GROUSSET – VALLÈS 
PASCAL ET PASCHAL DESTINS CROISÉS

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Paschal Grousset, du temps de la Commune

Dans le dossier consacré à Paschal Grousset aux archives de la préfecture de police de Paris sont conservées quatre lettres dont il n’est ni l’auteur ni le destinataire.

Elles ont été adressées par Jules Vallès à Léon David, secrétaire de la rédaction du Radical. Il faut croire que les « mouchards » avaient relâché leur attention puisque le fondateur du Cri du Peuple écrivait à son ami Arthur Arnould, le 5 janvier 1876 : « Mon adresse ordinaire est : M. Pascal, 38 Berners Street, Oxford Street. Pascal plutôt que Vallès – quoique Vallès arrive ». Pascal était à la fois le nom de famille de sa mère Julie, et également le prénom de Grousset qui rajouta ce « h » par coquetterie pour rappeler ses origines corses du côté maternel.

UN LONG COMPAGNONNAGE

Tous deux se connaissaient depuis août 1867, à la faveur d’un voyage en ballon qui n’aurait duré que trois heures. Ils collaboreront un temps à La Marseillaise en 1870, avant que Vallès ne rompe avec son directeur, Henri Rochefort, à qui il reprocha amèrement de n’avoir pas profité de son immense popularité pour déclencher un soulèvement insurrectionnel lors des funérailles de Victor Noir. Ce dernier avait été mandaté par Grousset, afin d’obtenir du prince Napoléon la rétractation d’un article injurieux ou, à défaut, de convenir d’une réparation par les armes. Tandis que Vallès veillait ce « copain » tué d’une balle par le cousin de l’Empereur. Rochefort se repentit « d’avoir eu la faiblesse de croire qu’un Bonaparte pouvait être autre chose qu’un assassin. »

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Jules Vallès

Élus au conseil de la Commune, respectivement par les XVe et XVIIIe arrondissements, avec des scores flatteurs (68 et 77 % des suffrages), Vallès et Grousset siégèrent à la commission des affaires extérieures, mais le premier signa le manifeste de la minorité, tandis que le second vota pour le comité de Salut public. Ils s’affrontèrent même lors d’une séance mouvementée, le 17 mai. Bien que Rochefort l’eût perfidement jugé « étranger à toutes les affaires  », Grousset, délégué aux relations extérieures, eut pour préoccupation de protéger les ressortissants étrangers, et le Times du 14 juillet 1871 lui témoigna la reconnaissance des Anglais, qui lui « doivent beaucoup, et quelques-uns même la vie. »

C’est à Londres qu’ils se retrouvèrent : Vallès, qui sera condamné à mort par contumace, y avait trouvé refuge à l’automne 1871 ; Grousset s’y installa en juin 1874, après la spectaculaire évasion collective de Nouvelle-Calédonie. Apprenant que la Société des Gens de Lettres, qui avait statué sur les mesures à prendre contre « les personnes frappées d’indignité par la loi pénale et d’incapacité par la loi civile », venait de radier Vallès, tout en le maintenant lui-même, Grousset s’empressa d’adresser une lettre de démission : « Je ne saurais ni ratifier par mon silence l’ostracisme littéraire dont on a voulu frapper […] le grand parti que je m’honore de servir, ni me prévaloir de l’exception, à mes yeux peu flatteuse, dont j’ai été l’objet. »

Sans être très proches, les deux proscrits, qui évitaient de se mêler des débats agitant la communauté française, se rencontraient à la bibliothèque du British Museum, où ils passaient de longues heures. Au point qu’un indicateur put affirmer que Vallès disposait de deux logements, l’un Museum Street, « où il reçoit  », l’autre Bedford Street, «  où il couche  » ! Tous deux fondèrent même un hebdomadaire bilingue le London Guide and Gazette, le 22 septembre 1874 : après avoir compté 16 pages grand format, dont 8 en anglais, il ne parut plus que dans cette langue à partir du 6 novembre, mais nous ne savons si ce numéro fut suivi d’autres…

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40, Rupert Street, le lieu de réunion des proscrits de la Commune à Londres.
Dessin de M.D. Loye Le Monde illustré

LA LOURDEUR INÉGALE DE L’EXIL

Grousset, qui avait retrouvé deux de ses sœurs à Londres, se signala par sa remarquable insertion dans la société britannique au point qu’en 1879, il affirmait écrire davantage en anglais qu’en français, quoiqu’il collaborât à l’époque à La Marseillaise, au Mot d’ordre et au Temps. Ne fut-il pas le premier traducteur de L’Île au Trésor  ? Devenu un personnage à la mode de la scène londonienne, il publia, en 1878, un ouvrage d’esthétique, The Picture amateur’s handbook and dictionary of painters, guide à l’usage des visiteurs de musées et des étudiants des beaux-arts, qui connut encore une réédition en 1907. Il mettra surtout à profit ce long exil pour entreprendre une œuvre de romancier, sous le pseudonyme d’André Laurie, grâce au soutien apporté par Pierre-Jules Hetzel, dès octobre 1875, « en plein macmahonat ». On sait que deux de ses manuscrits deviendront sous la plume de Jules Verne Les Cinq Cents Millions de la Bégum et L’Étoile du Sud. Bien avant que L’Épave du Cynthia porte leur double signature, Laurie écrivit à leur éditeur combien il était « flatté que M. Jules Verne ait adopté [son premier texte] : les modifications qu’il y a faites m’en ont appris plus long sur l’art du succès que dix années d’effort personnel ».

