Rossel (1844-1871)

jeudi 5 mars 2015 


Comme le souligne Edith Thomas dans son ouvrage [1], ce ne sont pas des fées qui se sont penchées sur le berceau de Louis Nathaniel Rossel né à Saint Brieuc le 9 septembre 1844, mais des militaires, son père et les deux témoins officiels de sa naissance. Le garçon reçoit une éducation protestante emprunte du respect de la parole donnée, deux éléments qui marqueront toute son existence.

Son père, comme son grand père, sont des républicains. Il entretient avec sa sœur Bella une longue correspondance. A cette époque où les filles sont considérées comme inférieures à leurs frères, Louis Nathaniel traite sa sœur en égale et l’aide financièrement pour ses études.

En 1869, le jeune polytechnicien est membre à Bourges, de l’Etat- Major du génie. Pour combattre les prussiens, il obtient d’être affecté à Metz. Interpellé par le manque d’efficacité de ses chefs, il décide, le lendemain de l’insurrection parisienne, de démissionner et s’installe à Paris. Benoit Malon le nomme, le 22 mars, commandant supérieur des forces du 17eme arrondissement.

Le 30 mars, au pont de Neuilly, l’armée versaillaise attaque Paris. Rossel tente de reprendre la position. Il échoue et de retour dans la capitale il est condamné à la prison. Benoit Malon le tire de ce mauvais pas et Cluseret, Délégué à la guerre, lui confie son Etat- major. Cluseret est destitué fin avril de ses fonctions, c’est Rossel qui le remplace. Mais dans ces périodes de grands chamboulements il est, injustement, accusé de trahison.

Rossel meurtri se cache tout en réclamant une cellule à la prison de Mazas « si la Commune me croit coupable » déclare t il. Tous ne sont pas contre lui et le journal « Le Père Duchêne » tente en vain de le faire revenir.

Rossel est rejeté par une partie des communards et bien évidemment par les Versaillais. De sa retraite il analyse, en technicien, les batailles engagées des deux cotés comme s’il ne prenait plus partie. Le 28 mai il écrit : «  C’est un combat d’avant-garde mal engagé et perdu …  » Il conclut à propos de l’insurrection du 18 mars : « On ne tue pas un semblable mouvement, …malgré le filet de sang qui coule sans discontinuer dans la Seine  »

Rossel est arrêté le 7 juin et décline une autre identité mais il est reconnu formellement. Emprisonné à la prison de Versailles il écrit ; « tout gouvernement qui aurait pu sauver l’honneur de la France (-dans le combat contre la Prusse-) aurait eu mon soutien  »

Le 28 septembre, le 3ème Conseil de guerre le condamne à la peine de mort mais Rossel, très entouré par sa famille et son avocat Maitre Joly, fait casser ce jugement. Un nouveau procès a lieu le 7 octobre 1871. Rossel comparait devant le 4ème Conseil de guerre qui le condamne de nouveau à mort, à l’unanimité. Rossel est fusillé le 28 novembre 1871, en même temps que Bourgeois et Ferré. Il est inhumé dans le cimetière protestant de Nîmes. [2]

Ses nombreux écrits durant sa captivité éclairent sa personnalité. Sa sœur Bella consacra sa vie à faire connaitre ces textes.

Claudine Rey


[1Rosssel – Edith Thomas – Editions Gallimard

Gustave Flourens (1838-1871)
Le « Chevalier de la révolution »

vendredi 5 décembre 2014 

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Gustave Floureens (1838-1871)

Gustave Flourens reste aujourd’hui un dirigeant méconnu du mouvement communard. Il était pourtant un des meneurs de l’insurrection parisienne les plus populaires. Son destin tragique a même déclenché une vraie ferveur dans la population.

L’HOMME DE SCIENCES.

Par sa naissance, Gustave Flourens [1] appartient au milieu aisé de l’élite parisienne. Son père, Pierre Flourens, un temps député et pair de France, est un physiologiste renommé, professeur au Muséum et au Collège de France.

Après des études brillantes en lettres et en sciences, il est autorisé, à 25 ans, à suppléer son père dans sa chaire d’histoire naturelle. Très suivis, ses cours matérialistes et athées sont rapidement interrompus par le pouvoir bonapartiste. Ils sont néanmoins publiés sous le titre Histoire de l’Homme, tandis qu’il a rejoint l’Angleterre, puis la Belgique où il est un conférencier recherché.

