La Seine-et-Marne pendant la Commune

samedi 7 avril 2012 

En Seine-et-Marne, les idées républicaines et socialistes sont très présentes à la fin du Second Empire, comme l’ont attesté les dernières consultations électorales, notamment dans les villes à forte population ouvrière et artisanale, et chez les ouvriers agricoles durement exploités par les grands propriétaires terriens.

Au moment de la Commune, le département est occupé par les Allemands à l’exception de ses rares communes situées sur la rive gauche de la Seine. La présence de l’occupant et la surveillance des agents de l’autorité versaillaise gênent les communications avec Paris. Cela n’empêche pas les écrits de la Commune d’arriver jusqu’à la population, comme en témoignent les rapports des autorités préfectorales cités ci-dessous, en italique : « On en trouvait partout, dans les rues et jusque dans les champs  ». Pour assurer cette diffusion le train est très largement utilisé : « Des émissaires jetaient au vent, par les portières des wagons, une quantité de proclamations aux travailleurs des champs ». Le préfet signale au gouvernement « le personnel presque entier de la gare de Montereau », notamment le chef de gare réputé comme « l’un des chefs occultes du parti démagogique  ». Le préfet requiert le déplacement du commissaire de la surveillance administrative à la gare de Montereau « que la notoriété publique désigne comme un partisan ardent de la Commune dont il approuvait hautement les actes ».

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Vue de Montereau, carte postale début du XXe siècle

Le sous-préfet de Meaux signale l’action des « femmes de mauvaise vie, mais fort bien mises, qui cachaient sous leurs jupes les placards et les collaient pendant la nuit  ». Le style de ce fonctionnaire, pour tenter de salir les femmes qui agissent en faveur de la Commune, laisse supposer sa lecture de la presse versaillaise.

Un rapport de gendarmerie signale le passage d’un aérostat qui distribue des proclamations « des travailleurs de Paris aux travailleurs des champs ». Le sous-préfet de Fontainebleau signale la présence d’un « individu » soupçonné de recruter des volontaires pour aller combattre aux côtés des insurgés parisiens. Le préfet analyse cette situation : « On sait quelles sont en général leurs tendances et à quel point les idées socialistes ont fait des progrès parmi eux… Plus on se rapproche de Paris et plus on trouve ces idées enracinées  ».

BRÈVE COMMUNE À MONTEREAU.

Le 10 avril 1871, une manifestation a lieu à Montereau au cours de laquelle on plante un arbre de la liberté surmonté d’un drapeau rouge. Les manifestants pillent une armurerie et occupent la gendarmerie. Maîtres de la ville, ils font sonner le tocsin toute la nuit. Le lendemain, l’arrivée de nombreux escadrons de gendarmerie incite les insurgés à restituer le pouvoir aux autorités préfectorales.

Sans atteindre l’importance de celle de Montereau, d’autres manifestations en faveur de la Commune de Paris ont lieu à Coulommiers, Souppes, Château-Landon et Nemours. La situation de la Seine-et-Marne pendant la Commune peut être résumée dans les propos du sous-préfet de Meaux qui estime que « tous les gens du désordre attendaient l’heure et étaient prêts à marcher, mais devant les baïonnettes prussiennes, nul n’a bougé ». Dans son langage administratif, ce fonctionnaire versaillais atteste qu’une partie importante de la population de Seine-et-Marne était acquise aux idées de la Commune.

YVES LENOIR

Maxime vuillaume et George Demenÿ, un des précurseurs du cinéma

samedi 7 avril 2012 

Dans une note du 27 juillet 1891, le savant Marey présentait à l’Académie des Sciences une réalisation de son disciple Georges Demenÿ. Cette machine figurait à la première exposition de photographie qui eut lieu au Champ de Mars en 1892.

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Chronophotographie de Georges Demenÿ

Son succès fut complet. Un diplôme d’honneur fut remis à Demenÿ. Tous les journaux en parlèrent.

Le phonoscope, portrait animé, fut breveté le 3 mars 1892. Une société en participation fut fondée le 20 décembre 1892, pour l’exploitation de cette invention. Elle prit le nom de Société générale du Phonoscope.

