des déportés, ou se sont déroulées dans des lieux d’où Louise Michel était absente ; ainsi, l’exécution des quatre déportés à l’île des Pins en 1874. Certains passages sont démarqués, voire recopiés, de ses Mémoires, parus vingt ans plus tôt.

Pour connaître la vérité historique, on se référera au livre de Joël Dauphiné, spécialiste de la Nouvelle-Calédonie, La déportation de Louise Michel. Vérités et légendes [1]. L’éditrice du présent ouvrage en connaît les erreurs et les approximations et ne cherche pas à les masquer.

Il reste que ces Souvenirs et Aventures de ma vie sont une lecture agréable, nous renseignent sur la vie du bagne et constituent une pièce dans l’entreprise de canonisation de Louise Michel, au lendemain de sa disparition.

NICOLE TORDJMAN

Louise Michel en Nouvelle-Calédonie. Les « Souvenirs et aventures de ma vie », parus en feuilleton au début du XXe siècle. Textes retrouvés et présentés par Jeannine Garnotel. Maïade éditions, 2010.


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LA TRAVERSÉE


Gérard Hamon nous conte l’histoire imaginaire d’un communard de retour du bagne en Nouvelle-Calédonie, en 1879. Son héros est un anonyme : champignonniste parce que cela ne demandait pas de connaissances particulières, il est fait prisonnier lors de la Commune de Paris et déporté au bagne. Amnistié, il revient en France à bord du Var, un trois-mâts barque à vapeur. Pour tromper son ennui lors de ce voyage de retour, qui va durer onze semaines, notre personnage va tenir un journal de bord. Chaque jour, il nous raconte un épisode de sa vie : avant la Commune, puis son engagement et ses combats lors de celle-ci. Tout est raconté sans ordre chronologique particulier, il nous parle de son père, des différentes étapes de sa captivité, en France, sur l’île des Pins. Et puis il y a ses rencontres, des communards comme lui, ou la vie des marins à bord du Var, leurs habitudes et travaux de chaque jour, ou encore de simples citoyens côtoyés çà et là.

L’auteur va ainsi nous parler de communards ayant réellement existé. D’autres personnages sont imaginaires, composés à l’aide de nombreux documents bibliographiques.
Il aborde également des périodes de l’histoire peu souvent citées, telles que la révolte des Kanaks, celles des populations de Cochinchine ou d’Algérie ; périodes liées au colonialisme, parfois mal comprises et mal interprétées par les communards exilés.

Ce livre est basé sur une minutieuse recherche documentaire. Il nous fait découvrir avec talent et émotion une face souvent oubliée de la Commune, celle d’un personnage quelconque au sein d’un épisode dramatique de notre histoire.

Jean-Louis Guglielmi

Gérard Hamon, La Traversée. Retour de bagne d’un communard déporté, Éd. Poncerq, Rennes, 2016


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UNE PLAIE OUVERTE


Patrick Pécherot est un auteur de livres policiers souvent récompensés. Avec Une plaie ouverte, il évoque la Commune, des prémices de 1870 jusqu’en 1905, avec un récit en quatre actes et une trentaine de dates bien documentés. L’auteur met en scène des personnages réels et d’autres fictifs.

Parmi les communards connus, nous croisons Courbet «  le maître à l’odeur de soufre et de lit défait  » ; Gill au « sourire soleil, caricaturiste aux cent procès, semeur de rimes et de bons mots  » ; Vallès aux «  allures d’hirondelle en colère », Vuillaume et Vermersch du Père Duchêne – les «  trois V  » ; Louise Michel, « sèche et noire  » «  à l’égal des hommes », Louise et Clemenceau, Louise et Verlaine ; « Allix et ses lubies » ; Rigault, Rochefort, Garibaldi… « Et tant d’autres aux noms oubliés  » ou inconnus. Pécherot crée donc des personnages fictifs : Charles Richard qui « note tout ... ses choses vues à la manière de Hugo  » ; Amédée Floquin, qui sera présent au mauvais moment rue Haxo ; Valentin Dana, élégant et énigmatique ; Marceau, fasciné par Dana ; Manon, un modèle qui « choisit ceux qui la peignent  » et qui préfère Dana à Marceau. Nous parcourons divers lieux emblématiques de la Commune : des pensions et des brasseries ; la Marmitede Nathalie Lemel et Eugène Varlin, rue Larrey ; la rue du Jardinet, où s’imprime Le Père Duchêne ; l’atelier de Carjat, rue Notre-Dame-de-Lorette et celui de Courbet, rue Hautefeuille. Nous parcourons les rues de Paris lorsque «  l’air a des douceurs de printemps » et que «  la vie est une poignée de Cerises » ; puis fin mai, alors que « c’est fini  » et que l’on « a entassé les morts dans les charniers, « à gauche, collés au mur »...« à droite, les survivants. En sursis. »

