En quête d’une démocratie vraie

jeudi 5 avril 2012 

Au commencement était le Peuple. Jusqu’alors soigneusement tenu à l’écart de la chose publique, celui-ci s’invite brusquement dans le politique en 1789 [1]. Suite à la prise de la Bastille, puis aux journées des 5 et 6 octobre, les élites aristocratique et bourgeoise apeurées s’ingénient à évincer ce peuple indocile et encombrant du corps électoral. Ainsi naît la distinction entre citoyenneté « active » et citoyenneté « passive » et, en découlant, le suffrage censitaire. A la faveur de la mobilisation populaire de l’été 1792 et de l’abolition de la royauté, le suffrage universel - masculin - est promulgué. Se pose alors avec acuité la question du choix entre démocratie représentative et démocratie directe. Une fois encore, le peuple se charge de trancher le nœud gordien.

Désormais pleinement citoyen, il investit massivement les sections et les clubs et élabore un système politique inédit : le gouvernement direct. Ce modèle regarde la souveraineté populaire comme imprescriptible, inaliénable et indélégable. Les élus du peuple, parce qu’ils sont nantis d’un mandat impératif, sont désignés sous l’appellation de mandataires. Ils doivent être incessamment contrôlés et peuvent être révoqués à merci [2].

Cette expérience unique et exaltante fut malheureusement de courte durée, sapée qu’elle fut par la réaction thermidorienne. La démocratie directe resta sous le boisseau pendant près de quatre-vingts ans.

Bien entendu, il y eut 1848. Mais force est d’admettre que la phase d’« illusion lyrique [3] », celle où l’on rêvait haut et fort d’une République démocratique, fraternelle et sociale, fut bien éphémère [4]. Et si le suffrage était universel - masculin -, il fut promptement statué sur la nature du régime : il serait de type représentatif et certainement pas direct. Du scrutin du 23 avril s’ensuivit l’instauration d’une Assemblée constituante composée majoritairement d’éléments modérés, modérés qui n’hésiteront pas deux mois plus tard à recourir à la violence la plus extrême pour noyer dans le sang les légitimes revendications des insurgés de Juin. Ainsi fut porté un coup d’arrêt, sec et fatal, aux aspirations démocratiques et sociales.

Il fallut attendre quasiment un quart de siècle pour revoir sourdre l’espoir et souffler l’esprit révolutionnaire et démocratique de l’an II. Aussitôt la République proclamée, dans chaque arrondissement parisien s’institua un comité de vigilance - la vigilance, une vertu cardinale en République – chargé de porter un regard attentif et aiguisé sur les actes des maires désignés par le Gouvernement de la Défense nationale. Les comités de vigilance se fédérèrent le 5 septembre 1870 et, réunis, prirent le nom de Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris.

Non contente de constituer un véritable contre-pouvoir aux autorités gouvernementale et municipale, cette organisation fut la première – il convient d’insister sur ce point - à exiger l’instauration de la Commune et l’exercice plein et entier de la souveraineté populaire. Elle fut pour beaucoup dans la maturation et la propagation de l’idée communaliste [5].

Mais ce ne fut qu’après le 18 mars, au cours du lumineux printemps de 1871, qu’advinrent une vraie République et une démocratie authentique, incarnant toutes deux l’application stricte du principe de Gouvernement du Peuple, par le Peuple, pour le Peuple. Aussi les élus de la Commune ne furent-ils pas dénommés représentants - mot de la IIe République -, ni députés - terme en vigueur sous le Second Empire - mais mandataires.

Les membres de la Commune étaient investis d’un mandat impératif, par conséquent révocables à tout instant s’ils s’aventuraient à l’outrepasser ou se montraient incapables de le mener à bien. Après avoir enduré le bât de l’Empire pendant vingt ans, la population était avide de libertés et assoiffée de justice. L’en-haut et l’en-bas communiaient dans un même idéal.

En haut, un Pierre Denis, l’idéologue proudhonien du « Cri du Peuple » estimait qu’était révolue l’époque où le peuple était comme « un troupeau appelé à jour et heure fixes par ses gouvernants à voter son abdication de tout pouvoir et de tout droit [6] [...] ». Il considérait que « la souveraineté nationale étant dans le suffrage universel lui-même, [ce dernier] avait toujours le droit de se convoquer, c’est-à-dire que ce droit appartenait à tout groupe d’hommes qui avaient à consulter l’opinion sur une idée, sur un fait surtout, quand les événements sollicitaient et nécessitaient cette consultation [7] ».

