Les Tuileries

 

Après l’incendie, la plupart des murs sont encore bons, les façades, les escaliers, la chapelle sont intacts. La restauration est possible. Mais en 1882, la Chambre des députés vote sa démolition.

Dans les premiers mois de 1883, le palais est complètement rasé et les morceaux vendus et dispersés un peu partout en Ile-de-France, dans les jardins parisiens et jusqu’en Corse où le duc Pozzo di Borgo se servira des pierres pour construire son château à côté d’Ajaccio.

"Le Figaro" acheta les marbres et en fabriqua des presse-papiers pour ses abonnés.

“Peuple ! L’or qui ruisselle sur ces murs, c’est ta sueur ! Assez longtemps tu as alimenté de ton travail, abreuvé de ton sang, ce monstre insatiable : la monarchie.

Aujourd’hui, la Révolution t’a fait libre : tu rentres en possession de ton bien ; ici tu es chez toi, mais reste digne, parce que tu est fort et fait bonne garde pour que les tyrans ne rentrent jamais.”

Affiché par la Commune dans les salles des Tuileries

Les Elections du 26 Mars 1871

 

Dans les huit jours qui séparent le 18 mars 1871 de l’élection à la Commune, le Comité Central de la Garde Nationale, émanation du peuple en armes, fait fonctionner les services publics laissés à l’abandon.

Dans ses proclamations pour la préparation aux élecitons de la Commune, le Comité Central définit clairement les conditions de l’exercice d’une véritable démocratie directe :

« Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables. »

« Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se trouvent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais seulement alors, on ne pourra plus étrangler la république. »

La veille du scrutin, les membres du Comité Central prodiguent leurs ultimes conseils aux électeurs parisiens :

« Ne perdez pas de vue que les hommes qui vous serviront le mieux sont ceux que vous choisisez parmi vous, vivant de votre propre vie, souffrant des mêmes maux. Défiez-vous autant des ambitieux que des parvenus ; les uns comme les autres ne consultent que leur propre intérêt et finissent toujous par se considérer comme « indispensables »(...) « Nous sommes convaincus que, si vous tenez compte de ces observations, vous aurez enfin inauguré la véritable représentation populaire, vous aurez trouvé des mandataires qui ne se considèreront jamais comme vous maîtres. »

Les conseils donnés aux électeurs du 26 mars 1871 sont plus que jamais valables pour les citoyens qui voteront aux élections municipales de l’an 2001. Et, heureux présage, le deuxième tour se tiendra sous les auspices du 130ème anniversaire de la Révolution du 18 mars.

La Commune de Paris

 

Une œuvre toujours au cœur de l’actualité

La Commune demeure ensevelie sous une chape de silence, bien qu’elle soit ou plutôt parce qu’elle est porteuse de valeurs, valeurs battues en brèche par les héritiers de ceux qui massacrèrent les Communards.

Une révolution ouvrière

L’insurrection communarde naît d’un sursaut patriotique contre la faillite, voire la trahison, des équipes dirigeantes durant la guerre franco-prussienne de 1870-1871, et d’un puissant réflexe républicain contre les périls d’une restauration monarchique. Comme le proclame le Journal officiel du 21 mars 1871, " Les prolétaires de la capitale, au milieu des défaillances et des trahisons des classes gouvernantes, ont compris que l’heure était arrivée pour eux de sauver la situation en prenant en main la direction des affaires publiques. " Cette révolte, réponse à la provocation de Thiers du 18 mars, se transforme en révolution ouvrière.

Ouvrière par la masse de ses combattants (84% des Communards arrêtés sont des travailleurs manuels), par le fort pourcentage d’ouvriers (environ 30%) au sein du Conseil général de la Commune, par la constante pression exercée du dehors, enfin par sa législation sociale. Mais cette classe ouvrière est fille de son temps, d’un capitalisme en pleine ascension, intermédiaire donc entre l’artisanat sans-culotte et le prolétariat d’usine, une classe ouvrière adolescente, mal structurée, se lançant " à l’assaut du ciel ". Cette hétérogénéité, jointe à sa naissance spontanée du 18 mars, explique largement l’inexpérience, l’isolement, les rivalités paralysantes de la Commune, mais aussi sa diversité foisonnante (néo-jacobins, proudhoniens, néo-proudhoniens, blanquistes, bakounistes, marxistes, francs-maçons...), source d’un héritage pluriel.

La démocratie citoyenne

Au nom de la souveraineté populaire et dans le droit fil de la Constitution de 1793, la Commune engendre une vraie démocratie. Le Comité central de la Garde nationale, installé à l’Hôtel de Ville depuis la soirée du 18 mars, précise, dans son appel du 22 mars aux électeurs, sa conception de la démocratie : " Les membres de l’assemblée municipale, sans cesse contrôlés, surveillés, discutés par l’opinion, sont révocables, comptables et responsables " ; et, le 24 mars : " Quand nous pourrons avoir les yeux partout où se traitent nos affaires, partout où se préparent nos destinées, alors, mais alors seulement, on ne pourra plus étrangler la République. "

Les élus de la Commune, révocables, corsetés par un mandat impératif, demeurent sous la férule d’un véritable " ministère des masses " : chambres syndicales, clubs, comités de femmes, presse maintiennent une forte pression, à laquelle convie le club Nicolas-des-Champs : " Peuple, gouverne-toi toi-même par tes réunions publiques, par ta presse ; pèse sur ceux qui te représentent ; ils n’iront jamais trop loin dans la voie révolutionnaire. " Lorsque les ouvriers boulangers, obtenant la suppression du travail de nuit, se rendent à l’Hôtel de Ville remercier la Commune, ils sont vertement tancés par le journal Le prolétaire : " Le peuple n’a pas à remercier ses mandataires d’avoir fait leur devoir [...] Car les délégués du peuple accomplissent un devoir et ne rendent pas de services. "

Donc une démocratie au sens étymologique du terme (démo = peuple ; kratos = pouvoir), le gouvernement du peuple par le peuple et pour le peuple, la démocratie la plus authentique qui ait jamais existé à travers l’histoire, une démocratie directe reposant sur une citoyenneté active, à l’échelle, il est vrai d’une ville et durant une soixantaine de jours. Mais quelle remise en cause de la délégation du pouvoir et de la bureaucratie !

