Des communards à l’Académie française ?

vendredi 13 avril 2012 

L’origine de l’affaire, dite «  Les Trois Académicides  », se trouve dans la candidature facétieuse du poète Achille Le Roy à l’Académie française dans le but de ridiculiser cette institution de vieillards vermoulus et réactionnaires grâce à la complicité de ses amis Marius Tournadre et Maxime Lisbonne.

Achille Le Roy est un ex-communard déporté en Nouvelle Calédonie, auteur de chansons révolutionnaires, dont celle-ci, connue sous le nom de Ni dieu ni maître avec les refrains suivants : « Debout, frères de misères/Debout et plus de frontières/ Révoltons nous contre les affameurs/Pour écraser la bourgeoisie/ Et supprimer la tyrannie/ Il faut avoir du coeur/De l’énergie.  ». À noter, qu’invité en Union Soviétique en 1925, il y resta pensionn comme ancien communard jusqu’à sa mort en 1929.

Marius Tournadre, lui, s’il n’a pas participé à la Commune est un militant infatigable de la cause anarchiste dans les bassins miniers.

Enfin, on ne présente plus l’immense Maxime Lisbonne, l’un des grands chefs de guerre de la Commune et personnage incontournable des cabarets de l’époque.

Voici la lettre de candidature d’Achille Le Roy telle qu’elle fut envoyée à chacun des académiciens : « Citoyen de l’Académie et futur collègue, j’ai l’honneur de vous prévenir que, selon l’antique et immortelle coutume, je me rendrai chez vous demain, vers dix heures, pour vous présenter mes hommages respectueusement académiques.

Dans Le Petit Parisien du 4 juin 1893, on peut trouver un récit cocasse d’un épisode déjà relaté de manière succincte et erronée du néanmoins très émouvant livre de Marcel Cerf sur le colonel Maxime Lisbonne, intitulé Le d’Artagnan de la Commune. « Afin d’être plus digne de vous, je serai revêtu de mon habit couleur d’espérance et couvert de palmes académicides ; je serai en outre, accompagné de mon secrétaire perpétuel, le sympathique révolutionnaire Marius Tournadre, et escorté de mon ami Maxime Lisbonne. Croyez, citoyen et futur collègue, à mes civilités empressées. »

C’est ainsi qu’affublé d’une tunique de général bolivien, comme le montre la photo (emporté par son enthousiasme de biographe, Marcel Cerf avait remplacé Le Roy par Lisbonne… dont acte), monté dans une vieille guimbarde et suivi par une foule de fidèles, Achille Le Roy arrive à l’Académie où, si certains académiciens refusèrent de le recevoir, d’autres, plus curieux, dont Jules Claretie, auteur d’un très mauvais La Révolution de 1870/1871, purent remarquer sur la poitrine du candidat, l’insigne des « Trois-Huit » qui veut dire : «  huit heures de travail, huit heures de repos, huit heures de sommeil.  » Au duc d’Aumale absent, Le Roy laissa ce mot : «  L’Académie sera prolétarienne ou elle ne sera plus.  »

Enfin, nos trois sympathiques compères laissèrent sur place une marmite à la Ravachol chargée, non pas de poudre, mais de leurs cartes de visite. Au retour, le convoi stationna place du Panthéon sous les cris pleins d’humour de : « Vive Le Roy » et fut chargé par la police, ce qui entraîna bagarre et arrestations de nos amis.

Le journaliste couvrant cette affaire écrivit à la suite que ces visites académiques compteraient dans les annales de la blague et on peut dire, après lui, qu’elles montrent l’esprit toujours vif, enjoué, rebelle de nos communards. Mais n’est-ce pas ce qui avait avant tout séduit le tout jeune Rimbaud dans le mouvement révolutionnaire de 1871 avant qu’il décide de se perdre dans l’abrutissant Ordre Moral ?