Vallès, de son côté, connut des débuts tâtonnants au Radical, sous la signature de Jean La Rue, pseudonyme transparent puisque c’était le titre d’un de ses ouvrages paru en 1866 et de son premier journal fondé en 1867. La rédaction lui imposa de fréquentes coupures et l’invita à écrire des articles «  de fantaisie », qui ne seraient ni « saignés » ni « mutilés ».
Toujours pressé par des besoins d’argent, il interrogeait Léon David sur ses futurs émoluments : «  Une question. L’exil est ruineux comme les procès ! Je gagne ma vie avec ma plume et j’ai besoin de savoir ce que j’ai dans mon bissac pour faire le chemin. […] Croyez que je suis de cœur avec vous, mais il y a l’estomac près de cœur. Quand et comment Le Radical paie-t-il ?  » Et il rappela ses conditions : « 5 sous la ligne de 30 à 33 lettres quand elle est pleine.  » Le 1er avril 1877, David donnait son accord pour la publication d’« un grand roman  », payé 0,25c la ligne, et Vallès promit pour le 15 mai « 25 feuilletons de 500 lignes. » Il s’agit des Désespérés, mais ce roman ne parut pas à cause de la suspension du journal, le 21 juin, et il n’a pas été retrouvé. L’administrateur se trouva dans l’incapacité de verser les deux tiers de la somme promise de 1500 francs, qui lui aurait permis de vivre décemment pendant un semestre, et il fallut attendre juin 1878 pour que le début de la publication de Jacques Vingtras dans Le Siècle, grâce à l’entremise de Malot et de Zola, libérât Vallès de ses soucis financiers.

Seule confidence concédée dans ses lettres à Léon David : «  Je vis dans ce Londres bourré d’hommes comme dans une île déserte. » Après y avoir séjourné trois semaines en 1865, il avait imprudemment affirmé que, «  pour pouvoir parler de l’Angleterre, il fallait y passer dix ans. » Ayant réservé ses derniers mois d’exil à Bruxelles, il y vécut huit années, en dehors de quelques brefs déplacements en Suisse, en Belgique ou à Jersey, et jamais il ne put s’accommoder de ce «  ponton de Londres  ». Sa détresse fut aussi morale, bien faite pour exaspérer une humeur naturellement âpre, surtout après le décès de sa petite Jeanne-Marie à l’âge de dix mois, le 2 décembre 1875. La vie lui fut pesante dans un pays où «  il n’y a pas de jus » : c’est ainsi qu’il exprimait drôlement, lui qui goûtait les plats canailles, sa nostalgie des «  ragoûts faits à la mode de la patrie ».

LE RETOUR IMPATIENT AU PAYS

Bénéficiant de l’amnistie entière, Vallès et Grousset regagnèrent Paris en juillet 1880. L’ancien déporté s’empressa de solliciter du ministre de la Marine et des Colonies le remboursement des « divers mobiliers (livres, linge, literie, porcelaines, ustensiles agricoles, etc.), d’une valeur approximative de 7 à 800 francs  », qu’il avait laissés sur sa concession en quittant la presqu’île Ducos. «  Impudent !  », est-il noté en marge de sa lettre : la vente aux enchères des « effets, hardes, etc. des déportés Grousset, Pain et Rochefort » n’aurait rapporté que 166,25 francs versés à la caisse d’épargne de l’administration pénitentiaire. Après un échec à une élection législative partielle dans sa ville natale de Corte en décembre 1881, Grousset ne revint à la politique qu’en 1893, en se présentant à la candidature dans le XIIe arrondissement sous l’étiquette des radicaux-socialistes, et il conserva son siège à l’Assemblée jusqu’à sa mort en 1909. Entre-temps, il fut d’une étonnante fécondité, multipliant ouvrages pédagogiques et romans d’aventure. On retiendra notamment de la série La vie de collège dans tous les pays, qui compta 14 titres, un seul texte autobiographique, Une année de collège à Paris. Il y narre la réussite d’un provincial, élève de rhétorique au lycée Charlemagne, qui parvient à combattre les préjugés de ses condisciples parisiens, et son témoignage est fort éloigné de l’implacable dénonciation de l’institution scolaire dans Le Bachelier.