En bas, le peuple, par les rues de la ville révoltée, dans les clubs, dans la Garde nationale, redoublait de vigilance, exerçait son droit de contrôle et, inlassablement, discutait les actes de la Commune allant, si le besoin s’en faisait sentir, jusqu’à la critiquer sans ménagement. Ainsi, « Le Prolétaire », émanation du club (Saint) Ambroise, admonestait ses membres de la sorte : « Ne vous pressez donc pas de juger et de décider au nom du peuple et à sa place. Restez dans votre rôle de simples commis [...]. Serviteurs du peuple, ne prenez pas de faux airs de souverains ; cela ne vous sied pas mieux qu’aux despotes auxquels vous avez succédé. Vos personnes sont de peu de poids dans les balances de la Commune. Le peuple est las des sauveurs ; il entend dorénavant discuter leurs actes [8]. »

Et lorsque les ouvriers boulangers s’en allèrent en délégation à l’Hôtel de Ville remercier l’Assemblée communale d’avoir aboli le travail de nuit, le même « Prolétaire » les tança vertement : « Le peuple n’a pas à remercier ses mandataires d’avoir fait leur devoir ; ils seraient criminels en ne le faisant pas ; c’est une habitude fâcheuse d’aller leur rendre grâce pour avoir pris une mesure qu’ils auraient été coupables de ne pas édicter. N’oublions jamais que c’est la reconnaissance des peuples qui fait les tyrans. »

A plusieurs reprises, les élus de la Commune furent sommés par leurs mandants de justifier leur manière d’administrer l’arrondissement qui leur avait accordé ses suffrages, ou bien d’expliquer leur conduite à l’Hôtel de Ville. Ainsi eut lieu le 20 mai 1871, au Théâtre lyrique, en présence de quelque deux mille électeurs, une reddition de comptes en bonne et due forme. Les cinq membres de la Commune élus par le IVe arrondissement - Charles Amouroux, Arthur Arnould, Adolphe Clémence, Gustave Lefrançais et Eugène Gérardin – se prêtèrent à cet exercice de bon gré.

Parvenu au terme de ce bref panorama, le lecteur se sera fait - à tout le moins, je le souhaite - une idée précise de la façon dont les hommes de 1871 entendaient les notions de République et de démocratie.

Leurs réflexions n’ont rien perdu de leur pertinence et de leur actualité. Gageons, en cette année électorale, que notre lecteur-électeur les aura à l’esprit au moment de se rendre à l’isoloir. Ou de ne pas y aller.

Car pléthoriques et judicieuses sont les raisons de s’abstenir [9]. A fortiori dans un régime qui tient le bulletin blanc pour nul, et au sein duquel voter équivaut à délivrer un blanc-seing à son Président ou à son député...

Maxime Jourdan


[1J’espère que le lecteur ne m’en fera pas grief mais, contraintes de temps et d’espace obligent, je n’évoquerai pas les précédents historiques de l’expérience démocratique de par le monde. Le présent article s’assigne pour objectif d’esquisser une analyse - fatalement succincte - des relations qu’entretient la France à la démocratie depuis la Révolution française, en s’attardant tout particulièrement sur l’épisode communaliste.

[2Sur ces aspects, le lecteur se reportera à l’ouvrage de Maurice Genty, « L’Apprentissage de la citoyenneté », Paris, Messidor/Éditions sociales, 1987 et au livre d’Albert Soboul, issu de sa thèse magistrale, « Les Sans-culottes », Paris, Seuil, 1968.

[3Suivant l’expression consacrée de l’historien Philippe Vigier.

[4Le lecteur désireux d’approfondir consultera Maurice Agulhon, « 1848 ou l’apprentissage de la République », Paris, Seuil, 1992.

[5Sur le CCRVAP, lire Jean Dautry et Lucien Scheler, « Le Comité central républicain des vingt arrondissements de Paris », Paris, Éditions Sociales, 1960.

[6Pierre Denis, « Vieille politique », 8 mai 1871.

[7Pierre Denis, « Les aveugles de la presse », 23 mars 1871.

[8« Le Prolétaire. Organe des revendications sociales, XIe arrondissement », 19 mai 1871.

[9Sur cette question, lire l’excellent petit livre intitulé « Précis d’anti-électoralisme élémentaire. 120 motifs de ne pas aller voter », Introduction de Raoul Vilette, Paris, Les nuits rouges, 2007.

Les "inconnues" de la Commune...

samedi 24 mars 2012 

La Commune de Paris, c’est aussi une diversité de femmes qui à travers les clubs, les organisations, a trouvé la possibilité de s’exprimer, et le moyen de faire évoluer la condition féminine.

Nous ne pouvons que saluer le rôle joué par ces figures emblématiques que sont Louise Michel, Paule Mink, André Léo, Nathalie Le Mel… Mais nous voulions par cette rubrique avoir l’occasion de vous présenter d’autres femmes, celles-ci restées anonymes, et dont pourtant l’engagement pour la Commune fut entier.

Marie Manière est l’une de ces communardes, qui a choisi de s’investir dans la lutte pour l’instruction des jeunes filles. Elle fait alors le choix de défendre une école qui ne serait plus sous la responsabilité des ecclésiastiques, elle souhaite une école laïque et professionnelle. Pendant la Commune nous la retrouvons donc institutrice-directrice d’un atelier-école (38 rue de Turenne à Paris) où l’on valorise une formation donnée à la fois par des ouvrières et des institutrices. Ainsi l’expose t-elle dans le « Vengeur »du 3 avril 1871 (document disponible à la Bibliothèque Historique de la ville de Paris : « L’échange de connaissances qui aura lieu entre ces diverses intelligences, s’exerçant côte à côte, constituerait un milieu très favorable à un enseignement progressiste entièrement dégagé de préjugés ». Et pour toutes celles qui auront eu la chance de suivre cet enseignement, c’est une réelle possibilité d’être indépendante !