Thierry SOLAS

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RÉFLEXION EN PROLONGEMENT DE L’ARTICLE INTITULÉ « DES COMMUNARDS À L’ACADÉMIE FRANÇAISE ? »

Le chapeau de présentation du texte indique une relation « erronée » d’un épisode évoqué rapidement
dans l’ouvrage de Marcel Cerf, Le d’Artagnan de la Commune (Le Colonel Maxime
Lisbonne)
. Episode anecdotique et postérieur de 22 ans à la Commune.
L’auteur (T.Solas) rappelle que selon un article du Petit Parisien du 4 juin 1893, l’ex-communard
Achille Le Roy s’est travesti en « général bolivien » pour briguer un siège à l’Académie Française.
Entreprise malicieuse, cela va sans dire. Une photographie montre trois « académicides » : Le Roy,
assis, est entouré de Marius Tournadre, anarchiste très actif… et de Maxime Lisbonne.

Rappelons que Lisbonne, ex-communard héroïque, comédien — aux rôles multiples — et
homme de cabaret drolatique, était spécialiste en canulars et travestissements. Par exemple, les
serveurs de sa «  Taverne du Diable  » étaient costumés, par ses soins, les uns en bagnards, les
autres en mouchards ! Autre exemple : Lisbonne aimait déambuler dans les rues, installé dans
une petite voiture peinte en rouge et tirée par deux chevaux étiques. Assis à coté de lui, un
groom, qu’il avait déguisé en forçat, était attaché au siège par une chaîne.
L’article du Petit Parisien (illustré) rapporte les faits qu’une « causerie » du Progrès illustré de
Lyon
, daté du 28 mai 1893, avait déjà relatés, « causerie » qui présente perfidement Maxime
Lisbonne, aux côtés d’Achille le Roy : « ... le citoyen Maxime Lisbonne, ancien membre de la
Commune, un de ces bohèmes forcenés et minables (sic) qui sont d’autant plus maigres que le col
de leur habit est plus gras
 ».

Réduit à l’état d’histrion famélique, l’acteur est relégué dans des coulisses glauques par le chroniqueur
Jacques Mauprat ici bien mal renseigné !
Si Marcel Cerf, historien de la Commune de Paris, en un raccourci généreux, a attribué à
Lisbonne l’accoutrement de « général bolivien  », c’est parce que le « d’Artagnan de la Commune »
était, des trois protagonistes, le seul expert en déguisements divers. Lisbonne peut être considéré,
de toute évidence, comme l’inspirateur de la bouffonnerie, Le Roy en endossant simplement
le costume. Ainsi, l’écrivain Didier Daeninckx, dont le talent créatif et la rigueur dans la recherche
historique ne sont plus à démontrer, s’amuse-t-il à enrichir cette joyeuse et loufoque aventure
dans son dernier et excellent roman, Le Banquet des affamés [1], centré sur la figure de Maxime
Lisbonne [2], Lisbonne, dont la devise était sans appel :
Saltimbanque je suis
Saltimbanque je reste.

Claudine CERF


[1Gallimard, collection Blanche.

[2Précisons que Didier Daeninckx avait déjà été inspiré par Maxime Lisbonne, dans son roman 12 rue Meckert (Gallimard, série
noire). Daeninckx vient également d’écrire un ouvrage illustré pour la jeunesse, Louise du temps des cerises : 1871, la Commune
de Paris (Editions Rue du Monde).

Les amis communards de Rodin

vendredi 13 avril 2012 

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Auguste Rodin par Félix Nadar, 1893

Rodin est issu d’un milieu de paysans normands émigrés à Paris à la faveur de l’expansion industrielle naissante. Le jeune Auguste, né en 1840 rue de l’Arbalète, passe son enfance dans le quartier St Marcel non loin des Gobelins où travaillent de nombreux artistes et déménage souvent tout en restant dans les faubourgs de la rive gauche. Myope, il s’entête à dessiner comme sa tante qui sert de modèle à un peintre à la mode, Drölling, et contre l’avis de son père devenu employé, puis commissaire à la Préfecture de police. Il fait ses premières études au quartier latin, à la « Petite École  », tenue par Lecocq de Boisbaudran, violemment opposé à l’Académie. Parmi les élèves, il y a aussi Jules Dalou, Edgar Degas, Alphonse Legros qui deviendra graveur et Arthur Barnouvin son ami.