Plus de trente ans après la Commune, Marceau est toujours obsédé par Dana disparu après sa condamnation à mort. Fut-il vraiment communard ? A-t-il dérobé de l’argent de la Commune ? Et qui est responsable de la mort de Floquin ? Il croit le reconnaître en figurant du premier western américain. Il enquête dans les milieux du cinéma naissant, en France et en Amérique avec l’aide d’un détective pour qui, finalement, « Valentin Dana n’existe pas  ».

Pour le docteur Allix, qui suit Marceau, il s’agit d’une « névrose obsessionnelle  » – comme l’autre Allix (Jules et ses escargots…), tous d’ailleurs, un peu « fous, ils l’avaient tous été, qui croyaient renverser le vieux monde  ». Autant de personnages à la poursuite de fantômes et des souvenirs des journées de la Commune, « l’histoire des rossignols en fête et des cerises d’amour tombées en gouttes de sang.  »

Aline Raimbault

Patrick Pécherot, Une Plaie ouverte, Gallimard, 2015 – Prix Transfuge du meilleur polar français. Rééd. 2017, Gallimard, Folio Policier n°834.


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ÉDOUARD VAILLANT LE GRAND SOCIALISTE


Avec ce tome 2 consacré à Edouard Vaillant, notre ami Jean-Marie Favière clôt l’histoire de la vie de la Tête pensante de la Commune avec celle du Grand socialiste, achevant une belle œuvre biographique, qui vient d’être récompensée par le prix du Salon du livre de Saint-Amand (Cher). Cette deuxième partie, qui s’écoule du retour d’exil en juillet 1880 à son décès en décembre 1915, est centrale comme base de réflexion pour prolonger les idéaux de la Commune. En effet, Édouard Vaillant est un des très rares acteurs de la Commune ayant porté ses idées dans le combat politique, une fois revenu en France. Le décryptage par l’auteur de la pensée de Vaillant au cours de ses mandats, avec son républicanisme social à réformes progressistes, son action totale, sa volonté de rassembler, sans oublier le but à atteindre – la République sociale –, permet de comprendre les ressorts qui le guident, même si son engagement, toujours cohérent, sera tributaire des situations politiques et internationales qui évoluent au rythme des congrès d’avant 1914. Il refuse le ministérialisme [2] et la guerre, celle-ci devant être combattue par la grève générale propre aux syndicalistes révolutionnaires et anarchistes. Il est aussi l’artisan de l’union des socialistes en 1905. Ses positionnements sur le suffrage universel, l’armée, la République, la laïcité, l’internationalisme, ont un écho évident aujourd’hui. Vaillant n’est donc pas le seul exilé de la Commune à replonger dans l’arène politique ; Jean Allemane, qu’il côtoie, l’est aussi, ses idées méritant d’être mieux connues. La curiosité étant importante en histoire, les éclectiques et très actualisées digressions de Jean-Marie se retrouvent dans les thèmes évoqués, et bien d’autres pouvant ouvrir sur de larges débats argumentés.

Le Grand socialiste a sous-titré notre ami Jean-Marie, car pour lui, Vaillant, qui maintient un lien permanent avec sa terre natale du Cher, est l’égal de Jaurès et Guesde de par sa stature générale. Si son socialisme patriotique le conduit en 1914, avec tant d’autres, à soutenir la défense nationale, dans le même esprit qu’en 1870, des militants peu nombreux et très courageux choisissent l’opposition, prenant conscience de la grande guerre des classes qui se dessine, cette guerre qui «  va tuer  » Vaillant.