Durant les cinq dernières années de sa vie, Vallès consacra son énergie à ranimer Le Cri du Peuple. Tout à sa passion de combattre « les idées et les hommes qui écrasent les désarmés  », il avait pris, « le lendemain même de [sa] rentrée d’exil, la résolution de ne refaire de la politique active que dans un journal [lui] appartenant  », et, de ce fait, il refusa de se porter candidat aux élections législatives de l’été 1881 dans la 3e circonscription de Paris. C’est au siège du journal que se réunirent, le 16 février 1885, 17 membres de la Commune qui invitèrent «  leurs compagnons d’armes de 1871 à se rendre aux obsèques de leur regretté collègue, le citoyen Vallès », décédé l’avant-veille à l’âge de 53 ans. Le nom de Grousset ne figure pas au bas de cet appel, mais on sait par une lettre à Hetzel qu’il était souffrant et, de fait, sa signature, sous un autre pseudonyme, Philippe Daryl, est absente du Temps du 21 janvier au 18 février. Une année après la mort de Vallès, L’Insurgé, publié par les soins de son amie Séverine, sera dédié «  à tous ceux qui, victimes de l’injustice sociale, prirent les armes contre un monde mal fait, et formèrent, sous le drapeau de la Commune, la grande fédération des douleurs.  »

YANNICK LAGEAT

P. Grousset : APPP BA 1103 ; AN BB/24/859.
J. Vallès : AN BB/24/821 et 862 ; L’Insurgé, Garnier-Flammarion, Paris, 1970, 316 p.

Durant son séjour à Londres, en 1876-1877, Jules Vallès écrit pour L’Évènement une série d’articles sur Londres. Après son retour d’exil, il les publie en 1884 dans une édition illustrée par Gustave Lançon, sous le titre La Rue à Londres.
P. L.

Charles Delescluze

Charles Delescluze, figure historique et héroïque
 

Charles DelescluzeIssu d’une famille bourgeoise, et après des études de droit qu’il abandonne faute d’argent, il devient clerc d’avoué à Paris. Sa première manifestation, le début d’une longue série de luttes, date de décembre 1830 dans les rangs républicains où il est blessé.

Le militant républicain.

Membre de la Société des Amis du Peuple, il participe à la défense du Cloître Saint-Merri, le 6 juin 1832. Sa première arrestation a lieu le 12 avril 1834 : il reste près d’un mois en prison. Poursuivi pour complot et appartenance aux sociétés secrètes, il s’exile en Belgique.

De retour en France, il devient journaliste et rédacteur, notamment dans L’Impartial du Nord, en 1841. Le ton plus nettement démocratique de son journal lui vaut un premier procès, un mois de prison et 2 000 francs d’amende.

Entré en relation avec Ledru-Rollin dès 1843, il fait proclamer, le 25 février 1848, la République à Valenciennes, puis il devient Commissaire du Gouvernement provisoire du Nord. Il s’y emploie à combattre la crise économique et à calmer les revendications ouvrières, car en vieux jacobin, il prône la bonne entente entre les maîtres et les ouvriers. Il échoue aux élections à l’Assemblée Constituante, vend son journal, fonde La Révolution démocratique et sociale le 7 novembre 1848, et annonce la création d’une organisation visant à rassembler radicaux et socialistes, la « Solidarité républicaine » dont le Comité central a une majorité de représentants du peuple. Pour avoir critiqué Cavaignac dans son nouveau journal, il se retrouve devant les Assises de la Seine, le 12 mars 1849, et il est condamné à deux peines successives. Il s’exile alors à Londres de janvier 1850 à juillet 1853.

Charles Delescluze

Revenu secrètement à Paris, il est arrêté par la police impériale, le 15 octobre 1853 ; une condamnation le mène alors de Mazas à Cayenne, en 1858. Très affaibli par sa détention, il est à nouveau à Paris, en 1860. Il fonde Le Réveil, pour la publication duquel il subit encore plusieurs condamnations ; il s’y oppose, entre autres, à la guerre, le 4 août 1870. Le 18, le journal est suspendu, même si la guerre déclarée, il a applaudi au patriotisme.

La participation de Charles Delescluze à la Commune va de soi. Dans son journal, il critique la politique économique de Thiers et la mollesse de la gauche parlementaire. Après la chute de l’Empire, il dénonce les faiblesses du gouvernement issu du 4 septembre.

Il se garde d’opposer ruraux et citadins, et conscient de la misère du peuple parisien, il ne dissocie pas la cause populaire de la cause communaliste. Et même s’il incarne la petite bourgeoisie jacobine, il a souvent eu l’occasion, en prison ou dans ses nombreuses luttes, de rencontrer des militants ouvriers.

Le communard.

Il est élu maire du XIXe arrondissement, mais les pouvoirs des municipalités n’ayant pas été étendus, il démissionne. En janvier 1871, son journal est fermé, et il est encore emprisonné à Vincennes, puis à la Santé ; son état physique s’en trouve aggravé.