LE RÉVOLUTIONNAIRE.

Idéaliste, il s’enthousiasme pour les mouvements de libération nationale que connaît l’Europe et s’engage très tôt dans le combat révolutionnaire sans frontières. Déjà en 1863, il est parti en Pologne, attiré par le soulèvement anti-tsariste. Mais, lassé des luttes partisanes, il écourte son séjour.

C’est en Grèce, en 1866-1868, que se forge son image de combattant intrépide. Au sein d’un groupe de volontaires, il participe à la rébellion victorieuse contre la domination turque en Crète, qu’il représente ensuite à Athènes. En route, il était entré en maçonnerie à L’Union d’Orient, à Constantinople.

De retour à Paris, il se lance, auréolé de prestige, dans le mouvement d’opposition engagé contre l’Empire. Chroniqueur militaire à La Marseillaise d’H. Rochefort, il est surtout un homme d’action, favorable au coup de force comme Blanqui dont il est proche. Il tente ainsi de fomenter la révolte lors des obsèques de Victor Noir en janvier 1870.

Pourchassé, il repart en exil et revient à Paris au début du siège. À Belleville où il vit, il est désigné chef des bataillons. À leur tête, il conduit, avec Gabriel Ranvier, l’insurrection du 31 octobre à l’Hôtel-de-Ville contre le gouvernement de Défense Nationale que dirige le général Trochu. Le soulèvement maté, il est incarcéré à Mazas d’où il est délivré en janvier 1871 par ses troupes, menées par son compagnon d’armes italien en Crète, Amilcare Cipriani [2].

LE « MARTYR DE LA LIBERTÉ ».

Élu largement par le XXe arrondissement lors des élections à la Commune, il opte naturellement pour la Commission militaire et se consacre à la conduite des opérations contre l’armée versaillaise.

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Gustave Flourens par Moloch

Nommé général, il participe, à la tête de la Xxe légion, sous les ordres de Bergeret, à la sortie désastreuse sur Versailles du 3 avril. Réfugié dans une auberge, près de Chatou, après avoir assuré la retraite de ses troupes, il est surpris par des gendarmes qui le tuent froidement.

Inhumé dans l’intimité au Père-Lachaise, le héros martyr suscite aussitôt un culte. Son livre testament, Paris livré, est un gros succès de librairie et en hommage, un corps franc illustre se baptise les « Vengeurs de Flourens  ». La légende s’est néanmoins vite estompée, au point que son rôle dans le mouvement communaliste est encore souvent ignoré.

ÉRIC LEBOUTEILLER


[1Alain Dalotel, « Un héros de Belleville, le communard Gustave Flourens », Gavroche, n°115, janv-févr 2001.

[2Marcel Cerf, « Amilcare Cipriani », La Commune, revue d’histoire des Amis de la Commune de Paris, n°32, 2007.

Édouard Vaillant délégué de la Commune à l’Éducation

vendredi 1er mars 2013 

Édouard Vaillant (1840-1915) est un personnage important de la Commune qu’il a vécue de son premier à son dernier jour et à laquelle il est resté fidèle toute sa vie.

Édouard Vaillant est né à Vierzon dans le département du Cher le 26 janvier 1840 au sein d’une famille aisée. Son père, notaire et homme d’affaires se préoccupe peu de son éducation. Sa mère, très croyante, le soutiendra toujours dans les difficultés de la vie, malgré les affirmations révolutionnaires et l’athéisme de son fils.

Celui-ci a deux ans lorsque sa famille va habiter à Paris. Interne au Collège Sainte Barbe, il y obtient le baccalauréat en 1857. Etudiant à l’Ecole centrale, il en sort ingénieur des Arts et Manufactures en 1862. Il complète sa formation scientifique en Sorbonne, au Collège de France et au Muséum d’Histoire naturelle ; il est reçu docteur ès sciences en 1865. Il soutient une thèse de doctorat à l’Ecole de médecine.

C’est probablement de cette période que datent ses doutes au sujet de la religion catholique et ses aspirations à la justice sociale. En 1866, il se rend Outre-Rhin dans le but d’étudier la chimie. Il se passionne surtout pour la philosophie dans les universités d’Heidelberg, Tübingen et Vienne. Sur le plan philosophique, il évolue du proudhonisme au socialisme révolutionnaire d’inspiration blanquiste et adhère à la section allemande de Genève de l’Internationale. Son séjour Outre-Rhin est entrecoupé de visites en France où il fréquente les futurs communards Longuet, Pyat et Vallès.