Tout en saluant les deux grands biographes incontournables de Vaillant qu’ont été Howorth [3] et Dommanget [4], cités constamment par l’auteur, l’approche novatrice du personnage dans la forme et sur le fond apporte un souffle différent, que l’on doit fortement apprécier ; et surtout, la qualité de l’ouvrage de notre ami Jean-Marie rejaillit sur le monde des historiens locaux en quête de vérité.

JEAN ANNEQUIN

Jean-Marie Favière, Je te parle au sujet d’Edouard Vaillant. T. 2, Le Grand Socialiste, JPS Editions, 2016


[1Joël Dauphiné, La déportation de Louise Michel. Vérités et légendes, Paris, Les Indes Galantes, 2006.

[2Terme utilisé par le mouvement socialiste et communiste pour désigner le fait de participer ou de prôner la participation de socialistes à un gouvernement bourgeois. La « crise ministérialiste  » divise les socialistes en 1899, lorsque le socialiste Alexandre Millerand accepte d’entrer dans le gouvernement Waldeck-Rousseau.

[3Jolyon Howorth, Édouard Vaillant. La création de l’unité socialiste en France, Syros, 1982.

[4Maurice Dommanget, Édouard Vaillant, un grand socialiste, La Table Ronde, 1956.

2017 - trimestre 2

mardi 19 septembre 2017 

L’APOTHÉOSE DE LA CANAILLE OU DES ARTISTES CONTRE LA COMMUNE


Ce livre centre presque toute son étude sur un grand tableau de 4,30 mètres sur 3,32 mètres, proposé au Salon des artistes de 1885 comme révélateur de la réaction de nombreux artistes à l’événement qu’a été la Commune.

Ce tableau (qui donne son titre à son ouvrage) est l’œuvre d’un artiste de 35 ans, Maurice Boutet de Monvel (1850-1913), qui a été l’élève de maîtres académiques (Cabanel, Carolus-Durand entre autres). Mais ce qui surprend aujourd’hui, c’est que cet artiste se soit fait connaître surtout comme un illustrateur raffiné et délicat de livres pour enfants, aujourd’hui encore très connus [1].

Il y a un profond décalage entre cette douceur et la violence satirique de ce tableau au contenu profondément réactionnaire.
Décrivons-le : la moitié supérieure montre un barbu couronné, affalé vulgairement dans un fauteuil (sans doute volé dans un palais), enveloppé dans un tissu rouge, en forme de toge, déguenillé, un poignard dans une main, une bouteille de vin dans l’autre, piétinant de son pied nu et sale une jeune femme évanouie, recouverte d’un drap blanc. Cette femme symbolise la France piétinée par la « canaille  » communarde. La foule frénétique, essentiellement masculine, tend ses bras et ses mains sales pour acclamer ce roi des gueux ; deux compères sont à côté de lui, vêtus en bourgeois, deux sinistres personnages tirés d’un mélodrame célèbre au XIXe siècle [2], qui sont des escrocs et des bonimenteurs. Ils représentent pour le peintre les chefs de la Commune manipulant les masses. Ce livre montre ensuite que ce tableau n’a fait que reprendre tous les mécanismes de dévalorisation de la Commune déjà utilisés avant lui par d’autres artistes (Bertall, Léonce Schérer, Félix Guérie) [3]. De nombreux artistes vont aussi participer à la campagne en illustrant les ruines provoquées par les « pétroleuses » : ainsi Les ruines du palais des Tuileries, par le peintre Ernest Meissonier. L’auteur fait ensuite le parallèle entre la réaction des artistes et celle des écrivains (Zola notamment) au moment de la Commune. Dans les deux cas, elles traduisent la frayeur devant un événement qu’ils ne comprennent pas et qui les remet en question.

Cependant la toile de Boutet de Monvel fut retirée du Salon la veille de l’inauguration, par peur des polémiques qu’elle risquait de provoquer, après une visite d’Edmond Turquet, sous-secrétaire d’Etat aux Beaux-Arts. Depuis, le temps est passé et l’on ne trouve plus d’artistes anti-communards aujourd’hui. Dans la fin du livre, l’auteur prend un autre exemple : celui des grèves de mineurs à la fin du siècle, pour montrer l’évolution des artistes et de Zola. Livre intéressant avec de nombreuses illustrations de l’époque, malheureusement dans un format trop réduit.