« Je vous dis que c’est tout ce qu’il y a de plus étonnant, écrit Maxime Vuillaume, dans Le Radical du 7 juin 1892. Bien sûr, on va en parler pas mal d’ici peu. Pour mon compte, j’éprouve la plus grande joie à saluer, un des premiers, la curieuse idée de M. Demenÿ. Un jour ou l’autre, l’industrie s’emparera de cette joyeuse invention et, ce jour-là, la photographie actuelle sera dépassée de cent coudées. Le portrait animé est certainement la photographie de demain. Allez-y voir et vous verrez que j’ai raison de vous l’annoncer. »

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Maxime Vuillaume

Maxime Vuillaume était bon prophète ; la première représentation cinématographique fut donnée par Louis Lumière, le 23 mars 1895, à la Société d’Encouragement à l’Industrie Nationale à Paris. L’auteur de Mes Cahiers Rouges ne s’était pas trompé.

MARCEL CERF

Les "typos" en 1871...

jeudi 5 avril 2012 

Lorsque l’on recherche dans divers livres les traces du passé, on trouve souvent des typos, des ouvriers du Livre dans les combats qui ont émaillé la vie de la classe ouvrière pour obtenir des réponses satisfaisantes à des revendications, mais aussi pour la liberté de s’associer, de créer des syndicats pour l’amélioration du niveau de vie, contre les brimades de toutes sortes qui avaient cours et pour une certaine idée de la démocratie.

Sous la Commune, le bureau de la Chambre syndicale typographique parisienne se cantonna dans des tâches essentiellement mutualistes, cela jusqu’en 1876 puisque les vainqueurs avaient proclamé l’état de siège. Mais, dès la proclamation de la République, un typographe nommé Brun, qui avait déjà été condamné en Juin 1848, prit l’initiative de former un corps de volontaires et, en peu de jours, mille deux cents engagements furent reçus dont cinq cents typos, d’autres s’enrôlèrent dans les francs-tireurs de la Presse mais, en Juillet 1871, on constata que bien peu étaient encore en vie. Quelle hécatombe !

Jean Allemane, qui joua un rôle important durant la Commune, fit partie des mille trois cent cinquante quatre ouvriers des Industries graphiques qui furent arrêtés. Il fut déporté en Nouvelle-Calédonie, étant condamné à perpétuité.

Jean Allemane (1843-1935)Après l’amnistie de 1880, il revint et milita dans le mouvement socialiste de l’époque et fonda, en 1890, le Parti socialiste ouvrier révolutionnaire. Député de Paris de 1906 à 1910, il fit partie de la majorité communiste au Congrès de Tours. Né en 1843, il mourut en 1935. Cet exemple confirme que les gens de la profession furent souvent à l’avant-garde dans les luttes pour le progrès social et la liberté.

Roger Bodin

Ancien secrétaire de la Chambre syndicale typographique parisienne

Le docteur Gachet, un médecin sous le second empire

samedi 7 avril 2012 

Auvers-sur-Oise (Val d’Oise) célèbre le centenaire de la mort du Dr Gachet. On connaissait le collectionneur et le mécène, ami de Cézanne et Van Gogh. Il restait à découvrir son rôle de médecin dans la Garde nationale pendant le Siège et la Commune de Paris.

Le 2 décembre 1851, lorsque survient le coup d’État de Louis-Napoléon Bonaparte, Paul Gachet est externe à l’Hôpital Sainte- Marguerite (Enfants malades) à Paris, dans le service du Professeur Trousseau. Le lendemain, il est sur les barricades pour soigner les insurgés. C’est ainsi qu’il se porte au secours du député Alphonse Baudin, médecin lui aussi, blessé mortellement sur la barricade du faubourg Saint-Antoine, située à l’angle de la rue Trousseau, qu’il défendait avec les opposants au coup d’État. Aux ouvriers qui refusaient de verser leur sang pour défendre les indemnités parlementaires des députés présents, Baudin aurait répliqué : « Vous verrez tout à l’heure comment on meurt pour 25 F par jour ! » En décembre 1854, Paul Gachet est affecté à la division des maladies mentales de l’hôpital de la Salpêtrière, à Paris. A l’asile de Charenton, il fait la connaissance d’André Gill, caricaturiste et militant de la Fédération des artistes de la Commune. Avant de sombrer dans la folie, Gill laissera une oeuvre de 2 500 dessins dont beaucoup ont été publiés dans les journaux satiriques, La Lune et L’Eclipse.

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Paul Gachet

Le Dr Gachet compte un autre caricaturiste parmi ses patients : Daumier dont il tentera d’enrayer la cécité. Après avoir rejoint la Garde nationale en 1864, Paul Gachet est élevé au grade de chirurgien aide-major et doit pour cela jurer fidélité à l’Empereur.