Marguerite Guinder, cette confectionneuse de métier se retrouve auprès des combattants du 66e bataillon en tant que cantinière et ambulancière. Dans le Journal Officiel du 9 avril on lui rend hommage notamment, pour ses qualités d’ambulancière, et pour son dévouement : « Elle a, dans le combat du 3 courant, en avant de Meudon, tenu une conduite au-dessus de tout éloge et de la plus grande virilité, en restant toute la journée sur le champ de bataille, malgré la moisson que faisait autour d’elle la mitraille, occupée à soigner et à panser de nombreux blessés, en l’absence de tout service chirurgical ».

Le 19 juin 1872, elle est condamnée à la peine de mort, mais sa peine fut commuée en travaux forcés le 14 septembre 1872.

Sa condamnation par le Conseil de guerre est sans aucun doute représentative de son implication dans le mouvement communaliste, mais elle reflète aussi certainement la façon dont les officiers jugeaient ces femmes qui vivaient en concubinage, considérant que leur situation n’était qu’une preuve supplémentaire de leur immoralité. Marguerite Guinder fut mariée à un certain M. Prévost dont elle ne put divorcer malgré une séparation de fait. Lorsque la Commune débuta, elle vivait depuis plus de dix ans avec M. Lachaise, dont elle fit le choix de prendre le nom.

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Victorine Brocher (1839-1921)

Victorine Rouchy était, tout comme le fut Marguerite Guinder, cantinière d’un bataillon (celui des « Défenseurs de la République »). Elle reste auprès des combattants jusqu’aux dernières barricades. Son mari est arrêté à Passy, là où il avait établi sa cantine ; il sera condamné le 14 février 1872 à deux ans de prison et à une surveillance policière de 10 ans. Victorine arrive à échapper aux Versaillais en s’exilant en Suisse.

Avant et pendant la Commune, elle s’inscrit dans ce courant qui encourageait l’instruction de « la classe laborieuse » avec une prédilection pour une question : le travail féminin. Elle s’oppose au mouvement proudhonien qui considérait que le travail était contraire à l’épanouissement des femmes ! Victorine, elle, espère instruction et emploi pour toutes les femmes, leur offrant enfin la possibilité d’être indépendante !

On connaît aussi Victorine par l’ouvrage qu’elle laissa : « Victorine B… Souvenirs d’une morte vivante » (Le B rappelant son nom d’épouse, Brocher), grâce auquel elle souhaitait rendre hommage à toutes ces femmes qui furent accusées pendant la Semaine sanglante d’être des « pétroleuse », des incendiaires qui devant la défaite proche auraient enflammé Paris !

Plusieurs femmes furent fusillées en 1871 parce qu’on pensait qu’elles étaient Victorine…

Céline Toumazet-Ervalho

Laïcité 2005

samedi 24 mars 2012 

Selon les définitions convergentes des textes de loi, des dictionnaires contemporains et de Monsieur Ernest Renan (1823 -1892), la Laïcité se définit comme une situation de neutralité de la société civile à l’égard des religions. Le laïcisme qui en découle est une doctrine donnant aux institutions et aux administrations des états laïcs leur caractère non religieux ou areligieux - si vous digérez le néologisme -, donc officialisant leur indépendance de pensée et d’organisation. D’où, en France, une laïcisation qui assure la liberté de conscience aux citoyens garantissant le libre exercice des cultes mais séparant nettement l’esprit confessionnel de l’enseignement officiel.

Ainsi, la laïcité « à la française » précise comment les Églises et autres porteurs de mystères d’ outreterre n’ont aucun pouvoir politique et pourquoi l’État, de son côté, ne prétend à aucun pouvoir religieux. Voilà qui est clair. Et ça n’est pas le moindre mérite des pères fondateurs de la République que d’avoir formalisé la chose lors de la Révolution de 1789. Le danger venait, déjà à cette époque, des croyances à un mysticisme incorporé et de leurs zélateurs ... , idéologues du pouvoir royal héréditaire ... , naïfs ensoutanés ... , vendeurs de jours d’indulgence payables en ce monde et livrables dans l’autre .... , pieux à calinotades ... , machiavéliques sermonnaires ... , prometteurs de bonheur « post-mortem » et autres responsables d’épanchements de synovie dus à la fréquence des agenouillements.