Cette souveraineté populaire, pleinement assumée, s’inscrit fort bien dans la filiation de la Constitution de 1793, qui proclamait " le droit à l’insurrection " comme " le plus sacré des droits et le plus imprescriptible des devoirs ".

Prémisses de l’autogestion

La démocratie s’étend à l’entreprise. L’atelier de réparation d’armes du Louvre se dote d’un règlement autogestionnaire : chaque atelier élit, pour quinze jours, au conseil de direction, un ouvrier chargé de transmettre les réclamations et d’informer ses camarades des décisions prises. Dans l’orbite des chambres syndicales ou de comités de l’Union des Femmes surgissent de nombreux ateliers coopératifs. Cette pratique inspire le décret du 16 avril, prévoyant la remise en marche par les ouvriers associés des ateliers que leurs patrons ont désertés.

Vers l’émancipation féminine

Constituant vital de cette démocratie directe, les femmes. Elles sont sur le devant de la scène depuis le 18 mars (Louise Michel à Montmartre). Jules Vallès, dans Le Vengeur du 12 avril 1871, décrit avec enthousiasme : " J’ai vu trois révolutions, et, pour la première fois j’ai vu les femmes s’en mêler avec résolution, les femmes et les enfants. Il semble que cette révolution est précisément la leur et qu’en la défendant, ils défendent leur propre avenir. "

Est alors créé le premier mouvement féminin de masse, l’Union des Femmes, qu’animent Elisabeth Dmitrieff, aristocrate révolutionnaire russe de 20 ans, et Nathalie Le Mel, une bretonne de 45 ans, ouvrière relieuse.

Après des siècles de phallocratie, balayant son dernier avatar en date, le proudhonisme (adepte de la femme au foyer), dont plusieurs de ses membres pourtant se réclament, la Commune ouvre une brèche vers la libération des femmes. Les projets d’instruction pour les filles visent à affranchir les femmes des superstitions et de l’emprise de l’Eglise, considérée comme l’âme de la contre-révolution. Les femmes obtiennent à travail égal, salaire égal , et créent de nombreux ateliers autogérés. Dans quelques quartiers les élus appartenant à l’Internationale associent des femmes à la gestion municipale. En cette époque où règne, étouffant, " l’ordre moral ", la Commune officialise l’union libre, conférant à la famille constituée hors mariage (concubins, enfants naturels) sa première reconnaissance légale. Enfin, la Commune bannit la prostitution considérée comme une forme de " l’exploitation commerciale de créatures humaines par d’autres créatures humaines. "

Durant la Semaine sanglante, les femmes combattent sur les barricades, à l’image de Jeanne-Marie que glorifie Arthur Rimbaud, et de Louise, l’infirmière de la Fontaine-au-Roi, à qui J. B. Clément dédie Le Temps des Cerises.

Ce rôle pionnier des Communards suscite la haine des Versaillais, qui forgent le mythe des " pétroleuses ". Et Alexandre Dumas fils, auteur de La Dame aux Camélias, ose écrire : " Nous ne dirons rien de leurs femelles par respect pour toutes les femmes à qui elles ressemblent quand elles sont mortes. "

Les étrangers

Dans notre monde gangrené par le racisme, la xénophobie, le nationalisme, la Commune incarne la devise que Marx avait inscrite au bas du Manifeste communiste de 1848 : " Prolétaires de tous les pays, unissez-vous ! "

Nombreux sont les étrangers qui participent à la Commune : les travailleurs immigrés, nombreux, surtout Belges et Luxembourgeois, les Garibaldiens et les révolutionnaires qui cherchaient asile dans le pays incarnant les Droits de l’homme. Fait unique dans l’histoire mondiale, plusieurs étrangers occupent une place dirigeante. Un juif hongrois, ouvrier bijoutier, Léo Frankel, siège au Conseil général de la Commune. La commission des élections, le 30 mars 1871, valide ainsi son élection : " Considérant que le drapeau de la Commune est celui de la République universelle ; considérant que toute cité a le droit de donner le titre de citoyen aux étrangers qui la servent [...], la commission est d’avis que les étrangers peuvent être admis, et vous propose l’admission du citoyen Frankel.. " Léo Frankel est promu ministre du Travail et inspire toute l’œuvre sociale de la Commune. Des généraux polonais, Dombrowski et Wrobleski, assument des commandements militaires. Elisabeth Dmitrieff dirige l’Union des Femmes.

En retour, la Commune est entourée, durant son existence et après sa défaite, de la solidarité agissante du mouvement ouvrier international.

Une œuvre très novatrice

Bien que bornée par le temps et absorbée par les impératifs militaires, l’œuvre de la Commune est d’une richesse foisonnante.

La Commune entend réaliser l’aspiration du mouvement ouvrier français du XIXe siècle : " l’émancipation des travailleurs par les travailleurs eux-mêmes ". Fidèle à la Constitution de 1793, qui assignait à la société politique l’objectif d’établir " le bonheur commun ", la Commune se veut " la Sociale ". Répondant aux aspirations populaires, elle abolit le travail de nuit, interdit les amendes et retenues sur les salaires, combat le chômage, interdit l’expulsion des locataires (par ailleurs exonérés des termes encore dus), exerce un droit de réquisition sur les logements vacants.

L’armée est remplacée par la Garde nationale, c’est-à-dire le peuple en armes, élisant ses officiers et sous-officiers.

La Commune établit la gratuité de la justice, la liberté de la défense, supprime le serment politique des fonctionnaires et magistrats, eux aussi élus et révocables.