Élu député le 8 février, il démissionne rapidement. La Commune l’élit dans les XIe et XIXe arrondissements ; il opte pour le XIe. Mais très malade, souffrant d’une laryngite aiguë, il se retire quelques jours des réunions et des événements. Il rejoint pourtant ses camarades. Devant l’absence de programme politique, la situation militaire de la Commune se dégrade. Le 11 mai 1871, il est nommé délégué civil à la guerre et dans une proclamation à la garde nationale, lors de la prise de ses nouvelles fonctions, il en appelle au combat pour la liberté et l’égalité sociale. Mais une autre de ses déclarations, le lundi 22 mai, même si elle est vibrante, a des conséquences négatives : héritier de la Révolution française, persuadé que la lutte des rues serait favorable à la Commune, il y proscrit tout plan, toute discipline. En effet, déclarer : « Assez de militarisme ! Plus d’états-majors galonnés… ! Place au peuple, aux combattants aux bras nus ! », c’est entraîner une opposition contre les officiers et un morcellement de la défense. Cela ne fait que renforcer l’esprit de quartier et les formes locales de combat, empêchant ainsi toute vue d’ensemble.

Charles Delescluze a trouvé une mort volontaire sur une barricade, place du Château-d'Eau, à Paris, le 25 mai 1871Né à Dreux le 2 octobre 1809, Charles Delescluze a trouvé une mort volontaire sur une barricade, place du Château-d’Eau, à Paris, le 25 mai 1871.

La Commune va de défaite en défaite, et le combat est âpre sur la barricade du Châteaud’Eau. Épuisé physiquement, Delescluze s’y rend. Auparavant, il a écrit une lettre poignante à sa sœur où il lui confie ne plus avoir « le courage de subir une nouvelle défaite après tant d’autres ».

Arthur Arnould lui rendra ensuite hommage : « Delescluze montra une grandeur et une abnégation qui en font certainement une figure historique hors-ligne, digne du respect, de l’admiration de tous […] Son amour du peuple son dévouement à la Révolution, vers la fin, éteignirent en lui tout égoïsme […] Lui, vieux jacobin, […] ne tarda pas à voir qu’il donnait sa vie pour une cause, la cause communaliste, dont plusieurs principes contredisaient, combattaient, quelques-unes de ses plus chères convictions. »

Porté vers la majorité, il couvre de sa protection la minorité, rappelant que « l’ennemi était à Versailles, et que la Révolution ne comptait que des combattants dévoués sur tous les bancs de la Commune. »

Lissagaray, dans Les huit journées de mai, raconte les derniers instants de Delescluze. Les balles et les obus pleuvent, il est le seul à continuer de marcher : « le seul être humain sur le boulevard. Arrivé à la barricade, il obliqua à gauche et gravit les pavés. Pour la dernière fois, sa face austère, encadrée dans sa barbe blanche, nous apparut tournée vers la mort. Tout à coup, il disparut ; il venait de tomber comme foudroyé, sur la place du Château-d’Eau. » Les fédérés ne purent rapporter son corps. Lissagaray rappelle que Delescluze ne respira que pour la justice : « A la dernière heure, il lui sacrifia jusqu’à ses vieilles idées jacobines. Ce fut sa récompense de mourir pour elle les mains libres, au soleil, à son heure, sans être affligé par la vue du bourreau. »

Dans l’ouvrage, publié en 1898, qu’il consacre à Delescluze, Charles Prolès nous relate le sort de la dépouille de ce dernier : son corps, ramassé le 27 mai dans un tas de vingt-huit cadavres, puis déposé sur les marches du théâtre Déjazet, est transporté à l’église Sainte- Élisabeth. Il est ensuite inhumé, avec d’autres, dans une tranchée, au cimetière Montmartre. Des regards amis ayant veillé à localiser l’endroit, il fut assez aisé de retrouver les restes de Delescluze pour les ensevelir dans une concession perpétuelle, en novembre 1883, dans la 49e division du cimetière du Père-Lachaise.

Le Livre rouge de la justice rurale, de Jules Guesde, est dédié à la mémoire de Charles Delescluze, cet homme épris d’absolu et entièrement dévoué à la Révolution, qui, pendant la Semaine sanglante, a choisi de mourir sur une barricade.

Michèle Camus.

Louis Xavier de Ricard, le poète communard

mercredi 14 mars 2012 

Louis-Xavier de Ricard, né le 25 janvier 1843 à Fontenay-sous-Bois, est le fils du général et marquis Joseph, Honoré, Louis Armand de Ricard, qui a successivement servi Napoléon 1er, puis les Bourbons et, pour finir, premier aide de camp du roi Jérôme en 1852.