Sa mauvaise vision l’oriente vers le modelage et, malgré le manque permanent d’argent, les artistes se retrouvent pour de longues discussions dans quelques cafés accueillants comme le café Guerbois. Ses compagnons d’atelier participent au Salon des refusés organisé par le pouvoir impérial pour justifier les choix de l’Académie.

La première oeuvre modelée du jeune Rodin est L’homme au nez cassé, buste d’un mendiant qu’il pouvait ne pas payer comme un modèle professionnel. Il se situe nettement dans ce côté réaliste de la génération de 1848 défendu par Daumier et Courbet.

En 1870, il est mobilisé comme caporal de réserve au 158e régiment de la Garde nationale, mais réformé pour mauvaise vision dès la signature de l’armistice. Employé chez le sculpteur Carrier-Belleuse depuis 1864, il rejoindra en mars 1871 à Bruxelles, traditionnelle terre d’accueil des artistes depuis David, au moment même où son ami Dalou s’engage dans la Commune.

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Buste de Jules Dalou par Rodin

Lorsque après l’amnistie des Communards, Dalou revient de Londres, le plaisir des retrouvailles, le sentiment d’avoir affaire à un héros, incitent Rodin à entreprendre en 1882 le buste de son camarade. Lors d’Entretiens sur l’Art réunis par Paul Gsell dans l’atelier de l’artiste une trentaine d’années plus tard, Rodin commente ainsi son oeuvre : «  C’est une tête fière et provocante, un cou maigre et tendineux d’enfant des faubourgs, une barbe broussailleuse d’artisan, un front crispé, des sourcils farouches d’ancien communard, un air fiévreux et rogue de démocrate irréductible.  »

Dalou n’a peut-être pas apprécié ou pas eu de quoi payer ce portrait car il resta dans l’atelier de l’artiste et se trouve de ce fait maintenant au musée Rodin.

A plusieurs reprises, Rodin parle aussi de son ami le journaliste Bazire. Or Edmond Bazire fut co-fondateur avec Prosper Lissagaray du journal L’Action qui militait pendant la Commune pour la collectivisation des moyens de production industriels et c’est cet ami qui présenta le sculpteur à Victor Hugo en vue de la réalisation de son buste. Alors qu’il y travaillait, Jules Dalou demanda à Rodin de le présenter à Victor Hugo. Ce qu’il fit volontiers pour cet ami et néanmoins rival, mais Hugo «  étant mort peu après, Dalou ne put faire son buste que d’après une empreinte prise sur le visage du défunt », raconte Rodin. Au fil du temps leur amitié se perdit, leur vision des choses continuant à évoluer différemment, ils ne se parlaient plus et Rodin, ambigu, déclare dans la même série d’entretiens : « Dalou était un grand artiste, et plusieurs de ses sculptures sont d’une superbe allure décorative qui les apparente avec les plus beaux groupes de notre dix-septième siècle. Il n’eût jamais produit que des chefs-d’œuvre s’il n’avait eu la faiblesse d’ambitionner une situation officielle. Il aspirait à devenir le Le Brun de notre République, et comme le chef d’orchestre de tous les artistes contemporains. Il est mort avant d’y parvenir. Si Dalou était toujours demeuré dans son atelier à poursuivre paisiblement son labeur, il aurait sans doute enfanté de telles merveilles que la beauté en aurait soudain éclaté à tous les yeux, et que le jugement universel lui aurait peut-être décerné cette royauté artistique à la conquête de laquelle il usa toute son habileté. Son ambition ne fut pourtant pas entièrement vaine, car son influence à l’Hôtel-de-Ville nous a valu l’un des plus augustes chef-d’œuvre de notre temps. C’est lui qui, malgré l’hostilité non déguisée des commissions administratives, fit commander à Puvis de Chavannes la décoration de l’escalier du préfet ».