Les Églises séparées de l’Etat, la Commune instaure l’école laïque, gratuite et obligatoire, crée un enseignement professionnel, y compris pour les filles, et entame une réforme de l’enseignement. Pour en débattre démocratiquement, se réunissent dans plusieurs écoles instituteurs, parents d’élèves et membres de la Société pour l’Education nouvelle (soucieuse de rénover l’enseignement).

La Commune est aussi pionnière de l’éducation populaire. Elle instaure des cours publics, que Louise Michel évoquera avec enthousiasme : " Partout les cours étaient ouverts, répondant à l’ardeur de la jeunesse. On y voulait tout à la fois, arts, sciences, littérature, découvertes, la vie flamboyait. On avait hâte de s’échapper du vieux monde. " La Commune rouvre bibliothèques, musées, théâtres. Les concerts donnés aux Tuileries sont très prisés. Dans cet épanouissement de la culture populaire, un rôle important est dévolu à la Fédération des Artistes (avec Courbet, Daumier, Manet, Dalou, Pottier...), qui place en tête de son programme " la libre expansion de l’art, dégagé de toute tutelle gouvernementale et de tous privilèges ".

Tout, certes, n’est point réalisé. Mais que d’anticipations !

La Commune n’est pas morte !

La répression est féroce, à la mesure de la peur et de la haine des classes dirigeantes : 25 000 à 30 000 massacrés (dont femmes et enfants), 36 000 prisonniers, 4586 déportés en Nouvelle-Calédonie.

Et pourtant, comme le chante Eugène Pottier,
" Tout ça n’empêch’pas, Nicolas,
qu’la Commune n’est pas morte "

Victor Hugo exprime la même pensée : " Le cadavre est à terre, mais l’idée est debout. "

Dans le court terme, le spectre de la Commune hante les " réalistes " (tel le Versaillais en chef, Thiers) et, par là, contribue à faire échouer les tentatives de restauration monarchique. Comme le prévoyait Jules Vallès : " Avec nos fusils d’insurgés, nous avons calé la République. " Sans parler des futures réalisations de la IIIe République, en premier lieu, la laïcité de l’école, longtemps propre à la France.

Mais surtout, comme la Révolution française, la Commune constitue un événement fondateur. Elle inspire le mouvement ouvrier international, de la Commune de Carthagène en 1873 à la Révolution russe de 1917, à la Révolution spartakiste, à la Commune de Canton de 1927 et à la révolte du Chiapas aujourd’hui. Elle marque en profondeur tout le mouvement ouvrier français de la fin du XIXe et du XXe siècle, élément de ses spécificités. Elle hante encore la genèse du Front populaire, la Résistance et mai 1968, nos combats d’aujourd’hui et demain.

L’œuvre de la Commune demeure d’une extraordinaire actualité parce que, viscéralement démocratique, elle a su, dans les termes de son époque, poser et essayer de résoudre des problèmes qui nous tenaillent toujours. Certes, à temps nouveaux, solutions neuves. Si jamais l’histoire ne se répète, un peuple sans mémoire est un peuple sans avenir.

Dans notre univers inégalitaire, inhumain, dominé par le pouvoir de l’argent, prônant le culte de la réussite individuelle, et où le ventre de la " bête immonde " engendre toujours racisme, xénophobie, fanatisme, redonnons chair et vie au triptyque gravé de façon très formaliste au fronton de nos édifices publics : Liberté, Égalité, Fraternité.

L’association des Amis de la Commune de Paris, héritière de La Fraternelle créée par les Communards à leur retour d’exil, a pour but de faire fleurir son héritage, si fécond pour nos combats d’aujourd’hui et de demain.

Texte de Claude Willard, président de l’association "Les Amis de la Commune de Paris".

La Commune de Paris (English)

 

This text was originally notes for a talk on the Paris Commune of 1871 so it may be a bit unclear in parts. The Commune was the first revolution where the working class played a central role and sought to change society for the better.

In 1871 France went to war with Prussia and was defeated. The head of the national government was Adolphe Thiers, he had negotiated the details of the peace with Prussia. After doing this he was faced with the problem of regaining control of Paris, of convincing the city that the war with Prussia was over and of disarming the National Guard. Thiers has only twelve thousand troops left after the truce to do this with against several hundred thousand national guards.

He had no time. The rural majority in the Assembly was moving from Bordeaux where it had held its first meetings to be clear of the Prussians, to Versailles, close to Paris.

The Prussians were still occupying Northern France, as security for the payment of the war indemnity which France had agreed to pay as a condition of peace. In order to be able to pay the first instalments on this indemnity and so to secure the evacuation of northern France by the Prussian troops , the French government would need to raise loans. Money could only be raised however is the public had confidence in the new government. Thiers’s principal problem was, therefore , the restoration of confidence. Order would have to be re-established, shops opened up, business resumed and life returned to normal. Above all, since Paris was the heart of the nation, Paris would have to be brought under the control of the National government.

Paris however was defiant. It would not accept a Prussian victory. This meant it was not pleased with the government that had capitulated to the Prussians. Patriotic resentment of the French defeat inevitably meant resentment of the new government at Versailles. The Paris National Guard remained on alert, ready to resist any forcible entry on the Prussians into Paris. Cannons left over from he siege of Paris were taken to various parts of Paris. In the end it was those cannons taken to working class districts that became the critical issue. As Thiers said afterwards businessmen were going around repeating constantly that financial operations would never be started up again until all those wretched were finished off and their cannons taken away.

It was the governments attempt to capture the National Guard’s guns early on the morning of Saturday, that sparked of the revolution. The plan was to occupy strategic points throughout the city, capture the guns and arrest known revolutionaries. Thiers himself and some of his ministers went to Paris to supervise the operation. At first, Paris being asleep all went well. But soon crowds began to collect jeering at the soldiers. The National guard began to turn out, not in support of the government but not really knowing what to do. The regular troops still waiting for transport to arrive to cart the guns away began to find themselves out numbered. Events first took a serious turn at Montmartre when the troops refused to fire on the crowd and instead arrested their own commander, who was later shot. Elsewhere in the city officers found they could no longer rely on their men, and in the early afternoon Thiers decided to abandon the capital. Jumping into a waiting coach he scribbled an order for the complete evacuation of the army to Versailles and summoned the rest of his ministers to follow him. The retreat of the army to Versailles was chaotic. The troops were insubordinate to their officers and it was only the gendarmes who could keep some kind of order. So hasty was the withdrawal that several regiments were forgotten and left stranded on Paris (20 thousand). The officers were taken prisoners, while some 1,500 men left behind with no orders just sat out the period of the commune. The government has abandoned the city.