INSURGÉ LE 4 SEPTEMBRE 1870

Revenu en France au moment de la guerre franco-prussienne, il participe à l’insurrection du 4 septembre 1870 qui aboutit à la proclamation de la IIIe République. Dès le 5 septembre, il est l’un des délégués des comités de vigilance qui forment le Comité central républicain des vingt arrondissements lequel se réunit rue de la Corderie, le siège parisien de l’Internationale. Profondément patriote, Édouard Vaillant s’engage dans le 88e bataillon d’artillerie de la Garde nationale. Il est hostile à toute capitulation devant les Prussiens qui encerclent Paris à partir du 18 septembre. Il participe à la journée révolutionnaire du 31 octobre. Le 5 janvier 1871, il est l’un des rédacteurs de la déclaration des délégués des vingt arrondissements, connue sous le nom d’Affiche rouge, qui dénonce l’incapacité et la trahison du gouvernement dit «  de défense nationale », et se termine par le célèbre mot d’ordre : Place au peuple !

Place à la Commune. Il manifeste pour cet objectif le 22 janvier 1871, devant l’Hôtel de Ville de Paris. La capitulation ayant été signée le 28 janvier 1871, Édouard Vaillant est l’un des promoteurs de la réunion générale de la Garde nationale du 6 février convoquée en vue de préparer les élections législatives du 8 février. Il est candidat sur la liste présentée par les Chambres fédérales ouvrières, l’Internationale et la délégation des vingt arrondissements, mais il ne figure pas au nombre des quatre élus parisiens de cette liste. La réunion de la Garde nationale du 6 février a des prolongements qui aboutissent à la création du Comité central le 15 mars, lequel sera en mesure de prendre le pouvoir au soir du 18 mars, après l’insurrection populaire parisienne.

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Édouard Vaillant pendant la Commune

LES 72 JOURS DE LA COMMUNE

Le 18 mars 1871, Edouard Vaillant est absent de Paris ; il se trouve à Bordeaux où il est venu rencontrer Auguste Blanqui dans le but de ranimer la défense nationale. De retour à Paris le 20 mars, il participe activement au mouvement révolutionnaire. Élu à la Commune dans le VIIIe arrondissement, il va y jouer un rôle déterminant.

Aussitôt après sa proclamation, le 28 mars, la Commune met en place dix commissions de travail coordonnées par une Commission exécutive. Edouard Vaillant est membre de cette commission exécutive et le restera jusqu’à la fin de la Commune. Il est nommé gérant du Journal Officiel de la Commune qui paraît tous les jours, du 24 mars au 24 mai 1871. Édouard Vaillant va vivre tous les débats de l’assemblée communale. Il est assidu à ses réunions et s’y fait remarquer par le bon sens de ses propos et ses interventions modératrices dans les débats, parfois vifs, qui agitent l’assemblée. Il figure parmi les rédacteurs de ses grandes proclamations. Il soutient en particulier les propositions de la Commission du Travail qui visent à améliorer les conditions de vie des ouvrières et ouvriers et à accroître leurs ressources, notamment le décret du 16 avril qui prévoit la remise en marche, sous forme coopérative, des ateliers abandonnés par leurs propriétaires.

DÉLÉGUÉ À L’ENSEIGNEMENT DE LA COMMUNE

Nommé délégué à l’Enseignement le 21 avril 1871, Edouard Vaillant donne une impulsion significative à la commission du même nom. Dans le prolongement du décret du 2 avril de séparation de l’Eglise et de l’Etat, il intervient auprès des élus de la Commune pour qu’ils transforment, dans leurs arrondissements d’élection, les écoles congréganistes en établissements d’enseignement laïcs. Il jette les bases d’un enseignement professionnel pour les garçons et les filles en faisant appel à « toutes les personnes qui ont étudié la question de l’enseignement intégral et professionnel » afin de solliciter leurs suggestions.