Il y a indéniablement, au-delà du réalisme commun aux deux artistes, des différences esthétiques et plus probablement encore politiques.

C’est aussi par l’intermédiaire de Bazire, secrétaire de La Marseillaise, puis de L’Intransigeant que Rodin entra en relation avec Henri Rochefort qui était le directeur de son journal. Avec lui, pas de rivalité d’artiste. Rodin ne tarit pas d’éloges : « C’était un enchantement de l’entendre tant il avait de verve joyeuse, mais il ne pouvait rester immobile un seul instant. Il me reprochait plaisamment ma conscience professionnelle. Il disait en riant que je passais tour à tour une séance à ajouter une boulette de glaise et une autre à la retirer  ».

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Buste d’Henri Rochefort par Rodin

Alors que Paul Gsell et Rodin se trouvent devant le buste d’Henri Rochefort, l’artiste cache d’une main sa coiffure en toupet et de l’autre sa barbiche, et demande : « — Quelle impression vous produit-il ainsi ? — On dirait un empereur romain. — C’est précisément ce que je voulais vous faire dire. Jamais je n’ai retrouvé le type latin classique aussi pur que chez Rochefort  ».

Alors que l’histoire de l’art n’ignore presque plus rien concernant les oeuvres et les biographies des plus grands artistes du XIXe siècle, il reste à mettre en lumière les amitiés et surtout les débats qui ne sont pas qu’esthétiques dans le milieu artistique. Qui se souvient que le brave père Tanguy, marchand de couleurs à Paris, qui faisait crédit aux artistes démunis était un ancien communard ? Les fulgurantes avancées théoriques de la Fédération des Artistes ont déchaîné l’imaginaire et l’audace qui ont permis l’invention artistique sur plusieurs générations.

Eugénie DUBREUIL

Le Mont-de-Piété

mardi 10 avril 2012 

La gestion du mont-de-piété [1] fut une des préoccupations essentielles des communards qui lui ont consacré beaucoup de temps dans leurs délibérations.

Sous le Second Empire, la majorité des ouvriers avaient régulièrement recours à cette institution — que l’on appelait « ma tante » depuis qu’un prince, pour se disculper d’avoir engagé sa montre, avait dit à la reine Marie-Adélaïde de l’avoir laissée chez sa tante — où ils engageaient linge, vaisselle, meubles, etc… Au printemps 1871, on évaluait à près de deux millions le nombre des articles déposés.

Parmi les mesures d’urgence adoptées par le Comité central, figurait un texte rapportant l’arrêté relatif à la vente des objets engagés au mont-de-piété et l’un des tout premiers actes de la Commune fut de confirmer cette suspension par un décret publié au Journal Officiel du 30 mars.

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Mont-de-Piété

Devant la pression exercée par les nombreux nécessiteux ne se contentant pas de cette mesure et demandant la restitution de leurs biens, la Commune engagea une assez longue discussion sur ce sujet.

Au JO du 1er mai, paraissait un long rapport de la Commission du travail et de l’échange présentant un historique de l’usure et de l’institution des monts-depiété. Ce rapport notait que ces institutions avaient « une corrélation intime avec les bureaux de bienfaisance, l’administration des hospices, les caisses d’épargne, la société du prince impérial » et que «  ces cinq organes de la charité publique faisaient entre eux des virements de fonds journaliers. » Il indiquait que le mont-de-piété détenait un nombre considérable de gages sur lesquels il avait prêté une somme de 38 millions représentant une « valeur réelle  » de 180 millions, «  la moyenne du prêt ne dépassant pas le cinquième de la valeur de l’objet déposé.  »