By 11.00 that night the Central committee of the National Guard finally mustered up enough members and enough courage to take-over the abandoned Hotel de Ville, while other National Guard commanders and men occupied the remain in public buildings in the capital.

It was the Blanquests who had finally taken the initiative when Brunell led the hesitant Bellevois (head of National Guard committee) into the deserted Hotel de Ville. When the central committee at last arrived in the Hotel de Ville there was great confusion , national guards and soldiers were wandering everywhere and no one had the authority to lead. This revolution was a spontaneous uprising throughout the capital, there having being no central direction by any of the various National Guard committees.

The Duval, Eudes, Brunel and all the Montmartre committee were for marching on Versaille, however the Blanquests were not listened to. The insurgents found Paris open for the taking, but the main concern of the National Guard Central committee was to legalise it’s situation by divesting itself of the power that had so unexpectedly fallen into its hands. Instead therefore of following up the rout of the army by marching on Versailles as the Blanquists had urged the Committee entered into the negotiations with the only constitutional body left in the city the Mayors to arrange the holding of the elections. As one communard asked on voting day What does legality mean at a time of revolution This search for a return to legality brings out the moderation of the revolutionaries so far. Many of the members of the Central Committee felt that events had outstripped them. As one of them said that evening we did not know what to do ; we did not want possession of the Hotel de ville we wanted to build barricades. We were very embarrassed by our authority . It was left to the bohemian literary figure of Edourard Moreau, to persuade the central committee amidst shouts of ’Long live the commune’ to remain in occupation of the Hotel de Ville at least for a few days until municipal elections could be held.

8 days later Paris wide elections were held with 227,000 votes being cast. This was only half the total on the electoral registers but these dated back to before the war, since when there had been a big reduction in the population. This exodus worked to the advantage of the more working class areas as it was mainly the more wealthier sections that had left. So also did the proportional system of representation adopted by the Central committee which gave more representation to the densely populated working-class districts than the previous system. The results showed an overwhelming swing to the left, only about 15 to 20 moderate republican being elected and they soon resigned.

The most solidly working class districts were the most strongly pro-communard. The list of the Vigilance committees which had attracted only a small proportion of voters in the national election a month ago now found itself in the majority. This was not because of a sudden rush of converts to the ’revolutionary socialist position’, but because the republican majority in Paris was now willing to vote for the commune as a defensive vote against Thiers and the monarchist National Assembly at Versailles. In the working class districts the victory had a more precise meaning, something, it was now hoped would now be seriously done to favour those previously excluded from government.

The commune was formally installed in the Hotel de Ville two days later in the glorious spring sunshine of Tuesday, 28 March. The national Guard battalions assembled, the names of the newly elected members were read out , as, wearing red, they lined up on the steps of the Hotel de Ville under a canopy surmounted by a bust to the republic. On high the red flag was flying as it had done ever since 18 March and guns saluted the proclamation of the Paris Commune.

The composition of the Commune

The commune finally numbered 81 members, the average age was 38, five members being over 60. Raoul Rigault, the communes head of police was at 25 the youngest of 15 in their twenties, eighteen more having just turned 30.

The members of the Commune lacked political experience. Their debates were often rambling, matters being dropped rather that pushed to a decision and entirely unrelated points were raised and then persued. Their caused considerable personal acrimony and eventually this lead to a split. The commune as a whole lacked political direction. This was especially serious because it had to win a civil war in order to survive at all. It was on questions such as education or the reform of working conditions that because of the trade union experience of some of its members the commune showed to its best effect.

Blanqui, as an experienced revolutionary might just have provided some political cohesion but he had been picked up by police and spent the second revolution of his lifetime in prison. Charles Delescluze was the most notable political figure from the past to sit on the commune. He had been a radical Jacobean figure in the 1848 revolution until forced into exile and was imprisoned when he tried to return secretly. However years on Devil’s Island had ruined his health. He could only speak in a croaking voice and stayed above the personal struggles and quarrels of the commune until called upon to play a dignified but doomed role at the end, walking deliberately to his death on a barricade at what is today is the Place de la Republic.

18 members of the commune came from middle class backgrounds from which they had extricated themselves during their school and student days. In all some 30 members of the commune can be classed as from the provinces, half of them being journalists on republican papers. The rest included 3 doctors, only 3 lawyers, three teachers, one vet, one architect and 11 who had been in commerce or working as clerks.

About 35 members were manual workers or had been before becoming involved in revolutionary politics. These were mainly craftsmen in the small workshops that made up the long established trade centres of the capital. Typical of his group were copper bronze and other metal workers, carpenters, masons house decorators and bookbinders. What is striking is how few came from the new heavy industries that had grown up on the outskirts of Paris. In the whole workers in the new large scale industries in the factories and suburbs of Paris had not yet formed their own ways of organisation and combat. It seems that the local leadership as it had developed felt too unsure of itself, too unsuited to play a more important role on a wider scale. This they left to militants from other more petty bourgeois districts.

About 40 members had been involved in the French Labour movement and most of them had joined the international. Their experience in trade unions and workers association had made them suspicious of political power and this gave their thinking an anarchist tinge (more in the tradition of Proudhon rather than Mikhail Bakunin). About a dozen members of the commune were Blanquists. Their main hope was to save the revolution by getting Blanqui released, either by helping him escape in exchange for hostages... the Archbishop of Paris being the most notable.