Louis Xavier de RicardLe jeune Louis-Xavier montre des dispositions pour la littérature. A 19 ans, il débute par un recueil de vers, "Les chants de l’aube", paru chez Poulet-Massis, en 1862. 
En mars 1863, grâce à l’héritage d’une tante, il fonde "La revue du progrès". Parmi les collaborateurs, on remarque Charles Longuet et le jeune Verlaine. La revue n’eut qu’une année d’existence ; son athéisme affiché lui valut, de la part de Mgr Dupanloup, un procès pour outrage à la morale publique et aux bonnes mœurs. Bien que défendu par un jeune avocat plein de talent, Léon Gambetta, Louis-Xavier de Ricard fut condamné à huit mois de prison (bientôt réduits à trois) à Sainte-Pélagie, et à une amende de 1200 F. 
A la suite de sa condamnation, les amis de Louis-Xavier lui manifestèrent un actif soutien, et ce petit groupe fut à l’origine du salon politico-littéraire qui se réunira chaque vendredi chez la mère du poète, au 10 Bd des Batignolles. 
La marquise de Ricard était très fière de recevoir cette jeunesse républicaine et anticléricale, un peu bruyante mais qui renfermait tant de futures célébrités : Anatole France, Sully Prudhomme, Villiers de l’Ile-Adam, Verlaine, F. Coppée, et les représentants du monde des écoles, Tels que Raoul Rigault, futur procureur de la Commune de Paris en 1871.

RigaultEn mars 1866, Ricard et Catulle Mendès obtiennent de l’éditeur Lemerre, la publication de la revue "Le Parnasse contemporain". 
Les collaborateurs principaux en sont : Gautier, Banville, Hérédia, Leconte de Lisle, Mallarmé, Villier del’Isle-Adam, Anatole France, Rollinat, Coppée, Sully-Prudhomme, Charles Cros, etc… 
Toujours chez Lemerre, en février 1867, paraît "La Gazette rimée", autre revue parnassienne, sous la direction de Robert Luzarche. 
Sous la signature de Louis-Xavier de Ricard, un poème "A un chroniqueur qui se compromet" : 
"…O Liberté ! J’ai vu ton cadavre sanglant. 
Couché sur les pavés, dans la boue et l’injure 
Ton sein gauche portait une telle blessure 
Que l’on voyait au fond ton cœur entr’ouvert /…/

(La Gazette rimée n°2 – 20 mars 1867)

L’APPEL 
/…/ "Debout, voici le jour propice, 
Le jour terrible et souhaité ! 
Donc, levez-vous pour la Justice, 
Levez-vous pour la Liberté ! /…/

(La Gazette rimée n°5 – 20 juin 1867)

La mort du général de Ricard entraîne la disparition du salon de la marquise de Ricard. Le groupe des Parnassiens se retrouvera, dans l’hiver 1868, chez Nina de Callias, femme de lettres. 
Louis-Xavier de Ricard poursuit son activité journalistique ; le 7 juillet 1870, il fonde "Le Patriote français". Les trois premiers numéros de ce journal lui attirent les foudres de la justice impériale, et, pour se soustraire à ses atteintes, il doit se réfugier quelque temps en Suisse. 
Après le 4 septembre, il revient à Paris. Pendant le premier siège, il est incorporé au 69ème bataillon de la Garde Nationale, commandé par Blanqui, puis il s’engage dans le 14ème bataillon des Mobiles de la Seine. 
Il se range évidemment parmi les partisans enthousiastes de la Commune. Il est nommé sous-délégué du Jardin des Plantes. Il collabore au Journal officiel de la Commune. Le 7 avril 1871, son article intitulé "Une révolution populaire" est un vibrant hommage à l’avènement de la classe ouvrière, qui n’a jamais paru directement aux affaires publiques, qui n’a jamais eu l’occasion ou la volonté d’imprimer aux choses l’image de son idée personnelle.

Très compromis par ses relations avec des personnalités de la Révolution du 18 mars, Louis-Xavier de Ricard, après la défaite, se réfugie de nouveau en Suisse. N’ayant pas fait l’objet d’une inculpation précise, il revient en France et collabore à un hebdomadaire littéraire : "La Renaissance".

VerlaineVerlaine a beaucoup de sympathie pour Louis-Xavier de Ricard, "l’excellent poète languedocien". Il lui dédie son grand poème Les Vaincus. Ce poème de 1867 à la mémoire des vaincus de 1848 fut complété à Londres en 1872, par de nouvelles strophes consacrées aux communards.

En 1873, Ricard s’installe près de Montpellier. Il développe ses connaissances dans l’histoire des Albigeois. Il écrit dans les feuilles locales républicaines et se passionne pour le félibrige, mais il est totalement opposé à l’orientation réactionnaire donnée par Mistral au mouvement. Il s’en sépare et justifie son appellation de "Le felibre rouge" (lo felibre roge). 
Il se marie avec une amie d’enfance, une jeune écossaise, Lydie Wilson, charmante poétesse qui versifie parfaitement en occitan.

Socialiste de la tendance du montpelliérain Paul Brousse, il se présente aux élections municipales en janvier 1881. Il obtint plus de 2000 voix, mais ne fut pas élu. Il récidive aux élections législatives, la même année, obtenant cette fois 5492 voix, contre 8121 au républicain modéré, et 3692 au légitimiste. 
Lydie, sa femme, est décédée en 1880. Elle laisse un recueil de poèmes en français et en languedocien.