Pendant le Siège, il est médecin à la 2e ambulance du Grand Orient de France. En février 1871, il est affecté aux ambulances du 9e bataillon de la Garde nationale, à la porte de Flandre. Le Dr Gachet crée le Vulnéraire, un liquide antiseptique efficace dans le traitement des blessures provoquées par armes à feu ou armes blanches. Le Cri du peuple vante encore « l’élixir du Dr Gachet », dans un article du 15 octobre 1887.

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Gachet par Van Gogh

Pendant la Commune, l’aide-major Gachet est nommé médecin en chef à l’hôpital militaire Saint-Martin. Sa conduite pendant le Siège lui vaut la croix de bronze de la Société de secours aux blessés et une même distinction pour son rôle à l’ambulance du Grand Orient. Républicain, franc-maçon, humaniste, le Dr Gachet continua de soigner les malades et les blessés pendant la Commune.

JOHN SUTTON

La République de la Commune

jeudi 5 avril 2012 

Au moment où nos lecteurs recevront ce bulletin, nous serons en plein cœur d’échéances électorales importantes pour notre pays. Et dans moins d’un an, les électeurs auront à élire leurs conseils municipaux. C’est dire si la question de la démocratie est au cœur des questions dont nous avons à débattre.

Or l’apport de la Commune à la démocratie est considérable. Certes nous devons comprendre la Commune dans son contexte et dans un réseau d’héritages et d’influences ou de sensibilités très divers. En 1871, la République était loin d’être acquise et le gouvernement de Versailles était issu d’une Chambre à majorité monarchiste. Ainsi la lutte de la Commune est-elle aussi une lutte pour la République et pour les libertés essentielles (presse, réunion, manifestation, conscience...).

C’est d’ailleurs pour une grande part, qui ne lui est pas suffisamment reconnue, grâce à la Commune que la République est devenue notre régime commun. Mais pas celle dont rêvaient les Communards !

Un autre aspect particulier tient au statut de Paris, maintenu dans un rang mineur et sous la tutelle étatique, ne disposant ni d’un maire, ni d’un conseil municipal élu sous le Second Empire. La Commune est ainsi aussi une révolution pour la démocratie communale et le droit de Paris, sans que pour autant soient clairement résolus les rapports de la capitale à la nation. Cependant là encore cette idée d’autonomie n’est pas si absente de nos débats d’aujourd’hui.

Mais l’essentiel est dans l’action de la Commune. Afin de mettre en place une démocratie nouvelle, approfondie, agissante, cette action se situe à deux niveaux : la transformation des institutions et l’intervention populaire. L’une ne va pas sans l’autre. La Commune a bouleversé les modes de fonctionnement étatistes. Si elle s’appuie et compte sur les élections pour sa légitimité, elle organise son « gouvernement » de telle façon que le peuple en soit en quelque sorte toujours le maître. Les élus ne sont que les mandataires du peuple, ils ne peuvent qu’appliquer ce pour quoi ils ont été élus. Ils sont responsables devant la souveraineté populaire et révocables à tout moment. Gouvernement du peuple, la Commune compte des élus du peuple.

Aucune assemblée n’a compté un nombre aussi élevé d’ouvriers, d’employés, de très petites classes moyennes en son sein. Quand on pense qu’il n’y a dans la Chambre des députés sortante que 1 % d’ouvriers, on voit le chemin à accomplir ! Ce peuple ce sont aussi les étrangers, les femmes (encore privées du suffrage mais ô combien présentes dans la Commune). Enfin, la Commune est un État où les forces de l’ordre perdent de leur rôle oppressif : suppression de l’armée permanente et de la Préfecture de police, la Garde nationale étant la seule force chargée de l’ordre.

Ce dispositif important et que nous n’avons qu’esquissé ne prend force qu’avec une intervention populaire, qu’avec la participation du peuple dans ses clubs, dans les réunions, dans les associations, sociétés ou syndicats, par la presse ou les manifestations. Nous savons combien cette vie démocratique a été riche pendant la Commune.

Enfin, la démocratie, ce ne peut être aussi que la démocratie sociale. La Commune a largement ouvert ce chemin qui fait que le travailleur, comme le citoyen, doit bénéficier des droits du peuple. En associant réellement les syndicats à ses projets, en ouvrant des ateliers à statut associatif gérés par les travailleurs, la Commune n’a pas négligé cette dimension essentielle de la démocratie.

Au fond la réflexion sur la Commune ne fonde pas un modèle, mais elle nous permet de dégager des exigences démocratiques sur lesquelles les candidats à quelque élection que ce soit doivent s’engager. C’est le sens d’un appel que nous avons adressé aux candidats. Ainsi la Commune est-t-elle toujours plus vivante.

Jean-Louis Robert