The Commune was installed on the 28th of March and on the 2nd of April Thiers troops began to attack. At first the Commune met in secret on the ground that it was a ’council of war’ however secrecy was not what was expected of a general assembly. The Central Committee of 20 districts, the International and some of the popular clubs all pressed the commune to make its sessions public. Following this pressure the Commune did agree to the publication of its debates in the daily Journal Officiel, and in principal agreed the public to its debates. However it proved difficult to find a large enough room and the problem was never really solved. Such theory that was ever formulated in 1871 was based on the ideas of 1793 of popular sovereignty : those elected to represent the people were to act as delegates, not as parliamentary members. The popular clubs in particular several times claimed that sovereignty lay as much with them as with the as with the Commune at the Hotel de Ville. Those elected by the people were subject to recall by the people and it was the duty of those elected to report back and remain in constant touch with the sources of popular sovereignty. Their was talk in some of the clubs of bringing pressure on the commune , and attempts were made towards grouping the forces of the clubs so as to be able better to do this. Some members of the Commune did try to keep in close touch with the forces that brought them to power frequenting the clubs.

Politics of the Commune

The actual social legislation passed by the commune seems reformist rather than revolutionary, taking up demands that had been formulated by the labour movement during the preceding 20 to thirty years. Rents owing for the period of the siege were cancelled but otherwise the rights of private property were not questioned. After much debate a three year delay was granted for the payment of outstanding bills. Taken together these measures shocked bourgeoisie opinion outside Paris. The Commune set up unemployment exchanges in the town halls and abolished night work for bakers in face of opposition from the employers. The most pressing social question facing the commune was that of unemployment and took the radical step of allowing trade unions and workers co-operatives to take over factories not in use in order to start up them up again. However more extreme suggestions that all the big factories of the monopolists should be taken over by the workers were rejected. By the 14 of May 43 produces co operatives had been formed among the many craft industries in the city.

In the field of education the main effort was to provide basic elementary education for all. The reform movement was strongly against the church schools which amounted to just over half the schools in Paris. National guards were used to evict priests and nuns and replace them by republicans. Women’s education was given special attention having being the most neglected area. A special commission was formed with an all-female membership to oversee the attempts made to set up girls schools. Day nurseries to be situated near the factories were also proposed as a means to help working women. None of these schemes - of co-operative industrial organisation or of educational reform could come to much. There was too little time and the war had to be won.

More important than any particular measure was the very existence of the commune as a government that included a substantial proportion of working men and one that for once seriously intended to improve the lot of the majority of the population

Theirs and his ministers at Versailles has no doubt that the Paris Commune was a declaration of social change that had to be crushed by civil war. This was a view shared by governments outside France, for the very existence of the Commune roused the fury of the European bourgeoisie. On the 29 March The London Times described the revolution as the predominance of the Proletariat over the wealthy classes, of the workman over the master, of Labour over Capital The Russian Emperor pressed the German government not to hinder the French repression of the Commune because the government at Versailles was a safeguard for both France an all Europe and Bismarck threatened to use the German army if Theirs did not hurry up. It is from the Right as much as from the Left that the socialist nature of the Commune can be and was seen.

A festival of the Oppressed

In many ways the most striking aspect of the Commune was the festive nature of Paris ; it was a ’festival of the oppressed’, . The atmosphere within the capital was not that of a city dominated by war, the city had ’all the signs of simply being on holiday’.

Soon however the mood became grave. The funerals of National Guardsmen killed in the fighting became grand processions across the city, headed by members of the commune and anyone who refused to bear his head was forced to by the hisses of the crowd. Another moment of drama was provided when the Freemasons rallied to the Commune and marched with their banners, never seen before in public to the city walls, where they sent off a deputation to see Theirs (who refused to met them and they returned to Paris). Huge Public ceremonies were held such as the burning of a guillotine and the demolition of the Vendôme Column (a symbol of the empire) . The excitement was so intense an English observer wrote that people moved about as if in a dream Even on the very day that the Versailles forces broke into Paris-Sunday the 21 of May there were large crowds in the Tuileries gardens listening to one of a series of concerts given in aid of the wounded widows and orphans.

To an extent the commune was the re conquest of the city by the greater part of the population who had been driven out to the suburbs by Haussmans redevelopment schemes. For a time a large part of the population became actively involved in public affairs whether at the level of their district or of that of the whole city

The end of the Commune

The commune heavily fortified as it was and with a substantial military force at its disposal was able to hold our against Thiers and the army for two months however on the 21st of May the government troops entered Paris. There followed a werek of bitter and bloody street fighting all the more bitter because the Parisians could no longer hope to win.

Few preparations had been made for the eventuality that the French troops would enter Paris and the much talked on second line of defence did not exist. Those in charge of erecting barricades had been too methodical and slow so very few barricades existed. Through the night and into Monday morning troops poured into Paris by 5 different gates. They quickly occupied two bourgeois districts in the south west of the city. From there a two pronged attack occurred one along the left bank of the Seine and the other on the Right bank. Haussmans boulevards were to show their value in enabling rapid movement of large numbers of men to outflank revolutionary districts and their barricades. By the morning of Monday May 22 the western third of Paris was in government hands after hardly any fighting and some 1,500 National Guards had surrendered.

The commune assembled at 9.00, twenty members being found at the Hotel de Ville, a poster was drawn up calling citizens to arms on the Barricades.

Barricades were quickly erected in the centre of Paris. On the rude de Rivoli 50 masons built in a few hours a barricade 18 feet high and several yards deep. Swarms of children brought up barrows of earth and the prostitutes from La Halle helped filled the sacks. Over 160 barricades were erected on the first day, over 600 in all. Most were only 5-6 feet high constructed of paving stones dug up from the streets with sometimes metal grills from the base of trees thrown at the foot, a cannon or a machinegun and a red flag wedged on top.

The barricades in the rue de Beaubourg were made largely of mattresses from a nearby warehouse, thrown down into the street by women. Others were simply obstructions of overturned busses and cabs, sandbags bricks or anything else. Everybody who passed was forced to help. In the Place Blanche a battalion of 120 women erected the legendary barricade which they defended vigorously on the Tuesday many being massacred after it fell. Those Federals that had retreated in front of the French army dispersed back to their homes saying they preferred to die in their own quarters.