Après le grand chagrin que lui cause le décès de son épouse, Louis-Xavier de Ricard s’expatrie en Amérique du sud ; il devient rédacteur en chef de "L’Union française" de Buenos Aires. Il dirige ensuite plusieurs journaux : "Le Rio Paraguay", le "Sud américain" [1] Sans avoir fait fortune il revient à Montpellier en 1885. Il fonde "Le Languedoc", journal socialiste. Dans « le Parti Socialiste" (n°6 du 2 août 1891) il fait une excellente interview d’Edouard Vaillant. 
En 1897, Ricard se fixe à Paris où il poursuit sa carrière de journaliste. Épuisé, vieilli, "l’infatigable et laborieux publiciste a végété dans la pénombre de journaux et de librairies sans clientèle". Il obtint enfin une place de conservateur au château d’Azay-le-Rideau. En 1906, sa santé l’oblige à regagner le midi, et il y meurt, en 1911. 
La fin de sa vie fut gâchée par des besognes littéraires obscures et mal payées, et pourtant, au début de sa carrière, toutes les voies lui étaient offertes : "il cumulait tous les genres, son désir embrassait tout le cosmos de l’intellect" (Ed. Lepelletier ). 
Sa production livresque fut considérable, mais de valeur inégale. Cependant, tout n’est pas négligeable dans ses œuvres poétiques, romanesques et politiques. Certains de ses marivaudages ne manquent pas d’esprit, et ses essais sociopolitiques ne sont pas sans intérêt. 
Sa morale hédoniste peut se résumer en une phrase : "Il n’y a qu’un pêché, mortel pour les peuples comme pour les individus, c’est le péché contre la beauté". 
Ce vieux Communard voulait que l’Art devienne pour tous la religion de la joie et du bonheur. 
Malgré les ans et les revers, il avait conservé une foi révolutionnaire aussi intense qu’à l’époque de la Révolution du 18 mars.

Marcel CERF


[1Dans ce journal, Louis-Xavier de Ricard accordait une large place à l’influence de Benoît Malon sur le mouvement socialiste brésilien (Bulletin des Benoît Malon, n°9, p.8)

Aimé-Jules Dalou

Sculpteur et communard 1838-1902
 

Aimé-Jules Dalou (1838-1902)C ‘est probablement grâce à sa femme, Irma Vuillier et à sa fille Georgette que Dalou, pourtant officier du 83e bataillon fédéré, n’est pas mort sur une barricade. En effet, il s’était installé au Louvre avec elles pour assumer son rôle d’administrateur pendant les heures difficiles de l’offensive versaillaise. La violence des événements, l’incendie des Tuileries, la fuite précipitée en pays étranger furent sans aucun doute à l’origine de la perte de raison de sa fillette de trois ans qui nécessita jusqu’à sa mort, pendant la première guerre mondiale, la présence à ses côtés, d’un adulte responsable. C’est pour cela que Dalou lèguera son atelier à l’orphelinat des Arts et c’est pour cela que les chercheurs disposent actuellement de plus de 300 œuvres achetées par la Ville de Paris à l’orphelinat en 1905. Ces œuvres n’ont jamais fait l’objet d’une exposition exhaustive. Le centenaire de la mort de l’artiste aurait été pourtant une bonne occasion de faire connaître cet ensemble. Au musée d’Orsay, seul un dixième de ce fonds est exposé dans la salle Dalou.

Elève de Carpeaux, l’auteur du groupe scandaleux à son époque, de la Danse à l’Opéra de Paris, Dalou garde de son maître le souci de vérité et de naturel qui s’opposait alors à l’art académique. Né dans le milieu artisanal, de parents protestants, il a été élevé dans la laïcité. Intègre et fier, il ne fera jamais de concessions dans son art, même s’il a su s’adapter à des commandes privées et publiques. Lecteur de Proudhon, il relève dans ses carnets intimes cette citation : « L’art est une représentation de la nature et de nous-mêmes en vue du perfectionnement physique et moral de notre espèce ».

Tout au long de son œuvre, il s’appuie en effet sur l’observation de la nature. Sa République en marche frappe par son modelé et son geste naturels alors que celle de la Place de la République est engoncée dans la convention. Quand il projette, à la fin de sa vie, le Monument aux ouvriers, il fait poser un véritable paysan et non un modèle d’atelier. Il échappe ainsi à la vision misérabiliste qui avait cours à son époque. Ses portraits, qu’ils soient de commande, Charcot, Delacroix, Mirabeau, Hugo ; ou d’amitié, Blanqui, Courbet, Noir, Rochefort, sont pleins de cette recherche de vérité psychologique qui caractérise la tradition française depuis Clouet et les frères Le Nain. C’est aussi la méthode de Courbet qui écrivait : « J’ai voulu tout simplement penser dans l’entière connaissance de la tradition le sentiment raisonné et indépendant de ma propre individualité » dans son manifeste du Réalisme. Lorsque Courbet est élu président de la Fédération des Artistes, la Commune fixe sa première tâche qui est de « rétablir dans le plus bref délai les musées de la Ville de Paris dans leur état normal, d’ouvrir les galeries au public et d’y favoriser le travail qui s’y fait habituellement ».