Cependant, il en vient toujours de nouveaux, même si certains de ces dogmatiques ont troqué la soutane de la tradition pour de plus discrets costumes gris. En fait, hormis l’apparence, les « curetons » en veston n’ont guère changé. Certes, ils ont mis un peu d’eau dans leur vin de messe et, nonobstant les nostalgiques de Monseigneur Lefèvre, certains sont devenus partisans de la démocratie. Mais, leur hiérarchie avance à la soupe comme sous la Monarchie, la main droite pour bénir et l’autre tendue vers le grisbi. Sur ce plan, leur lobbying semble aussi efficace que le défilé des syndiqués de la S.N.C.F. quand ils vont de la République à la Nation. En effet, les curés d’Alsace et de Moselle sont toujours payés par l’État français. Et, pour ne pas parler uniquement de nos traditions occidentales, les mosquées se construisent aujourd’hui comme les églises chrétiennes, avec la complicité des municipalités et des Conseils généraux des deux bords. En effet, avides de réélection, François H., Nicolas S. et les autres ratissent de plus en plus large. Mais il y a plus étonnant encore. L’État est le propriétaire de très nombreuses cathédrales et églises utilisées contractuellement par le clergé catholique. Cependant, ces prestigieuses propriétés de style roman, gothique ou flamboyant représentent un coût d’entretien exorbitant pour les citoyens français qui ne sont pas tous des fous de la messe.

En ce début de XXle siècle, les évêchés semblent parfaitement satisfaits de la situation mais, détail amusant, certains regrettent de ne pouvoir ajouter leurs nouveaux endroits de prière à ceux qui sont entretenus par la République depuis 1905. Utilisant ces lieux restés à leur disposition, ils pensent sans doute que l’hospitalité leur est due « gratis pro deo » et « ad vitam aeternam ». Or l’ambition des ensoutanés de l’Islam est évidemment d’en faire autant. En effet, pourquoi l’imam n’aurait pas, lui aussi, sa tribune « gratis pro Allah » pendant la nuit des temps [1] ?

Ainsi, sans rentrer dans les méandres et les « non dits » du financement de l’enseignement privé, cette autre boîte à malices qui mérite une analyse spécifique, on peut dire que la frontière limitant les pouvoirs du temporel et du spirituel était précise et volontariste à l’origine de notre République, qu’elle est devenue floue au fil de petits arrangements démagogiques avant de devenir aujourd’hui poreuse. Voire porteuse d’éventuels conflits dont celui des « écolières porteuses de voile » est un exemple.

Parallèlement, de nos jours, l’utopie politique donne rarement l’envie de se lever aux aurores pour aller voter, le travail n’apporte pas facilement l’aisance et la joie de vivre aux citoyens et nous battons ainsi des records d’abstention lors des élections. En revanche, durant ce temps perturbant, la « Française des Jeux » et le « Pari Mutuel Urbain » battent des records de chiffre d’affaires. Nous n’en sommes plus à « Panem et Circenses » qui marqua la fin de l’Empire romain, mais nous avançons insoucieusement vers « Loto et R.M.I. ».

Les députés et sénateurs, traditionnels initiateurs ou accompagnateurs des lois de la République, feraient bien de s’interroger sur cette question, gênante à plus d’un titre : « Est-ce que notre Laïcité va s’échouer, telle une vieille barcasse, sur les rives des lobbys religieux dans l’indifférence de citoyens qui consacrent annuel­lement des milliards d’euros à deux nouvelles croyan­ces : le Tirage et le Grattage ? » Question subsidiaire : « Faudra-t-il faire entretenir par l’Etat ces nouveaux lieux de culte que sont les bistrots-tabac ? ».

Claude Chanaud


[1Je trouverais à la fois pittoresque et Justifié qu’un hommage soit rendu au Culte Protestant et au Dalaï Lama qui ne quémandent pas de budget auprès de l’Etat français.

Louise et les autres, le combat des femmes dans la Commune

samedi 24 mars 2012 

Louise MichelAu fil des ans, Louise Michel est devenue la figure unique et emblématique du combat féministe des Communardes, ce qui est totalement injustifié. Si ses propos sont ceux d’une féministe, son combat est celui d’un soldat : ce qu’elle fut durant toute la Commune. On peut dire que son engagement féministe est parallèle à l’action des femmes qui mènent durant cette période un combat exemplaire. En effet, pour la première fois de leur histoire, les femmes créent durant la Commune une organisation féminine, large, populaire, rassemblant des milliers de femmes.

A Paris, les femmes, pour beaucoup, travaillent. L’annuaire statistique des années 1861-1865 montre que leur nombre dans la production industrielle est très important. (en 1871 : 114 000 emplois dont 62 000 ouvrières).

Durant l’année 1870, année du siège par les Prussiens, les femmes de Paris souffrent considérablement du froid, de la faim. Surexploitées, elles n’ont rien à perdre et attendent tout de changements possibles.

Les femmes protègent la Commune

Dès le 18 mars, premier jour de la Commune, les femmes en grand nombre sont présentes sur le terrain. Au petit matin Louise Michel est là avec les Parisiennes pour empêcher la confiscation des canons. C’est grâce à leur intervention courageuse que la troupe met crosse en l’air. Comme le souligne Edith Thomas dans son ouvrage «  les pétroleuses » : «  il serait exagéré de dire que cette journée révolutionnaire fut celle des femmes, mais elles y contribuèrent puissamment  » .