À la commission de l’Enseignement, il travaille en étroite collaboration avec les organisations d’Education populaire comme la Société de l’Education nouvelle qui préconise une large réforme des programmes en y favorisant l’étude des sciences et de l’expérience. Dans ce but, il lance un appel, dans le Journal Officiel aux ouvriers de plus de 40 ans pour qu’ils deviennent maîtres d’apprentissage. La Commune, avec sa Commission de l’Enseignement et son délégué Édouard Vaillant, a ainsi jeté les bases de l’école laïque, gratuite et obligatoire.

Pendant la Semaine sanglante, du 21 au 28 mai 1871, Edouard Vaillant fait partie des derniers dirigeants de la Commune qui se réunissent à l’Hôtel de Ville, puis à la mairie du XIe arrondissement et enfin rue Haxo, dans le XXe. Le dernier jour de la Commune, il fait le coup de feu contre les versaillais. Les jours suivants, des amis le cachent et il parvient à échapper à la répression en se réfugiant à Londres où il milite dans l’Internationale puis dans les milieux blanquistes.

Le 17 juillet 1872, le 3e conseil de guerre l’avait condamné à mort par contumace. Édouard Vaillant revient à Paris quelques jours après la loi d’amnistie du 11 juillet 1880 et reprend son activité politique, d’abord dans le Cher où il est candidat à plusieurs élections sous les couleurs du Comité Révolutionnaire Central, de tendance blanquiste, qui donnera naissance au Parti Socialiste Révolutionnaire (PSR).

En 1905, il est l’un des artisans de l’unification des socialistes au sein de la SFIO. Il combat contre la guerre aux cotés de Jaurès avant de se rallier à l’Union sacrée.
Édouard Vaillant a été élu conseiller municipal, puis député de Paris dans le XXe arrondissement.

Dans ces assemblées, jusqu’à sa mort en 1915, il s’efforce de mettre en oeuvre les idéaux de la Commune dont il avait été l’un des plus actifs participants.

Yves Lenoir

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Édouard Vaillant en 1908

Sources :

Maitron, Dictionnaire biographique du mouvement ouvrier, éditions de l’Atelier ;
Maurice Dommanget, Édouard Vaillant, un grand socialiste, la Table ronde, 1956
L’enseignement, l’enfance et la culture sous la Commune, éditions de l’Étoile, 1964 ;Journal officiel de la Commune, Ressouvenances, 1977.

Anna et Victor Jaclard 
Un couple communard

mercredi 4 décembre 2013 

Quelques couples célèbres ont contribué à l’histoire de la Commune de Paris, Louise Michel et Théophile Ferré, André Léo et Benoît Malon, Anna et Victor Jaclard… La rencontre de cette jeune aristocrate russe, fraîchement émigrée, avec cet étudiant en médecine, arrivé de province, a lieu dans les milieux blanquistes, dans un Paris en effervescence.

PRÉLUDE À LA RENCONTRE

Anna Korvin-Krukovskaja [1], de son vrai nom, est née à Saint-Pétersbourg en octobre 1844.
Issue d’une vieille famille aristocrate russo-lituanienne, elle reçoit avec sa sœur une éducation digne de son rang. Attirée par l’écriture, elle envoie une nouvelle, Le Rêve, à Dostoïevski, qui la publie dans sa revue. Une correspondance s’ensuit entre elle et l’écrivain tombé amoureux. Au final, elle l’éconduit en rejetant sa demande en mariage. Gagnées par les idées socialistes, comme beaucoup de compatriotes de leur temps, les deux sœurs décident de fuir le despotisme et émigrent en Europe en 1866. Tandis que Sophie se fixe à Heidelberg et devient une brillante mathématicienne, Anna pousse jusqu’à Paris étudier la «  question sociale  ».

Victor Jaclard est lui né à Metz en Lorraine, dans un milieu modeste. Fils d’un artisan sellier, il fait de bonnes études et enseigne un temps les mathématiques, avant de monter à Paris en 1864, afin de faire sa médecine.
Farouchement opposé au Second Empire, il se mêle très tôt aux activités politiques de ses condisciples. Ainsi, fin octobre 1865, il est, avec Paul Lafargue, délégué au Congrès international des étudiants de Liège. Le Conseil académique de Paris, scandalisé par leurs propos socialistes et athées, les exclut de l’université.
A son retour aussi, Victor entre avec ses camarades en franc-maçonnerie, initié à L’Avenir, une loge avant-gardiste. Il a surtout intégré l’organisation clandestine mise en place par Auguste Blanqui depuis sa prison de Sainte-Pélagie, en préparation d’une action révolutionnaire prochaine.