Les théâtres, les bibliothèques et les musées rouvrent avec le printemps dans une atmosphère de fête où se réalise enfin l’accès de tous à la culture. La Fédération des Artistes s’installe au Louvre, mais les conservateurs en titre ne veulent pas rouvrir le musée qui jouxte le palais des Tuileries déserté. Ils seront révoqués par la Commune qui , le 17 mai, nomme alors Dalou administrateur provisoire adjoint. Ses fonctions seront de courte durée. Trois jours après, les conservateurs, aussi bien révoqués que provisoires, s’entendent pour apposer les scellés sur les portes. 47 gardiens du Louvre sont réquisitionnés pour construire des barricades dans Paris. C’est ce jour là que les Tuileries flambent. ? Le conservateur révoqué : Barbet de Jouy, facilitera l’obtention d’un passeport pour Londres à Dalou qui sera condamné par contumace le 1er mai 1874 en conseil de guerre permanent, aux travaux forcés à perpétuité.

A son retour en France, il participera à la mise en œuvre par la IIIe République, du programme d’éducation populaire de la Commune et l’on verra Paris se couvrir de sculptures.

Eugénie Dubreuil.

Francisco Salvador Daniel savant musicologue et hardi communard

mercredi 21 mars 2012 

Au cours du premier semestre 2001, un concert a été organisé par la radio algérienne en collaboration avec «  France Culture  » pour rendre hommage à un musicologue injustement oublié, l’original compositeur Francisco Salvador Daniel.

Les interprétations sur les origines de la famille Salvador Daniel sont assez confuses et contradictoires. Selon certains auteurs, les ancêtres des Salvador Daniel seraient des juifs espagnols convertis, plus tard, au catholicisme et même anoblis.

Le père de Francisco, capitaine dans l’armée rebelle de don Carlos, doit se réfugier en France avec sa famille après une défaite du prétendant au trône. Ses propriétés et ses biens sont confisqués par le gouvernement d’Isabelle II.

Ruiné, il se fixe à Bourges où il enseigne l’espagnol et la musique. On le dit organiste à la cathédrale et professeur de solfège et d’harmonie au collège royal et à l’école normale.

Son fils Francisco est né en 1831. Il fait ses études à l’Ecole normale. En 1843, la famille quitte Bourges et s’installe à Paris où les débouchés sont plus importants.

Francisco, après avoir été initié à la musique par son père, entre au conservatoire. Il devient un excellent pianiste. Il est engagé dans l’orchestre du théâtre lyrique ; il y fait la connaissance du compositeur Léo Delibes qui le guide dans ses débuts. Mais il est surtout sensible à l’influence de Félicien David, l’auteur du « Désert ». Il partage l’idéal social de ce musicien saint-simonien. Sur le plan politique, il s’écarte donc résolument de l’orientation très réactionnaire prise par son père.

Félicien David lui inculque également l’amour de l’Orient. Francisco, qui veut élargir l’horizon de ses connaissances, part en 1853 pour Alger où il va enseigner le violon. Il apprend rapidement l’arabe et peut traduire les traités anciens de musique arabe.

La musique arabo-andalouse s’étant constituée à partir des apports de l’Orient et de l’Occident, Francisco Salvador Daniel va démontrer les analogies nombreuses entre la musique andalouse et le chant grégorien.

Il publie à ce sujet un ouvrage très remarqué : La musique arabe, ses rapports avec la musique grecque et le chant grégorien (Alger - 1863). Cette œuvre était d’abord parue dans La revue africaine dont il était l’un des collaborateurs.

Il traduit en français des chansons algériennes, tunisiennes et kabyles, adapte la musique arabe aux instruments occidentaux. Très épris de la fille d’un marchand d’Alger, il s’apprête à l’épouser mais la veille de la cérémonie, la fiancée tombe malade et meurt quelques temps après. Francisco est terriblement affecté par le décès de la femme aimée et il retourne à Paris, très déprimé.

Ayant beaucoup de talent mais peu d’esprit d’intrigue, il n’occupe pas dans le domaine musical la place qu’il mérite et d’ailleurs ses idées avancées, ses conceptions d’une musique « sociale et démocratique » sont fort éloignées de l’idéologie officielle.

Il rédige en collaboration avec son père un cours de plain-chant, dédié aux élèves-maîtres des écoles normales primaires (Paris - P. Dupont - 1864).

- A propos de chansons - le personnage régnant, première lettre à Mademoiselle Thérésa, de l’Alcazar - Paris - Noirot - 1867

- La chanson guerrière - 18ème et 19ème siècles.

- La Complainte de l’Ogre - 1867.

- Album de chansons arabes, mauresques et kabyles.

Il donne des concerts à la Maison pompéienne aux Champs Elysées mais il est surtout passionné par la direction des concerts populaires fondés par Pasdeloup.