Elles restent déterminées à se battre et, le 3 avril 1871, 500 femmes partent de la place de la Concorde pour marcher sur Versailles. Au pont de Grenelle, elles sont rejointes par 700 autres. L’exemple est donné de la nécessité d’organiser la population. Le 9 avril 1871, la première organisation féminine structurée voit le jour. Elle s’intitule : « l’Union des femmes pour la défense de Paris et les soins aux blessés ». Dans le contexte proudhonien de cette époque, il faut se rendre compte de ce que cela veut dire, pour des femmes, de réclamer le droit de défendre Paris, même si le deuxième volet du titre reste dans la tradition. « L’Union des femmes  » se charge de l’enregistrement des citoyennes qui veulent s’enrôler pour défendre Paris. Nous trouvons également dans ses buts « la nécessité de la participation des femmes par une campagne dans les clubs, dans les réunions de quartier. » Ce qu’elles feront aussi avec éclat. Leur présence aux réunions des clubs marque l’histoire de la Commune et manifeste l’exercice de la démocratie directe.

Nathalie Le Mel  Elisabeth Dmitrieff

Ses dirigeantes sont : Nathalie le Mel (ouvrière relieuse), Elisabeth Dmitrieff, (aristocrate russe), Marceline Leloup ( couturière), Blanche Lefèvre (qui est tuée sur une barricade le 23 mai), (blanchisseuse), Aline Jacquier (brocheuse), Thérèse Collin (chaussonnière) et Aglaë Jarry. (Nous nous devons chaque fois que cela est possible de citer ces noms car, si les noms des Communards sont peu connus, que dire de ceux des Communardes !)

L’union des femmes : un programme révolutionnaire.

« L’Union des femmes » est organisée avec sérieux et esprit de responsabilité. Le programme reprend des idées essentielles comme l’égalité des salaires. Une première application décidée par la Commune accorde des salaires identiques aux instituteurs et aux institutrices. Un groupe d’institutrices, dont fait partie Louise Michel, adresse une pétition à la Commune pour demander des écoles professionnelles et des orphelinats laïques.

André Léo Anna Jaclard

André Léo, Anna Jaclard, Noémie Reclus et Clara Perrier participent à la commission créée par Vaillant « pour organiser et surveiller l’enseignement dans les écoles de filles ». Marie Verdure et Elie Ducoudray rédigent un mémoire sur la nécessité de l’installation de crèches et proposent d’aider les mères non mariées pour les empêcher de sombrer dans la prostitution.

Paule Minck Paule Minck organise une école de jeunes filles dans la salle de catéchisme de Saint-Pierre- de- Montmartre.

Le 11 avril, le premier appel aux femmes édité par « l’Union des femmes  » est placardé sur les murs de Paris . Il dit en substance : « … Nos ennemis ce sont les privilégiés de l’ordre social actuel, tous ceux qui ont vécu de nos sueurs, qui toujours se sont engraissés de nos misères. ». L’Union des femmes rappelle très clairement et pour la première fois que « toute inégalité et tout antagonisme entre les sexes, constituent une des bases du pouvoir des classes gouvernantes. » .

Les femmes sont dans les Comités de quartiers. Elles pétitionnent pour faire remplacer les religieuses dans les hôpitaux et les prisons par des mères de familles « qui », disent-elles, « font mieux leur devoir. ». Elles obtiennent leur place aux ambulances, y compris aux postes avancés des combats. Elles arrachent la fermeture des maisons de tolérance. La Commune bannit la prostitution considérée comme « une forme de l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines. »

Elles sont aussi à l’origine de la reconnaissance de l’union libre puisqu’elles obtiennent le paiement d’une pension aux veuves des gardes nationaux tués au combat, mariés ou non, ainsi qu’à leurs enfants, légitimes ou naturels. Elles obtiennent que soit accordée une pension aux femmes plaidant la séparation.

Toutes les associations féminines réclament du travail auprès de Fränkel, responsable de la Commission du Travail et des échanges, qui fait siennes les propositions de « l’Union des femmes », à savoir notamment l’organisation d’ateliers coopératifs.

L’engagement militaire des femmes.

D’autres femmes ont choisi comme Louise Michel l’engagement militaire. Victorine Rouchy (bataillon des Turcos), Léontine Suetens cantinière au 135e bataillon, blessée deux fois, Eulalie Papavoine, combattante à la plaine de Vanves, Marguerite Lachaise cantinière au 66e qui a fait le coup de feu dans la plaine de Châtillon. Hortense David pointeuse à la marine communaliste à la porte Maillot.

Léontine Suetens  Hortense David

André Léo est sur la barricade des Batignolles. Louise Michel se trouve à la barricade de la Chaussée Clignancourt avec Marguerite Diblanc. Adèle Chignon, combattante de 1848, est sur la barricade du Panthéon. Cinquante sont sous la direction de Nathalie Le Mel, Place Pigalle. Pour la plupart leurs noms sont tombés dans l’oubli. Selon Lissagaray, témoin de son temps, 120 femmes environ participent à la barricade de la Place Blanche.