UN COUPLE RÉVOLUTIONNAIRE
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Anna Jaclard (1844-1887)

Depuis leur rencontre dans les cafés du Quartier Latin, le couple vit ensemble, au rythme de son engagement politique fort.
Anna, ouvrière dans une imprimerie depuis son arrivée en France, s’affirme comme féministe.
Proche de Blanqui, Victor est chargé alors, avec l’ouvrier syndicaliste Emile Duval, d’organiser les premiers groupes de combat du mouvement. Mais, harcelé par la police, il trouve refuge avec Anna à Genève en juillet 1870. En exil, elle adhère à la section russe de l’AIT tandis que lui milite au sein de l’Alliance internationale de la démocratie socialiste, organisation créée avec Bakounine deux ans avant.

De retour à Paris en septembre 1870, après la proclamation de la République, le couple s’installe dans le XVIIe arrondissement, rue Biot. Anna qui doit bientôt faire face, comme tous les Parisiens, aux dures conditions du Siège, milite au Comité des femmes avec André Léo et Elisabeth Dmitrieff. Victor, ancien conscrit, entre dans la Garde nationale. Élu chef de bataillon, il est révoqué puis incarcéré pour son rôle dans la journée insurrectionnelle du 31 octobre. Il n’est remis en liberté provisoire qu’en janvier 1871. Entre temps, il a été élu maire adjoint de Montmartre sur la liste de son ami Georges Clemenceau. Par contre, il échoue comme candidat socialiste révolutionnaire aux élections législatives du 8 février.

L’épisode de la Commune est certainement enthousiasmant pour le couple qui s’engage sans retenue. Dès le soir du 18 mars, Victor exhorte le Comité central des Vingt arrondissements à marcher sur Versailles. Il écrit : « Il n’y a qu’une manière de traiter avec Versailles, c’est de la prendre  [2] » Nommé chef de la XVIIe légion, il démissionne suite à des accusations d’abus de pouvoir. Il est alors nommé inspecteur général des Fortifications, poste clé dans la défense de Paris. De son côté, Anna, membre du Comité de Vigilance des citoyennes du XVIIIe, participe avec son amie André Léo, à la commission chargée d’organiser et de surveiller l’enseignement des filles. Ensemble aussi, elles animent un journal politique, La Sociale.
Surtout, le couple s’est marié en mars à la mairie du XVIIe, devant son maire Benoît Malon.
L’entrée des versaillais dans la capitale obscurcit leur horizon. Anna, déléguée aux hôpitaux et ambulances, assiste les blessés dans un Paris ravagé par la guerre civile. Elle se bat aussi, fusil à la main. Victor seconde d’abord Malon dans la défense des Batignolles avant de se replier sur les barricades du Château-d’Eau dont il a laissé un témoignage émouvant [3].

L’EXIL ET LE RETOUR EN FRANCE
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Victor Jaclard (1840-1903)

Arrêté au bout de trois jours, Victor Jaclard est enfermé dans la prison des Chantiers à Versailles d’où il finit par s’évader au bout de 4 mois. Il rejoint Anna, déjà en fuite. Exilés en Suisse, les Jaclard se mêlent à la communauté des proscrits français. Victor achève ses études médicales avant que le couple ne se rende en Russie en 1874. Dans la région de Saint-Pétersbourg où Victor enseigne le français, Anna se remet à l’écriture en publiant quelques nouvelles.

Amnistié, le couple rentre à Paris en 1880. Très vite, Victor entame une carrière de journaliste. Clemenceau, devenu député, l’embauche comme secrétaire de rédaction, dans son journal, La Justice. Il collabore également au mensuel de Benoît Malon, La Revue socialiste.
Avec lui, il fonde en 1893 le syndicat des journalistes socialistes dont il est secrétaire général quelques années. On sait peu de choses sur la fin de vie d’Anna. Affaiblie par les années d’exil, elle meurt jeune, en octobre 1887, des suites d’une opération, laissant un fils et un mari qui se bat pour reconstituer leur mariage, annulé par le pouvoir réactionnaire.
Il obtient gain de cause en 1893. Il est à présent, depuis 1889, conseiller municipal d’Alfortville, en banlieue, après plusieurs échecs électoraux à Paris. Encouragé par l’essor du mouvement ouvrier en Europe, il participe aussi à la reconstruction de l’Internationale socialiste, comme délégué à ses premiers congrès (1889, 1891 et 1893).