En 1869, il devient critique musical au journal républicain d’opposition à l’Empire La Marseillaise de Rochefort.

Pendant le premier siège, il participe aux journées révolutionnaires du 31 octobre 1870 et du 22 janvier 1871. Délégué des Comités de vigilance et Membre du Comité central Républicain des 20 arrondissements de Paris, il signe la fameuse affiche rouge du 6 janvier 1871.

Sous la Commune, il est délégué communal du VIème arrondissement, il est même amené à accomplir des missions dans le VIIème arrondissement.

C’est ainsi qu’il fait une perquisition dans la Maison des frères des écoles chrétiennes, rue Vaneau. Accompagné d’un secrétaire, il a pour mission d’inventorier les objets et meubles de la Maison. Le frère qui le reçoit n’a aucune sympathie pour La Commune, il dépeint pourtant ainsi Francisco :
« Salvador avait la physionomie douce et aimable, si ces apparences n’étaient pas menteuses, il avait dû se faire de grandes violences pour accomplir son rôle odieux […]  »

Le frère directeur «  lui demande le départ libre pour tous ses frères. Réponse lui est faite qu’il peut sortir quand bon lui semblera et que cette autorisation est aussi donnée aux frères que leur âge ne comprend pas dans l’enrôlement  » [1] (dans la Garde Nationale).

Le 15 mai 1871, Francisco Salvador Daniel est nommé, par la délégation de l’enseignement, à la direction du conservatoire de musique, en remplacement du compositeur Auber décédé le 12 mai.

En prenant ses fonctions, Salvador tente une réorganisation de l’établissement et convoque quelques professeurs restés fidèles à leur poste. Le bibliothécaire adjoint lui dit « Vous savez que vous risquez votre vie  » et Salvador répond : « je sais que je risque d’être fusillé, mais j’agis selon mes convictions  ».

Malgré ses nombreuses occupations, il continue à assumer ses activités journalistiques. Il collabore à L’Homme libre, organe politique et quotidien de la fédération universelle (ce journal se définit comme l’organe scientifique, philosophique et littéraire du triple développement physique, intellectuel et moral de l’Humanité.)

Dans le journal officiel du 20 mai 1871, on peut lire le communiqué suivant :

«  Les citoyens et citoyennes artistes, attachés aux théâtres ci-après : Opéra, Opéra comique et théâtre lyrique, et comptant à un titre quelconque dans le personnel du chant, de l’orchestre, des chœurs, de la danse ou de la régie, sont invités à se réunir dans la salle du conservatoire, mardi 23, à deux heures, à l’effet de s’entendre avec le citoyen Salvador Daniel, délégué par la délégation de l’enseignement, sur les mesures à prendre pour substituer au régime de l’exploitation par un directeur ou une société, le régime de l’association  ».

Hélas, cette réunion ne peut avoir lieu et Francisco devait être appelé à exercer des fonctions plus dramatiques durant la Semaine Sanglante.

Le 22 mai 1871 au matin, Varlin, élu du VIème arrondissement, assure la défense de son secteur. Il envoie l’ordre à Salvador Daniel «  de faire exécuter une série de barricades rue de Rennes, rue de Vaugirard, pour assurer la protection du carrefour  ».

Le 23 mai, Francisco combat rue de l’Université. Le 24 mai au matin, il commande la barricade dressée à l’angle de la rue Jacob et le la rue Bonaparte, sept hommes font le coup de feu avec lui. Ils luttent désespérément jusqu’à midi. Ils sont alors contraints de se replier devant des forces nettement supérieures.

Réfugié dans une maison appartenant à des amis, Salvador Daniel est dénoncé aux Versaillais par des voisins. Un officier avec une dizaine de soldats cernent la maison hospitalière. Après avoir enfoncé la porte d’un appartement ils sont stupéfaits du calme de l’insurgé qui, allongé sur un divan, fume tranquillement une cigarette en les attendants. Il sait qu’il va être fusillé sans jugement.

Amené par les lignards sur le lieu où il a combattu, il rectifie la position de sa cravate et demande d’être visé au cou. Une salve l’abat immédiatement. Trois heures plus tard, son corps sera jeté à la fosse commune.

Il avait manifesté, maintes fois, le désir qu’on jouât à ses obsèques l’andante du second quintette de Beethoven. Ce vœu ne devait pas être exaucé. Cependant, ses amis, en souvenir de lui, appelèrent plus tard ce morceau L’enterrement de Salvador.

Musiques et chants de Francisco Salvador Daniel : Chansons arabes, mauresques et kabyles : Chebbou-chebban ; Yamina ; Klaa beni-abbes ; Zohra. Concert donné en juillet 2016 à Montpellier par la sublime chanteuse Amel Brahim-Djelloul.

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Marcel Cerf


[1Episodes du temps de la Commune de Paris en 1871 - Alfred Mame - édit Tours 1871 – p. 15 et suiv.