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Le Mont-de-Piété

La liquidation des monts-de-piété posait donc d’énormes problèmes. Le décret publié au JO à la suite de ce rapport en adopta cependant le principe, accompagné des dispositions nécessaires à sa mise en oeuvre (qui n’aura pas lieu) par un « syndicat de liquidation. »

Quelques jours plus tard, un décret publié au JO du 7 mai prévoyait que « toute reconnaissance du mont-de-piété antérieure au 25 avril portant engagement d’effets d’habillement, de meubles, de linge, de livres, d’objets de literie, d’instruments de travail ne mentionnant pas un prêt supérieur à la somme de 20 f pourra être dégagée gratuitement à partir du 12 mai. » [2]

L’exécution de cet arrêté, donna lieu à des tirages au sort des objets à restituer au cours de plusieurs journées marquées par une grande affluence. Ces opérations, qui portèrent sur une faible partie des 900 000 articles entrant dans le champ du décret et représentant une valeur d’environ 10 millions, furent interrompues par l’entrée des troupes versaillaises dans Paris.

RENÉ BIDOUZE


[1Extrait du livre de René Bidouze : 72 jours qui changèrent la cité pages 134-135 – Le Temps des cerises

[2La même mesure avait été prise par le gouvernement de la Défense nationale sur la base de 15 f. La Commune, qui avait initialement envisagé de dégager les objets jusqu’à concurrence de 50 f, avait dû, après de longs débats sur les indications détaillées fournies par Francis Jourde, se résoudre à ramener le chiffre à 20 f.

Les Communardes pionnières du féminisme

jeudi 12 avril 2012 

La Galerie des bibliothèques [1], à Paris, a présenté jusqu’au 13 mars l’exposition « Photos, femmes, féminisme  », évoquant 150 ans de l’histoire des femmes (1860-2010) à travers 200 photos issues des collections de la Bibliothèque Marguerite Durand, qui possède un fonds important sur les femmes et la Commune.

« On ne sait rien de l’admirable activité des femmes, et même les féministes ignorent les trois-quarts de ce qu’ont fait, dans tous les ordres de préoccupations humaines leurs aïeules, leurs mères… ou leurs contemporaines  », écrivait Marguerite Durand, dans les colonnes du journal Le Quotidien, en 1931.

Quelques jours après la parution de cet article, elle fit don de ses collections à la Ville de Paris, fondant ainsi la première bibliothèque féministe officielle. Militante pour le droit des femmes à la Belle époque, Marguerite Durand fonda le journal La Fronde, entièrement rédigé, composé et administré par des femmes. Les Frondeuses se battaient pour le droit de vote des femmes, pour leur éducation et pour l’instauration d’un congé maternité. Outre l’évocation d’André Léo dans la chronologie, une partie de l’exposition est consacrée aux « Femmes engagées, de la Commune aux années MLF ».

Elle est illustrée de plusieurs photographies de communardes, notamment celle de Louise Michel, réalisée par le photographe « versaillais » Eugène Appert. La légende semble extraite de son dossier de police : « Institutrice, ambulancière et combattante, d’abord au 61e C. mais toujours aux avant postes : Issy, Clamart, les Hautes Bruyères avec Eudes, La Cecilia, Dombrowski. À la défaite, ne se cache pas, est prise par les Versaillais et condamnée à la déportation.  »

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Joséphine Marchais, blanchisseuse
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Léontine Suetens
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Hortense David

Les photos d’autres insurgées moins célèbres figurent également dans l’exposition, dont celles de deux blanchisseuses : Joséphine Marchais et Léontine Suétens, et d’une brossière : Hortense David. La première fut prise les armes à la main et déportée à Cayenne. Léontine Suétens participa aux combats à Neuilly, Issy, Vanves et Levallois-Perret et fut blessée deux fois. Quant à Hortense David, vêtue d’un uniforme de la Marine, elle tirait au canon à la barricade de la rue Royale. Son adresse et son courage lui valurent d’être portée en triomphe par ses camarades à l’Hôtel de Ville. Ces clichés d’Eugène Appert ont servi à l’identification et au contrôle des communards, mais ils étaient aussi destinés à la vente dans les boutiques des photographes. Des images devenues des icônes révolutionnaires pendant plus d’un siècle.