The very strong criticisms Blanqui had made in 1868 of the June 1848 rising are also applicable to the barricades on the commune. The tactic of fighting for your own area with no central organisation made it easy for the army to group its forces and take the barricades one by one.

Early Tuesday morning the Versailles troops moved through the neutral zone outside Paris, the Prussians turning a blind eye, and entered Paris through another gate capturing 2 more suburbs of Paris. The massacres that were to grow more fearsome as the werek advanced now began, 42 men, 3 women and 4 children were shot in front of a wall, a court martial was improvised in a house on rue de Rosiers and for the rest of the week batches of prisoners were taken there to be executed. On Tuesday night the Communards began to burn down any buildings that threatened the safety of the barricades by sheltering snipers. The whole of the rue de Rivoli was a sheet on flames, the Tuluise Palace and the Ministry of Finance were all on fire. Firemen had been sent to try and put it out but they were unsuccessful, and its huge red and black plumes from masses and masses of documents rose into the sky showering the city with a fine rain of charred paper. The wind carried fragments as far as Saint German ten miles away and crowds assembled to watch the spectacle of Paris burning. The barricade there was not finally taken until Wednesday morning, one of the last to fall being a women who sprang onto it waving a red flag defiantly at the troops.

Some 30 defenders were taken prisoner and shot, their bodies thrown into the ditch in front of the barricade. At 8.00 on Wednesday it was decided to abandon the Hotel de Ville and it was set on fire to cover the retreat. Paris in flames was and still often is the most common picture presented of the Commune, the list of buildings destroyed is enormous, some buildings, understandably, like the Prefecture of Police and the Palace of Justice being fired by the Commune, some by the Versailles shells. Rumours were spread, almost definitely unfounded or the petroleuses, women incendiaries who went around setting fire to basements, on the bases of the rumour many innocent women were shot. However many of the communards knew this was to be their last stand and were pleased to take Paris with them. On the Wednesday a National Guard officer tried to persuade his men to join him in the Arsenal munitions depot to blow it (and them) up, assuring them we will all go up together mes enfants.

As word of the massacre spread crowds began to press for the execution of Hostages held in revenge for the massacres going on throughout Paris. Ferre agreed to sign an order for six to be handed over. The Governor of the prison, himself appointed by the commune refused to surrender the Archbishop whom the crowd wanted most of all because his name was not on the list. Ferres secretary hurried back and Ferres added to the note and particularly the Archbishop, and so he was shot,

Meanwhile in Paris a more indiscriminate slaughter was taking place, each time a barricade fell, the defenders were put up against a wall and shot ; 300 were shot after they fled for sanctuary into the Madelaine church. The seminary adjoining Saint-Sulpice had been turned into a hospital, Versailles troops arrived and proceeded to shoot all the medical staff and their patients leaving behind 80 corpses, they same occurred in Beaujon hospital. The battle for the Latin Quarter lasted 2 days, the Tuesday and the Wednesday. Throughout Thursday and Friday the Communards were pushed back, gradually loosing control of the city. Saturday morning dawned foggy and raining for the second day running. some of the last fighting on this day took place in the Pere-Lachaise cemetery where about 200 National Guards had foolishly failed to put into a proper state of defence. The army blew open the gate and there was biter hand to hand fighting around the tombs in the heavy rain and falling light. Those not killed in the fighting were lined up against a wall in the eastern corner of the cemetery and shot, the killings continued there for several days. The very last barricade held out for a quarter of an hour defended by a single man. He fired his last shot and walked away and so by Sunday the 28th of May the Commune had completely collapsed.

If the battle was over the shooting was not. The Versailles victory quickly became a blood bath, anybody in any way connected to the commune or just in the wrong place at the wrong time was shot. Anybody who was in Paris was thereby suspect, guilty even. This reaction of the officers shows the shift to the right that had occurred within the French army.

Far more died during that last week in May than in any of the battles of the Franco Prussian war, than on any of the previous massacres in French History. The terror of the French revolution amounted to about 19,000 deaths in a year and a half. There is no exact figure but something in the region of 30,000 Parisians were killed during the commune compared to the Versailles losses of 900 dead and 6,500 wounded.

About 50,000 were arrested, among them Louise Michel. At her trial she demanded to be shot saying Since it seems as if every heart that beats for liberty has only the right to a little lead, I too demand by share . Instead she was deported to New Caledonia, a French colony of the coast of Australia along with 4,500 others. Many died in prison or on the transports. Those who escaped went onto exile in Switzerland, Belgium, Britain or further afield. Two in fact ended up marrying two of Marx’s daughters in Britain. As Marx wrote to Engels Longuet is the last Proudhonist, Lafargue is the last Bakuinist. The devil take the two of them .

Nine years later a general amnesty was voted. This was as a result a republican and ’socialist’ electoral victories , culminating in the election of a shoe-maker, ex member of the Paris Commune as a socialist Deputy for Belleville. Just previously 25,000 people had responded to the appeal of the socialists, and in spite of police attacks had held the first commemorative demonstration at the Wall of Père-Lachaise.

The Legacy of the Commune

The immediate consequences of the defeat of the Commune were disastrous for the French Labour moment as a period of severe repression followed the blood letting of the last week. Paris remained under martial law for 5 years and the International was outlawed. Armed with new political powers, the police were active in rounding up political activists who were given heavy sentences. The International was practically forced out of existence. The leading activists of the working class were either dead, imprisoned or in exile.

LES ENFANTS COMBATTANTS DE LA COMMUNE

mardi 8 mai 2018 

La participation des enfants aux combats de la Commune de Paris est devenue avec le temps un objet d’étude à part entière [1]. Il est vrai que les sources existent. Il y a d’abord, aux Archives historiques de la Guerre, à Vincennes, les dossiers des conseils de guerre ainsi que les registres nominatifs des bataillons de la garde nationale et des corps francs. En outre, les communards et leurs contemporains ont apporté de très nombreux témoignages dans les récits et journaux qu’ils ont laissés.