PAUL LIDSKY, ANNETTE HUET

Pierre Coftier, L’Apothéose de la canaille, autour d’un tableau, Cahiers du temps, 2016.


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JULES ANDRIEU 
NOTES POUR SERVIR À L’HISTOIRE DE LA COMMUNE DE PARIS


Les éditions Libertalia viennent de rééditer un texte indispensable à qui désire établir le plus objectivement possible l’histoire de la Commune.

Jules Andrieu (1838-1884) est, en effet, un témoin de poids : il est membre de la Commune et son délégué aux Services publics. Il témoigne donc de l’intérieur, à l’instar de Jean-Baptiste Clément dans La revanche des communeux, et il donne son point de vue sans ménager les critiques.

Son ouvrage est, toutefois, très difficile à lire. Le style est lourd et alambiqué. Les phrases sont pleines de références érudites et de digressions inutiles.
Néanmoins, Andrieu expose comment il a pu assurer la permanence des services publics, alors que Thiers avait misé sur la brusque interruption des inhumations, de l’alimentation en eau, des égouts, des poubelles… pour instaurer le chaos (p.128). Andrieu a réussi à mobiliser ses agents, en s’appuyant sur les moins gradés d’entre eux, qui travaillaient avec d’autant plus d’efficacité qu’ils n’étaient plus bridés par leurs chefs, partis à Versailles ou limogés par Andrieu.

Son analyse critique de l’organisation de la Commune semble pertinente. Quatre commissions auraient suffi : finances, guerre, subsistances et police, placées sous le contrôle d’une commission centrale, dite « administrative », qui aurait supervisé aussi les vingt mairies fonctionnant alors comme des sous communes (p.137-142). Son jugement sur les membres de la Commune ne manque pas non plus d’intérêt : selon lui, la plupart d’entre eux ne faisaient que parler au lieu d’agir ; il aurait fallu donner l’essentiel du pouvoir à Lefrançais et à Vermorel, secondés par Jourde, Theisz, Tridon, Varlin, Longuet, voire par Cournet, Arnaud, Gambon, Pottier, Frankel, Mortier «  et bien d’autres. Les agitateurs et les exagérateurs, comme Félix Pyat, comme Pillot, comme Régère, auraient perdu du coup leur néfaste influence  » (p.238).

Son analyse des incendies pendant la Commune est particulièrement intéressante : « Les versaillais […] ne se gênaient pas pour mettre le feu aux maisons qui servaient de point d’appui aux barricades. Ils ne craignaient pas non plus d’incendier à droite et à gauche, sans autre nécessité que de grossir le bilan incendiaire de ces misérables insurgés, qu’ils fusillaient et mitraillaient, comme ils le méritaient, c’est-à-dire en masse  » (p.218). « Des incendies qui, du 22 au 28 mai, ont si fatalement éclairé Paris, il ne reste au compte de l’idée communale que l’incendie des Tuileries et celle de l’Hôtel de Ville. […] J’applaudis sans restriction à la destruction du monument qui est l’emblème […] des royautés et à celle de […] l’Hôtel de Ville, qui a toujours servi au libéralisme, depuis Lafayette jusqu’à Jules Ferry, à escamoter les révolutions du peuple » (p.219).

Il note que Thiers ne s’est pas pressé de pénétrer dans Paris, pour éviter que trop de brusquerie n’incitât les Parisiens à porter atteinte à la Banque de France ou aux titres de propriété et aux « valeurs immobilières éparses dans les études des notaires ou concentrées dans les grandes compagnies : Crédit foncier, Comptoir d’escompte, etc.  » (p.186-187).

Dans la conduite de la guerre, il déplore que l’on n’ait pas tiré parti du remarquable réseau de carrières et de galeries souterraines existant, pour miner les zones extérieures aux fortifications, et notamment le plateau de Châtillon (p.146).

Georges Beisson

Jules Andrieu, Notes pour servir à l’histoire de la Commune de Paris en 1871, Libertalia, Paris, 2016, 395 p.