Benoît Malon et Louise Michel, avancent le chiffre de 10 000 femmes qui combattirent durant la Semaine Sanglante (vérification évidemment impossible à faire) Jusqu’au dernier jour de la Commune, les femmes se battent.

La répression sera terrible pour elles. Elles sont, pour un grand nombre, fusillées sur les barricades mêmes. De Villiers, un Versaillais, raconte : à propos d’une des barricades … « un grand nombre de femmes (52 ?) prises les armes à la main furent sur-le-champ fusillées. »

Plus de 1000, selon l’enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars - rapport présenté par le capitaine Briot- furent arrêtées et comparurent devant le 4e conseil de guerre. Elles furent humiliées, souvent traitées de prostituées. Celles que Versailles affuble du nom de « pétroleuses  » font preuve d’un grand courage. Lors de leur procès, à l’instar de Louise Michel, elles revendiquent tous leurs actes.

L’incarcération dans les prisons de Versailles est des plus pénible. Louise Michel la décrit très peu dans ses mémoires. Elle nous dit « ce qui se passa aux chantiers après notre départ a été raconté par Madame Hardoin » [1] Durant ces incarcérations les condamnations tombent. Elles sont lourdes.

Selon le rapport Appert, 29 femmes sont condamnées aux travaux forcés, 20 à la déportation en enceinte fortifiée, 16 à la déportation simple. Les condamnées à la déportation sont embarquées sur de vieilles frégates. A bord de la « Virginie », elles sont 19 communardes enfermées dans des cages. Le voyage vers les bagnes de Nouvelle Calédonie dure 120 jours ! L’attitude des femmes durant la déportation est remarquable. Elles se rebellent, défendent sans cesse leurs droits d’emprisonnées politiques.

A leur retour de déportation, pour beaucoup comme Nathalie Le Mel et Louise Michel, elles continuent leur combat, s’engagent politiquement mais aussi dans des syndicats et associations de défense.

Leur héritage, c’est aussi l’intense vie associative dans notre pays. Une tradition à perpétuer car elle est la garante de la démocratie.

Claudine Rey

Un scoop sur la détention dans les prisons de Versailles en 1871. Madame Hardoin livre ici, avec un recul de huit ans, un long et remarquable reportage vécu, sur la détention de quatre cents femmes, dans un style pimpant, plein d’humour, fort moderne, avec notamment d’excellents portraits de policiers, geôliers, magistrats, religieuses.


[1« la détenue de Versailles » par Madame Hardoin, ouvrage retrouvé à la Bibliothèque nationale et édité par les Amis de la Commune de Paris. Prix : 12 euros plus 1,45 euros de frais de port.

La Commune et la séparation de l’Église et de l’État...

samedi 24 mars 2012 

LA LAïCISATION DE L’ENSEIGNEMENT

La Convention, quelques mois avant de se séparer, a proclamé l’indépendance des cultes, le 3 Ventôse de l’An III (21 février 1795) : « Nul ne pourra être empêché d’exercer, en se conformant aux lois, le culte qu’il a choisi ; la République n’en salarie aucun ».

C’était l’amorce de « La séparation des Églises et de l’État ». Mais la réaction thermidorienne a disloqué le gouvernement révolutionnaire. La République est en­core fragile. Le haut clergé catholique en profite pour se réorganiser. Le 30 mai 1795, les églises sont rendues aux cultes.

Napoléon Bonaparte, Premier Consul, dit au clergé de Milan, quelques jours avant Marengo : « Nulle société ne peut exister sans morale, et il n’y a pas de bonne morale sans religion. Il n’y a donc que la religion qui donne à l’État un appui ferme et durable ».

Napoléon, en signant avec le Pape le Concordat du 15 juillet 1801, va catholiciser la France et achever de détruire l’œuvre de la Révolution. Pendant un siècle, l’Église va pouvoir inculquer au peuple la soumission à la classe dirigeante et le respect de l’ordre établi. Avec la Restauration, l’alliance du trône et de l’autel est encore renforcée : L’Église répand les thèses du Pape Grégoire XVI, dans son encyclique « Mirare Vos » (1832), « qualifiant la liberté de conscience de fausse et absurde, la liberté de la presse de funeste, exécrable ».

Vers les années 1830, Lamennais, Lacordaire et Montalembert sont à l’origine d’un catholicisme libéral favorable à la séparation de l’Église et de l’État, mais ils ne sont pas de force à lutter contre l’Église, obscurantisme qui les condamne.

En 1849, une commission se réunit pour préparer un nouveau statut de l’Enseignement. Thiers se déchaîne contre les instituteurs, ces « anti-curés ». « Qu’on ferme les écoles normales, glapit Thiers, que le curé de la paroisse se charge de l’instruction primaire. Aussi bien il apprendra toujours au peuple qu’il a plus besoin de moralité que de savoir », et Thiers nous avoue ses préférences : « J’aime mieux l’instituteur sonneur de cloches que l’instituteur mathématicien ».