JOHN SUTTON


[1Galerie des bibliothèques : 22 rue Malher, Paris IVe. Tél : 01 44 59 29 60. Du mardi au dimanche de 13 h à 19 h.

LA SEINE-ET-MARNE PENDANT LA COMMUNE

samedi 7 avril 2012 

En Seine-et-Marne, les idées républicaines et socialistes sont très présentes à la fin du Second Empire, comme l’ont attesté les dernières consultations électorales, notamment dans les villes à forte population ouvrière et artisanale, et chez les ouvriers agricoles durement exploités par les grands propriétaires terriens.

Au moment de la Commune, le département est occupé par les Allemands à l’exception de ses rares communes situées sur la rive gauche de la Seine. La présence de l’occupant et la surveillance des agents de l’autorité versaillaise gênent les communications avec Paris. Cela n’empêche pas les écrits de la Commune d’arriver jusqu’à la population, comme en témoignent les rapports des autorités préfectorales cités ci-dessous, en italique : « On en trouvait partout, dans les rues et jusque dans les champs  ». Pour assurer cette diffusion le train est très largement utilisé : « Des émissaires jetaient au vent, par les portières des wagons, une quantité de proclamations aux travailleurs des champs ». Le préfet signale au gouvernement « le personnel presque entier de la gare de Montereau », notamment le chef de gare réputé comme « l’un des chefs occultes du parti démagogique  ». Le préfet requiert le déplacement du commissaire de la surveillance administrative à la gare de Montereau « que la notoriété publique désigne comme un partisan ardent de la Commune dont il approuvait hautement les actes ».

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Vue de Montereau, carte postale début du XXe siècle

Le sous-préfet de Meaux signale l’action des « femmes de mauvaise vie, mais fort bien mises, qui cachaient sous leurs jupes les placards et les collaient pendant la nuit  ». Le style de ce fonctionnaire, pour tenter de salir les femmes qui agissent en faveur de la Commune, laisse supposer sa lecture de la presse versaillaise.

Un rapport de gendarmerie signale le passage d’un aérostat qui distribue des proclamations « des travailleurs de Paris aux travailleurs des champs ». Le sous-préfet de Fontainebleau signale la présence d’un « individu » soupçonné de recruter des volontaires pour aller combattre aux côtés des insurgés parisiens. Le préfet analyse cette situation : « On sait quelles sont en général leurs tendances et à quel point les idées socialistes ont fait des progrès parmi eux… Plus on se rapproche de Paris et plus on trouve ces idées enracinées  ».

BRÈVE COMMUNE À MONTEREAU.

Le 10 avril 1871, une manifestation a lieu à Montereau au cours de laquelle on plante un arbre de la liberté surmonté d’un drapeau rouge. Les manifestants pillent une armurerie et occupent la gendarmerie. Maîtres de la ville, ils font sonner le tocsin toute la nuit. Le lendemain, l’arrivée de nombreux escadrons de gendarmerie incite les insurgés à restituer le pouvoir aux autorités préfectorales.

Sans atteindre l’importance de celle de Montereau, d’autres manifestations en faveur de la Commune de Paris ont lieu à Coulommiers, Souppes, Château-Landon et Nemours. La situation de la Seine-et-Marne pendant la Commune peut être résumée dans les propos du sous-préfet de Meaux qui estime que « tous les gens du désordre attendaient l’heure et étaient prêts à marcher, mais devant les baïonnettes prussiennes, nul n’a bougé ». Dans son langage administratif, ce fonctionnaire versaillais atteste qu’une partie importante de la population de Seine-et-Marne était acquise aux idées de la Commune.

Yves LENOIR