[1Chansons de France pour les petits Français, La civilité puérile et honnête, La Fontaine, fables choisies pour les enfants, Filles et garçons, Nos enfants, Jeanne d’Arc.

[2L’auberge des Adrets avec Robert Macaire et son second Bertrand, mélodrame de 1823 : le sous-titre du tableau est Le triomphe de Robert Macaire.

[3Et partiellement Gustave Doré qui a fait par ailleurs des dessins très satiriques des députés versaillais.

2017 - trimestre 3

mardi 19 septembre 2017 

DES GRAINES SOUS LA NEIGE


Ce « roman graphique » retrace la vie de Nathalie Le Mel, depuis son enfance à Brest jusqu’à Paris en 1913. Elle s’engage à fond dans tous les combats de son époque à Brest, Quimper puis Paris : luttes pour les droits des femmes et luttes sociales. Libraire puis relieuse, elle rencontre, entre autres, Louise Michel et Eugène Varlin. Elle adhère à l’Association internationale des travailleurs (AIT), participe à la création en 1870 du premier restaurant coopératif. Sous la Commune, elle fonde l’Union des femmes pour la défense et les soins aux blessés avec Elisabeth Dmitrieff et se bat sur la barricade de la place Blanche. Condamnée au bagne, elle restera sept ans en Nouvelle-Calédonie.

Les auteurs ont réussi une biographie romancée qui se base sur de très nombreuses recherches et qui nous fait découvrir cette féministe méconnue qui, avec d’autres, a semé « des graines sous la neige ».

Les dessins sont superbes. Leurs couleurs et le graphisme varient en fonction des périodes. Il y a une grande variété de styles.

L’introduction a été écrite par Claudine Rey ; la postface par Nathalie Boutefeu, interprète de Nathalie Le Mel dans le film Louise, la Rebelle.

A la fin de l’ouvrage, il y a de nombreuses notes historiques, une chronologie et une biographie des personnages historiques rencontrés dans le roman, le tout illustré de documents iconographiques sur la Commune de Paris.

L’ensemble forme une très belle œuvre, riche et originale, qui fait la part belle à une femme remarquable mais aussi à l’histoire des luttes sociales du XIXe siècle.

MARIE-CLAUDE WILLARD

Des graines sous la neige. Roland Michon (scénario), Laetitia Rouxel (graphisme). Locus Solus, 2017


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POÈMES ET CHANSONS D’EUGÈNE POTTIER


En introduction, Jacques Gaucheron retrace la vie d’Eugène Pottier et l’histoire de quelques œuvres, dont les débuts de L’Internationale. Pottier fut un poète populaire, respectant les règles de la poésie classique. Il utilise des images, des allusions pour tromper la censure, comme dans Quand viendra-t-elle ?, où il attend Marianne en 1858, sous Napoléon III.

La première partie s’intitule « Portrait d’Eugène Pottier par lui-même ». On y trouve des textes où il parle de lui. Citons son premier poème, écrit à 15 ans, des poèmes d’amour et sa lettre à Paul Lafargue en 1884. La 2e partie, « La Commune, le deuil et l’espérance  », comprend onze chansons, connues ou moins connues, sur la Commune, comme La Commune est passée par là, dédiée à Édouard Vaillant. La 3e partie, « Jour après jour au retour d’exil », nous présente dix textes écrits après son retour d’exil, comme L’économie Politique, pleine d’humour, ou La grève des femmes. Ce petit ouvrage nous permet de découvrir des textes parfois méconnus, poèmes engagés, combatifs et optimistes, de grande qualité. « Tout ça n’empêch’ pas, Nicolas, qu’la Commune n’est pas morte ».

MARIE-CLAUDE WILLARD

Eugène Pottier, Poèmes et chansons, Le Temps des Cerises, 2016


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BATAILLONS DE TYPOGRAPHES


Parce qu’ils sont plus instruits et détenteurs de matériaux spécifiques à leur profession (affiches, journaux), les typographes occupent, à l’intérieur du mouvement communaliste, une place particulière.

Pendant les soixante-douze jours de la Commune, ces ouvriers du livre témoignent de leurs idéaux et les font connaître. Les affiches abondent sur les murs, annoncent la réorganisation de l’administration, et relatent les faits militaires. Ils ont déjà fondé le 136e bataillon de typographes.