Utilisant au maximum les dispositions de la Loi Falloux (Mars 1850), les congrégations s’infiltrent dans les différentes branches de l’enseignement. Après le coup d’état du 2 décembre 1851, l’Église se rallie rapide­ment au régime de Louis-Napoléon Bonaparte : L’évêque de Rennes salue en Napoléon III, « de tous les monarques français depuis Saint-Louis, le plus dévoué à l’Église et à son œuvre de civilisation et de progrès ». L’Empereur augmente généreusement les salaires des ministres du culte car l’Église est un des meilleurs soutiens du Régime. Louis Fiaux, qui n’est pas un extrémiste, constate que : « L’Église ne s’est point seulement associée à tous les coups de force tentées contre la souveraineté populaire, mais il n’est pas une conquête de l’esprit humain dans l’ordre social, politique, philosophique, scientifique qu’elle n’ait anathémisée et combattue ».

Révoltés par les compromissions de L’Église avec le Second Empire, les opposants à Badinguet sont des partisans convaincus de la séparation de l’Église et de l’État. En 1869, lors des élections législatives, Gambetta dans son programme radical dit « de Belleville », inclut dans ses réformes « La séparation de l’Église et de l’État ».

Jean MacéEn Octobre 1870, le professeur Jean Macé, fondateur de la Ligue de l’Enseignement avec Emmanuel Vauchez, secrétaire général du Cercle Parisien de la Ligue, lance une pétition pour la laïcité de l’école qui recueille rapidement 1 267 267 signatures.

A la même époque, plusieurs écoles laïques sont ouvertes dans Paris. Elie Ducoudray, avocat, membre de la Société des Amis de l’Enseignement et Maire du XIVe arrondissement, prend les premières mesures pour assurer l’enseignement laïc gratuit. Sous la Commune, avec Maria Verdure, il propose un projet d’organisation des crèches. L’administration municipale du IIe arrondissement ouvre, le lundi 9 novembre 1870, une école laïque de garçons, 49, rue Montorgueil et trois écoles laïques de filles 41, rue Greneta, 22 rue Saint-Sauveur et 23, rue Beauregard. Louis Asseline, journaliste et historien qui a succédé à Elie Ducoudray dans le XIVe arrondissement, émet le vœu que les écoles congréganistes dudit arrondissement soient immédiatement remises entre les mains d’instituteurs et d’institutrices laïcs (29 novembre 1870).

Pour les élections à l’Assemblée nationale, en Février 1871, tous les Comités électoraux républicains, radicaux et socialistes révolutionnaires insèrent dans leurs revendications « La séparation des Églises et de l’État », mot d’ordre populaire que l’on retrouve dans les déclarations des candidats aux élections de la Commune.

Dans leur séance de nuit du 23 mars 1871, les délégués de l’Association internationale des Travailleurs et de la Chambre fédérale des Sociétés ouvrières lancent un appel aux travailleurs pour les élections à la Commune et ils rappellent leurs revendications dont « l’instruction gratuite, laïque et intégrale ». On ne doit donc pas s’étonner si un des premiers décrets promulgués par la Commune est ce­lui de la séparation de l’Église et de l’État. A la séance du 2 avril 1871 de la Commune, le projet est présenté par le citoyen Pyat, au nom de la Commission exécutive. Le décret est adopté à l’unanimité (J.O. du 3 avril 1871) : « Art. 1. L’Église est séparée de l’État. Art. 2. Le budget des cultes est supprimé. Art. 3. Les biens dits de mainmorte appartenant aux congrégations religieuses, meubles et immeubles, sont déclarés propriétés nationales ». Lefrançais, élu à la Commune dans le IVe arrondissement, répond aux adversaires qui accusent la Commune de spolier les congrégations : « Quant à la reprise des biens de mainmorte, et de tous les biens appartenant aux corporations religieuses, il suffit de remonter à la source originelle de ces biens pour comprendre que le décret ne faisait que restituer à la Nation ce qui lui appartenait de droit et que détenaient indûment les corporations dépossédées ».

Les réactionnaires ne pouvaient admettre un tel décret. Il faut cependant signaler une exception : le pasteur Edmond de Pressensé, bien que profondément hostile à la Commune, reconnaît pourtant le bien-fondé du décret du 2 avril 1871 : « La séparation de l’Église et de l’État a beau avoir été proclamée par la Commune, elle n’en demeure pas moins le seul moyen effica­ce de rétablir la paix dans le monde de la pensée, d’assurer le droit des consciences, d’en finir avec les fictions religieuses, d’arracher de notre sol tout ce qui subsiste de la confusion du spirituel et du temporel ( ...). ».