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Carme, jeune communard prisonnier. 
Photographié par E. Appert

La guerre contre la Prusse, à l’été 1870, tourne vite au désastre pour les armées françaises. L’annonce de la défaite de Sedan précipite la chute de l’Empire et la proclamation de la République, le 4 septembre. Quelques semaines plus tard, les Prussiens sont aux portes de Paris. Le siège, qui débute précisément le 19 septembre et va durer plus de six mois, perturbe durablement la vie quotidienne de la population.

L’ENRÔLEMENT DES ENFANTS

La désorganisation de la vie économique amène nombre d’ateliers à recourir au chômage forcé, laissant ainsi beaucoup d’apprentis sans travail. De même, la fermeture des écoles et des lycées de la capitale encourage les familles aisées à se réfugier en province. Par contre, les enfants restés sur place sont rapidement livrés à eux-mêmes. Durant l’hiver 1870-1871, dans un Paris en état de siège, le marché noir est en plein essor. Le développement d’un petit commerce et de la contrebande est d’abord le fait d’une jeunesse oisive, affamée et sans le sou. Cette situation de guerre et de privation est en somme largement favorable à la participation de la jeunesse à l’effort de guerre.

Le premier enrôlement de jeunes Parisiens a lieu en octobre 1870, place du Carrousel. Il concerne des enfants et adolescents sans attache, placés en institution, à qui on donne un uniforme et une solde. Il s’agit pour les autorités de les recruter au service des dépêches ou au service d’édification des barricades. Les plus âgés peuvent rejoindre les corps francs. Ces jeunes recrues sont ainsi essentiellement cantonnées au rôle traditionnel d’auxiliaires dévolu aux enfants de troupe, occupant des postes dans les messageries ou la mise en œuvre du dispositif de défense. Le Journal officiel de la Commune note encore, dans l’ultime paragraphe de son dernier numéro du 24 mai 1871 : « Nous avons vu, dans une des rues transversales du Faubourg du Temple, une barricade entièrement élevée, en quelques heures, par une vingtaine d’enfants, dont le plus âgé n’avait pas quatorze ans. Nous devons reconnaître que ce n’était pas la plus mal faite  ». Pour sa part, Léonce Dupont, un journaliste bonapartiste qui n’a que mépris pour ces enfants enrôlés, écrit : «  Aussi bas que possible dans la hiérarchie des auxiliaires dont s’est servie la Commune, il y a des « gavroches ». (…) C’est une espèce d’enfants tout à fait distincte des autres ; elle ne germe que sur le pavé de Paris, espèce sordide et misérable qui tient du chat et du rat, nuisible à ses heures, intéressante, pétillante, abjecte. On appelle ces enfants des « gavroches » [2].

« À partir du 18 mars 1871, la situation change. La garde nationale fédérée s’empare du pouvoir. La guerre, de patriotique devient une guerre civile » [3]. Héritière des révolutions de 1830 et 1848, la population parisienne qui se soulève et proclame la Commune le 28 mars est composite, comptant dans ses rangs femmes et enfants. Pour les nouveaux élus de la capitale, la jeunesse est une priorité. Le programme d’éducation au cœur du projet politique se veut ambitieux, prônant notamment un enseignement gratuit et obligatoire pour tous. Dans ces conditions, dans aucune intervention de dirigeants communards n’apparaît d’appel à mobiliser de jeunes recrues. Ils s’en tiennent au règlement de la Garde nationale parisienne dont le recrutement, depuis la guerre, a été élargi à tous les hommes valides de vingt à quarante ans, une tolérance étant accordée à dix-sept ans. Aussi, malgré le besoin en hommes, des officiers font la chasse, dans plusieurs bataillons, aux fédérés « hors d’âge  » ou qui n’ont pas l’âge, comme l’indiquent les rôles des compagnies [4].

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Apprentis au milieu de fédérés posant devant la Colonne Vendôme démolie.

Qu’est-ce qui motive alors l’incorporation des jeunes Parisiens ? Il est incontestable que la politisation constante de la vie publique depuis le 4 septembre a motivé les enrôlements, mais n’explique pas l’ampleur des engagements. Le premier motif est sans aucun doute économique. Le chômage accru depuis le blocus de Paris a contraint particulièrement les adolescents intégrés professionnellement à s’engager, afin de recevoir les trente sous par jour de la solde. Eugène Achart, 15 ans, explique ainsi à ses juges qu’il a intégré la Garde nationale après avoir quitté son travail chez un passementier fragilisé par le blocus [5]
L’environnement familial a aussi son importance. Des familles entières ont combattu pour la Commune, beaucoup d’enfants s’enrôlant avec leur père. C’est le cas, selon les registres officiels, de Joseph Amat, terrassier, qui entre en avril à la 1re compagnie de la 17e légion avec ses fils Joseph, 15 ans, fumiste et Antoine, 12 ans, sans profession. Les solidarités basées sur les réseaux professionnels ou le voisinage ont également joué. Il n’est pas rare en effet que les hommes d’un quartier se retrouvent dans les mêmes unités combattantes [6]. L’entrée des versaillais dans Paris, le 21 mai, modifie brutalement la situation militaire. La Commune, après avoir débattu de l’opportunité de lancer des offensives, est contrainte désormais d’organiser la résistance.