Ce livre le raconte très clairement et met en exergue ceux d’entre eux dont les noms et les actions sont parvenus jusqu’à nous. Eugénie Mouchon, qui revendique l’égalité des droits et l’abolition de la peine de mort, Jules Bergeret, Jean Allemane et Eugène Varlin, entre autres, sont représentatifs de ce que furent ces femmes et ces hommes, victimes d’une répression aveugle et criminelle.

Leur histoire est passionnante et dramatique, et ces ouvriers lettrés sont indissociables des événements de la Commune. Ouvriers, ils se sont battus pour l’alphabétisation dans les campagnes, et c’est aussi grâce à eux que la communication put s’établir entre les populations urbaines et rurales.

Méconnaître ce que représentèrent ces femmes et ces hommes, leur idéal, leur courage, est une faute. Tout est dit dans cet ouvrage.

ANNETTE HUET

Bernard Boller, Bataillons de typographes (1870-1871). De la casse au fusil, l’Écarlate, 2016


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LA COMMUNE (LITTÉRATURE JEUNESSE)


La littérature de jeunesse depuis quelque temps s’intéresse beaucoup à la Commune de Paris et notamment la maison d’édition L’École des loisirs, qui a publié récemment plusieurs ouvrages sur ce thème. Elle édite un nouveau livre très original dans la collection Grandes images de l’histoire, mélange de documentaire et de BD destiné à un public assez jeune (à partir de 10 -12 ans pour ce livre en particulier). Il peut se lire à divers niveaux ; d’abord une narration qui occupe environ un quart des 31 pages dans un déroulement chronologique qui part des dernières années du Second Empire, qui traverse la guerre contre l’Allemagne et la défaite, et se poursuit avec le développement de la Commune, puis la répression versaillaise.
Le reste de chaque page est occupé par de grandes illustrations fourmillant de détails et de personnages, qui s’expriment à travers des bulles comme dans les bandes dessinées (mais pas de vignettes par contre). En dehors de ces grandes illustrations, il y a des portraits de personnages importants cités dans le récit, insérés dans des petits médaillons qui renvoient à une notice biographique à la fin du livre. On peut encore trouver quelques encarts dans lesquels Victor Hugo écrit ses remarques à propos des événements en cours.
Ainsi chaque enfant pourra avoir un parcours différent de lecture : certains suivront tous les détails qui fourmillent d’une illustration à l’autre. D’autres iront à la fin du documentaire pour mieux connaître les protagonistes. D’autres voudront en savoir plus et poseront des questions. Un bon documentaire qui met bien en lumière l’idéal de la Commune et qui, dans une forme très vivante, peut intéresser un jeune public.

Paul Lidsky

Yvan Pommaux, Christophe Ylla-Sommers, La Commune, L’Ecole des loisirs, 2017


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BRUXELLES LA REBELLE


« Bruxelles est actuellement la ville du monde où se déroule le plus grand nombre de manifestations », écrit l’historienne Anne Morelli, dans la préface de l’ouvrage collectif intitulé : Le Bruxelles des révolutionnaires, de 1830 à nos jours. Elle explique que « de toute l’Europe, les manifestants y convergent : dockers refusant le dumping dans les ports européens, sidérurgistes privés de leur outil de travail, agriculteurs poussés à l’abandon de leurs terres par les multinationales de l’agroalimentaire, enseignants licenciés à la suite des coupes budgétaires et syndicalistes inquiets des décisions européennes limitant le droit de grève…  » Au XIXe siècle, Bruxelles était le refuge des révolutionnaires du monde entier. 
C’est au café du Cygne, sur la Grand-Place, que Marx fête le nouvel an 1848 avec une association d’ouvriers allemands établis à Bruxelles. Des concerts de solidarité y sont organisés et le Parti ouvrier belge y est fondé en 1885. L’historien belge Francis Sartorius consacre un chapitre aux communards exilés à Bruxelles de 1872 à 1880. On y apprend qu’ils fréquentaient les estaminets comme La Cour d’Espagne, rue des Bouchers, et La Bourse sur la Grand-Place. «  À La Bourse, on tient des congrès, des meetings et des réunions formelles ou informelles. On y crie même "Vive la révolution !" ou y appelle à la révolution  », note Francis Sartorius. En 1886, le débit de boissons À La Mouche, « sert de lieu de rassemblement des blanquistes, collectivistes et anarchistes, à l’appel des proscrits français Louis Sallard et Lamouche  », précise Hans Vandevoorde. Ces deux communards exerçaient la profession de garçon de café et militèrent dans un groupe anarchiste, la Société des frères de l’ABC. Sallard décéda en 1939 à l’hospice Van Aa à Ixelles, tandis que Lamouche fut expulsé en 1886. La plupart des établissements fréquentés par les communards existent toujours, Le Cygne, devenu un restaurant de luxe, Le Mont Thabor ou La Rose. Ce qui n’est pas le cas des maisons du peuple, lieux de réunions et de fêtes de la classe ouvrière à la Belle Époque, aujourd’hui disparus. Ainsi la Maison du Peuple, place Emile Vandervelde, construite pour le Parti ouvrier belge par le grand architecte de l’Art nouveau, Victor Horta, fut détruite en 1965. Elle avait été inaugurée en 1899, en présence de Jean Jaurès.