Il était remarié depuis presque dix ans, lorsqu’il meurt à Paris en 1903. Il sera incinéré au Père-Lachaise. Dans un bref hommage, le journal radical La Lanterne conclut : «  Ce fut un convaincu et un travailleur : il fut toujours à la peine et rarement à l’honneur. [4] »

ERIC LEBOUTEILLER


[1C. Rey, A. Gayat, S. Pepino, Petit dictionnaire des femmes de la Commune, Ed. Le bruit des autres, Paris, 2013, p. 162-164

[2La Revue Blanche, Enquête sur la Commune de Paris, Ed.
de l’Amateur, Paris, 2011, p. 160.

[3Idem, pp. 162-166.

[4La Lanterne, nécrologie de Victor Jaclard, le 17 avril 1903, p. 3

Jean Allemane (1843-1935)

samedi 1er décembre 2012 

Figure de la Commune, membre actif du mouvement ouvrier et socialiste
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Jean Allemane en 1906

Jean Allemane, né en 1843 à Sauveterre-de-Comminges, en Haute-Garonne, arrive à Paris avec ses parents en 1853. Ouvrier typographe, il est emprisonné à l’âge de 18 ans pour avoir participé à une grève. Il prendra ensuite une part active à l’organisation du syndicat des typographes.

LE CITOYEN ENGAGÉ

Lorsque surviennent les événements de 1870-1871, Allemane vit dans le Ve arrondissement,14 rue Maître-Albert, où il tient avec sa mère un débit de vins. Patriote, il s’engage pendant le siège de Paris dans le 59e bataillon de la Garde nationale et participe, comme délégué de son arrondissement, à la création du Comité central de la Garde nationale, le 15 mars 1871.
Il se signale pour la première fois quelques jours avant le 18 mars. Le gouverneur militaire de Paris ayant donné l’ordre de s’emparer des canons de la Garde nationale entreposés place des Vosges, Allemane provoque un incident, reprend le canon du 59e bataillon qui avait été remisé à l’École polytechnique et, avec quelque 2 000 gardes, le ramène place des Vosges.

LE COMMUNARD

Lorsque le 18 mars, vers 5 heures du matin, il apprend le coup de force des Versaillais contre les canons de Montmartre, il fait sonner le tocsin à Saint-Nicolas du Chardonnet. La place du Panthéon se hérisse de barricades, à l’édification desquelles il prend une part active.
Pendant la Commune, Allemane est l’un des militants les plus actifs du Ve arrondissement. Il intervient au club de la rue d’Arras, dont il est le président. Il est désigné comme président du comité de légion de l’arrondissement, émanation des bataillons de la Garde nationale. À ce titre, qu’il compare lui-même à « une sorte de commissaire délégué aux armées  », il doit veiller à l’organisation de la défense de l’arrondissement contre la réaction. Dans les faits, il exerce une sorte de contre-pouvoir face à la municipalité du Ve, un peu trop tiède à son goût.

LE LAÏC

L’un de ses faits d’armes est de faire enlever la croix du dôme du Panthéon et de lui substituer un immense drapeau rouge. Il prend une part active à la laïcisation des écoles de son arrondissement où, écrit-il, « les couvents pullulent ».
Ainsi, il force l’entrée de l’école de la rue Rollin, tenue par les Frères des Écoles chrétiennes, qu’il expulse. L’école est rouverte, avec un personnel nouveau. Il ouvre aux élèves la cantine, jusque-là réservée aux Frères. Il songe aussi à l’organisation d’un enseignement professionnel dans l’ancien collège des Jésuites de la rue Lhomond. Mais l’école venait à peine d’ouvrir lorsque la Semaine sanglante commença.

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Allemane, dessin de Couturier

LE COMBATTANT VALEUREUX

Le 21 mai, lorsque parvient la nouvelle de l’entrée des Versaillais dans Paris, Allemane se porte à la tête des troupes du Ve à leur rencontre jusque dans les VIIe et XIVe arrondissements. Mais il faut bientôt défendre le Ve qui s’est couvert de barricades.
Le mercredi 24, les Versaillais investissent le Quartier latin, défendu par quelques centaines de fédérés retranchés autour du Panthéon. Allemane est partout, courant d’une barricade à l’autre, tandis que la mairie tombe.