De la séparation de l’Église et de l’État découle tout naturellement la laïcisation des écoles. Les délégués de la Société « L’éducation nouvelle » ont remis le 1er avril une requête aux membres de la Commune. Ils demandent que l’instruction religieuse ou dogmatique soit laissée toute entière à l’initiative et à la direction des familles et qu’elle soit immédiatement et radicalement supprimée pour les deux sexes, dans toutes les écoles, dans tous les établissements dont les frais sont payés par l’impôt (J.O. du 2 avril 1871). Le 8 avril, Rama le délégué à l’instruction communale du XVIIe arrondissement, fait savoir que les instituteurs et institutrices des écoles et salles d’asiles publiques de l’arrondissement sont invités à se conformer aux instructions suivantes : ils emploieront exclusivement la méthode expérimentale ou scientifique, celle qui part toujours de l’observation des faits, quelle qu’en soit la nature, physique, morale, intellectuelle. L’enseignement de la morale sera à la fois usuel et théorique, dégagé de tout principe religieux ou dogmatique, afin de pouvoir être donné à tous, sans blesser qui que ce soit (J.O. du 13 avril 1871). Le 28 avril, une Commission d’organisation de l’enseignement est instituée par le délégué de la Commune à l’enseignement, Edouard Vaillant.

Edouard VaillantElle est composée des citoyens André, Da Costa (père), Manier, Rama, Sanglier. Elle a pour objet : 1. D’organiser dans le plus bref délai, l’enseignement primaire et professionnel sur un modèle uniforme dans les divers arrondissements de Paris ; 2. De hâter partout où elle n’est pas encore effectuée la transformation de l’enseignement religieux en enseignement laïc (J.O. du 29 avril 18 71).

La municipalité du IIIe arrondissement avertit ses administrés congréganistes que leurs trois écoles des rues Ferdinand Berthoud, Neuve Bourg-l’Abbé et de Béarn sont à partir du 23 avril 1871, confiés à des instituteurs laïcs. Au cours du mois d’avril, les frères et les sœurs des écoles chrétiennes du XIIe arrondissement ont abandonné leur poste. Un appel est fait à tous les instituteurs laïcs pour que cet abandon soit comblé afin « d’inaugurer définitivement l’instruction laïque, gratuite et obligatoire ».

Jules Allix (1818-1897)Le 25 avril, Jules Allix, membre de la Commune et faisant fonction de maire du VIIIe arrondissement, s’adresse aux parents, aux amis de l’enseignement, aux enfants pour leur exposer la situation dans l’arrondissement. Après avoir constaté que les écoles congréganistes ont suspendu leur engagement, il jette les bases de l’école nouvelle dont les cours seront publics afin que les parents et les professeurs puissent y assister à leur gré. La Société « La Commune sociale de Paris », dont il est le fondateur, le secondera de ses lumières et de ses membres. Tous les enfants de trois à douze ans devront être bon gré, mal gré, mis à l’école immédiatement. Les enfants de cinq à sept ans devront avoir assimilé la lecture, l’écriture, le calcul et l’orthographe. Il crée une école normale de gymnastique et veut en créer d’autres pour la musique et le dessin. Jules Allix n’est peut-être pas aussi « toqué » qu’on veut bien le dire quand il avertit « que les instituteurs ne pourront sous aucun prétexte faire payer des fournitures aux élèves ». Dans le IVe arrondissement, les écoles sont exclusivement dirigées par des instituteurs et des institutrices laïcs et la municipalité veille scrupuleusement à l’aide de fréquentes inspections, à ce que tout enseignement religieux sans exception en soit complètement banni (J.O. du 12 mai 1871).

Quelques arrondissements ont négligé de procéder à la laïcisation et le 18 mai 1871, sur la proposition de la Délégation à l’Enseignement, la Commune de Paris décide « Dans les 48 heures, un état sera dressé de tous les établissements d’enseignement tenus encore malgré les ordres de la Commune par des congréganistes. Les noms des membres de la Commune, délégués à la municipalité de l’arrondissement où les ordres de la Commune relatifs à l’établissement de l’enseignement exclusivement laïc, n’auront pas été exécutés, seront publiés chaque jour dans l’Officiel » (J.O. du 19 mai 1871). La Commune entendait laïciser non seulement l’enseignement mais aussi d’autres services municipaux, tels que l’Assistance publique et les bureaux de bienfaisance. Camille Treillard, ancien proscrit de Décembre 1851, a été un bon gestionnaire de cette importante administration. Évidemment, il ne put, du jour au lendemain, remplacer les infirmières religieuses par des infirmières laïques, mais il prit des mesures pour humaniser les hôpitaux et assurer leur salubrité. Il réorganisa les bureaux de bienfaisance en leur donnant une direction exclusivement laïque.

La politique religieuse des Communards a été parfois critiquée en raison de quelques excès d’un anticléricalisme grossier, mais nous ne devons pas oublier que les auteurs du décret du 2 avril 1871 furent les hardis précurseurs des Républicains qui votèrent la Loi du 7 juillet 1904 supprimant l’enseignement congréganis­te et la Loi du 9 décembre 1905 instaurant la séparation des Églises et de l’État.

Marcel Cerf