John Sutton

Ouvrage collectif sous la direction d’Anne Morelli, Le Bruxelles des révolutionnaires, de 1830 à nos jours. CFC éditions, 2016

2017 - trimestre 1

lundi 6 mars 2017 

LOUISE MICHEL LA VIERGE ROUGE


Cette bande dessinée a l’originalité d’avoir été créée par deux auteurs anglo-saxons : Mary M. Talbot, auteure d’ouvrages qui révèlent son goût pour l’histoire et les combats féministes, et Bryan Talbot, écrivain, dessinateur de bandes dessinées, universitaire distingué, docteur honoris causa de plusieurs universités.
Ces auteurs imaginent une rencontre entre Charlotte Perkins Gilman, écrivaine et romancière américaine et une amie de Louise Michel, Monique.

Charlotte est résolument féministe et... « socialiste américaine  », passionnée de fiction et pétrie d’utopie.
Monique évoque pour Charlotte les évènements qui ponctuèrent la vie de Louise Michel : le siège par les Prussiens et son cortège de misère (froid, faim..) ; l’incapacité du gouvernement provisoire ; l’Affiche rouge, l’épisode des canons, l’avènement de la Commune, les mesures sociales, la guillotine brûlée place Voltaire... son épilogue : le Sacré Cœur, « monument d’hypocrisie pour expier les « péchés » de ceux qui ont été massacrés » ; Louise Michel, sa droiture, son courage, sa fidélité aux plus humbles, sont une très belle trame pour cette BD.
Ses origines, traitées en quelques pages, ses combats politiques et sur les barricades, son féminisme puis, sous l’influence de Nathalie Le Mel, son glissement vers l’anarchisme, sont aussi abordés. Tous les dessins et textes nous présentent, en Nouvelle-Calédonie, une Louise Michel proche du peuple canaque (son attachement à Daoumi), et compatissante pour ces berbères et arabes matés en Algérie après leur révolte de mars 1871, puis envoyés au bagne.
Par ailleurs, grâce à cet ouvrage, nous faisons plus amplement connaissance avec les féministes et socialistes utopiques anglo-saxons, cités au fil de la BD par Charlotte : Édward Bellamy, Mary Bradley Lane, H. G. Wells et Bulwer Lytton.
Les notes de fin d’ouvrage de Mary Talbot et une très riche bibliographie complètent cet ouvrage.
Amateurs de bandes dessinées, cet ouvrage ne peut que vous séduire.

CLAUDE CHRÉTIEN

Mary M. Talbot et Bryan Talbot, Louise Michel. La Vierge rouge, Vuibert, 2016 19,90 €


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LOUISE DU TEMPS DES CERISES


Louise, 11 ans, vit la Commune de Paris avec son père qui est facteur.
Elle est témoin des principaux évènements de la Commune, s’embarque fortuitement dans une montgolfière, seul moyen de transporter le courrier hors de Paris. Après la Semaine sanglante, elle réussit à s’échapper avec sa mère. Elle ne reverra son père, condamné au bagne, qu’en 1880, après l’amnistie.
Ce livre pour enfants est abondamment illustré et accompagné de documents d’époque commentés, en relation avec le texte. Ces documents relatent les grands évènements de la Commune, mais aussi les mesures les plus emblématiques.
C’est un très bon outil pour faire connaître la Commune aux enfants à partir de 8 ans !