ARRESTATION ET CONDAMNATION AU BAGNE

Réfugié à Belleville, au 25 rue Levert, il est arrêté, le 28 mai, à la suite d’une dénonciation. Traduit devant la justice militaire, il est condamné aux travaux forcés à perpétuité pour «  arrestations arbitraires, excitation à la guerre civile, complicité dans les incendies du Ve arrondissement, occupation d’un établissement public et participation à la construction de barricades ».
Suivront sept années de bagne, en Nouvelle- Calédonie. Ces années constitueront une part importante de ses Mémoires d’un Communard, publiés en 1906, qui sont un réquisitoire contre la honteuse institution du bagne.

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Allemane dans son imprimerie

MILITANT POLITIQUE ET DÉFENSEUR DES LIBERTÉS PUBLIQUES

Après son retour en France en 1880, l’histoire d’Allemane se confond avec celle du mouvement ouvrier et socialiste en construction. Il reprend son métier de typographe et participe à la création de la Société fraternelle des anciens combattants de la Commune en 1889.
Syndicaliste, militant politique, il adhère à la Fédération du Parti des travailleurs socialistes de France, le premier parti socialiste français créé en 1879. Il s’en sépare bientôt avec Paul Brousse et les « possibilistes », qu’il quitte, en 1890, pour créer le Parti ouvrier socialiste révolutionnaire (POSR), bien implanté en particulier dans les XIe et XXe arrondissements. Les «  allemanistes  » comptent avant tout sur l’action ouvrière et se défient des élus et de l’action parlementaire. Mais lorsque éclate l’affaire Dreyfus, Allemane est l’un des premiers, avec Jaurès, à prendre le parti de Dreyfus et de la « défense républicaine  » : « Chaque fois que les libertés publiques sont en danger, le devoir des militants est de se mettre du côté des défenseurs de ces libertés publiques ».
En décembre 1899, il participe au premier congrès des organisations socialistes françaises au Gymnase Japy, prélude à l’unité socialiste. En 1905, il est l’un des fondateurs de la SFIO, avec Jaurès, Guesde, Vaillant, etc.
En 1901, il avait été élu député POSR dans le quartier de la Folie-Méricourt dans le XIe arrondissement. Il est réélu en 1906, sous l’étiquette SFIO. Mais, battu en 1910, il redevient simple militant, portant jusqu’à la veille du Front Populaire la mémoire de la Commune et d’un long passé de luttes ouvrières. Il meurt en 1935, à l’âge de 92 ans, à Herblay (dans l’actuel Val d’Oise) où il s’était retiré.

MICHEL PUZELAT

Les Transportés

Paroles : Jean Allemane 
Cette chanson a été écrite à propos de la Commune

Vaste Océan, tes vagues écumantes, 
Ont vu passer ces soldats d’avenir, 
Calmes et fiers, sur leurs prisons flottantes, 
Ils te narguaient car ils savaient mourir ; 
Si leurs geôliers redoutaient la tempête, 
Jamais leur coeur ne referma d’effroi, 
La foudre en vain fit rage sur leur tête 
Pour éprouver ces fils du peuple-roi.

Refrain

Si la patrie est enchaînée, 
Par eux qu’elle soit délivrée ; 
Par eux que la France chérie 
Retrouve l’énergie 
Et soit régénérée.

En s’apaisant, ô comble d’infamie ! 
Tes flots soumis les mèneront au port, 
Ne pouvaient-ils leur arracher la vie, 
Le bagne est-il préférable à la mort ? 
Ilot maudit, que ne vit pas Le Dante, 
Enfer nouveau, repeuple tes cachots : 
Ils sont à toi !… pour les briser enfante 
Tous les tourments et double tes bourreaux.

Refrain

Sur leur rocher, fouillant l’horizon sombre, 
Où le soleil vient creuser son lit, 
Exténués, on peut les voir dans l’ombre 
Debout encor, car l’espoir les nourrit. 
Ils sont tes fils, ô France bien-aimée, 
Entends leur voix, fais cesser leur douleur ; 
Mais, hâte-toi, la houle désolée 
Roule des morts dans les coraux en fleur.

Refrain