MARIE-CLAUDE WILLARD

Didier Daeninckx (texte) et Mako (dessins), Louise du temps des cerises. 1871 : la Commune de Paris, Rue du Monde, 2012, 14,50€


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CAMARADES 
Roman pour adolescents


En 1869, ils sont quatre adolescents. Eulalie, en Normandie, en manque d’une mère trop absente, s’enfuit après avoir brûlé la plantation de sa grand-mère ; Evguéni s’évade d’un bagne tsariste où il était interné ; à Paris, Gisèle fuit un père alcoolique et brutal ; Eddie, jeune gallois qui grimpe aux arbres, rêve de journalisme.
Ils partent sans savoir qu’ils vont tous se rencontrer à Paris.
On est captivé par la description et l’évolution de ces quatre jeunes gens. On se laisse emmener par le parcours de ces personnes pendant les deux premiers tiers du livre. La dernière partie est plus décevante : on commence d’abord par penser qu’il va falloir un second livre, mais la guerre de 1870 et la Commune sont finalement expédiées en quelques lignes. Leurs pensées et dialogues deviennent trop actuels pour être crédibles. On retiendra cependant le beau travail de l’auteur concernant le portrait de ces quatre personnages.

JEAN-LOUIS GUGLIELMI

Shaïne Cassim, Camarades, L’école des loisirs, 2016, 16,50 €


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ÉDOUARD VAILLANT, DE LA COMMUNE À L’INTERNATIONALE


Nous devons nous féliciter que les actes du colloque organisé le 9 décembre 2015, à l’Hôtel de Ville de Paris, par les Amies et Amis de la Commune et le dictionnaire Maitron, à l’occasion du centenaire de la mort d’Édouard Vaillant, aient été aussi promptement publiés. Neuf contributions abordent, sous des angles différents, la personnalité et l’itinéraire d’Édouard Vaillant. Après les souvenirs familiaux d’Élisabeth Badinter, arrière-petite-fille de Vaillant, Claude Pennetier revisite la biographie de Vaillant. Puis viennent différents éclairages sur les engagements et l’œuvre de Vaillant : le communard et le proscrit (Laure Godineau) ; le « ministre  » de l’enseignement et de la culture de la Commune (Jean-Louis Robert) ; le militant ouvrier du Cher (Michel Pigenet) ; l’élu parisien et le parlementaire (Marcel Turbiaux) ; le leader socialiste (Gilles Candar) ; l’internationaliste, familier de l’Allemagne et du SPD (Jean-Numa Ducange) ; enfin le socialiste républicain rallié à la défense nationale en 1914 (Vincent Chambarlhac).
D’où il ressort que, malgré sa longévité politique, le personnage de Vaillant reste méconnu et a souffert d’un relatif oubli. Son choix, en 1914, de se rallier à l’union sacrée est pour beaucoup dans l’effacement de sa mémoire.
Pourtant, de son vivant, le « Vieux » est considéré, aux côtés de Jaurès et de Guesde, comme le troisième homme du socialisme français, comme le père de la CGT.
Mais, médiocre orateur, il n’a pas leur aura et adopte un positionnement qui n’a pas favorisé de culte, ni auprès des communistes, ni auprès des socialistes ou des syndicalistes.
« On a enterré aujourd’hui Édouard Vaillant. C’était le seul représentant encore en vie des traditions du socialisme national français, du blanquisme qui alliait les méthodes extrêmes d’action, jusques et y compris l’insurrection, au plus extrême patriotisme (…). Son socialisme était profondément patriotique, de même que son patriotisme était tenté de messianisme  » (Trotski, 22 décembre 1915).
On lira donc avec profit cet ouvrage facile d’accès et qui restitue la personnalité de Vaillant dans toute sa complexité.

MP

Claude Pennetier et Jean-Louis Robert (dir.), Édouard Vaillant (1840-1915), de la Commune à l’Internationale, L’Harmattan, 2016, 210 pages, 22 €