L’ÉPREUVE DU FEU DANS LES COMBATS DE RUE

D’après les dernières recherches [7], trois bataillons, sur les 250 à 300 unités constituées, ont incorporé massivement des enfants. Le bataillon des Pupilles de la Commune est composé d’enfants âgés de onze à seize ans, la plupart orphelins, encadrés par des adultes. Le bataillon des Vengeurs de Flourens, en hommage au célèbre communard sommairement exécuté en avril, est constitué majoritairement d’adolescents entre 15 et 17 ans. Le troisième, le bataillon des Turcos, aussi appelé les Défenseurs de la République, est encore peu connu. D’après les archives, de nombreux autres bataillons fédérés incorporent des enfants, surtout des adolescents de plus de quinze ans. Les registres militaires, qui précisent les noms et l’âge des engagés, attestent de leur présence. Il est toutefois difficile de chiffrer avec précision leur nombre. Dans le bataillon de Clichy, 34e bataillon de la Garde nationale, une compagnie regroupe ainsi une vingtaine de recrues âgées entre 14 et 17 ans sur une centaine d’hommes. Cependant, les enfants trop jeunes qui se présentent ne sont généralement pas incorporés. C’est le cas du jeune Léon Drouet, 11 ans, à qui la 6e compagnie, pour le consoler, accorde un uniforme complet de garde national [8]. Par ailleurs, dans son étude, Quentin Deluermoz note à la fois l’armement sommaire des jeunes recrues et le peu d’information dont nous disposons sur leur formation militaire [9].

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Des enfants participent et assistent au retour des canons à Montmartre.

Il semble bien que les enfants ne se soient pas battus en dehors de Paris. Par contre, pendant la Semaine sanglante, ils participent activement à la défense des barricades dans les quartiers populaires de la capitale. Les rares bataillons d’enfants et adolescents sont au cœur des combats, comme l’attestent de nombreux témoins. Verlaine rapporte, dans ses Confessions écrites un an avant sa mort [10], une scène qu’il a observée au Quartier Latin en mai 1871 : « Vers dix, onze heures, nous perçûmes distinctement la fusillade qui s’approchait. (…) Et du balcon, nous assistâmes au déploiement en bon ordre du bataillon des Vengeurs de Flourens, (…) gamins dans les 15, 16 ans, vêtus en chasseurs à pied de la garde impériale, costume noir et vert, culottes de zouaves, large ceinture blanche et l’air crâne, mais qui se firent tuer jusqu’aux derniers, le lendemain, à la barricade du pont d’Austerlitz par des marins trop furieux, vraiment… ». Autre témoin oculaire, Lissagaray décrit dans son Histoire de la Commune de 1871, le combat acharné du bataillon despupilles de la Commune autour de la place du Château-d’Eau, un des bastions de la résistance communarde (actuelle place de la République). Le 25 mai, « Brunel [un des principaux chefs militaires] et les braves pupilles de la Commune s’obstinent rue Magnan et sur le quai de Jemmapes  ». Puis, lorsque Paul Brunel est grièvement blessé, «  les pupilles l’emportent sur un brancard à travers la place du Château d’Eau  ». Il leur doit d’avoir survécu [11].

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Enfant servant une pièce d’artillerie 
Illustration The Graphic

De nombreux observateurs soulignent aussi dans leurs récits l’abnégation des jeunes recrues, souvent derniers défenseurs sur les barricades, tel Gavroche, personnage hugolien devenu l’archétype du jeune émeutier parisien. Dans son célèbre journal, Edmond de Goncourt note à la date du mardi 23 mai 1871 : « La résistance est très longue à la barricade Drouot. (…) Enfin, deux ou trois derniers crépitements ; et presque aussitôt, nous voyons fuir la dernière bande des défenseurs de la barricade, quatre ou cinq jeunes garçons de quatorze ans, dont j’entends l’un dire : « Je rentrerai un des derniers ! » » [12]. Dans ses mémoires, le typographe Jean Allemane relate également les derniers combats acharnés sur les barricades du Quartier Latin : « Résolu à mourir, je tirais sans discontinuer. Mes compagnons, dont deux enfants d’une quinzaine d’années, faisaient de même » [13]. Allemane sera d’ailleurs lui aussi sauvé par deux fois par un gamin de 14 ans. Communard plus obscur, Georges Jeanneret témoigne depuis son exil en Suisse : « La barricade, évacuée déjà par les fédérés, arrêtait cependant encore l’ennemi : il restait derrière cinq héroïques gavroches, qui eurent une grande chance d’échapper à la mort, un peu plus tard, en s’enfuyant juste au moment où les versaillais, pénétrant par les ruelles du voisinage, tournaient la barricade » [14]. Enfin, des contemporains évoquent la participation d’adolescents aux exécutions d’otages orchestrées par la Commune finissante. Le médecin républicain Louis Fiaux indique, dans son Histoire de la guerre civile de 1871, que le peloton d’exécution qui exécuta Mgr Darbois, archevêque de Paris, était composé «  surtout de jeunes gens, presque des enfants » [15]. Mais, les fusillades de l’armée versaillaise, qui culminent au moment de la Semaine sanglante, n’ont pas épargné non plus les jeunes communards. Les témoignages abondent (Victorine Brocher ou le diplomate Washburne). Dans une dépêche diplomatique du 24 mai, Washburne, ambassadeur des Etats-Unis, signale la présence sur la Chaussée d’Antin de « huit cadavres d’enfants, dont le plus âgé n’avait pas quatorze ans ; on les a surpris en train de distribuer des boîtes incendiaires, et fusillés sur-le-champ » [16].

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Enfants à la prison de Versailles

LES PROCÈS

Au terme de cette brève étude, il est nécessaire de revenir sur la répression judicaire des autorités versaillaises contre la jeunesse communarde parisienne. Maintes fois analysée, elle a été brutale, sans distinction de sexe et d’âge. 651 enfants de sept à seize ans, dont le quart n’a pas 15 ans, furent arrêtés d’après le rapport officiel du capitaine Guichard [17]. La grande majorité fut relaxée, seuls 80 mineurs furent traduits en conseil de guerre dans des procès collectifs expéditifs [18]. Faisant le bilan des condamnations, Lissagaray relève que 56 d’entre eux furent condamnés à l’enfermement en maison de correction jusqu’à leurs 21 ans, 5 à des peines d’emprisonnement et un (un jardinier de 16 ans) à la déportation en Nouvelle-Calédonie [19]. Ajoutons que l’enfermement des mineurs jugés par les versaillais a été l’objet d’une étude singulière, concernant la prison de Rouen et son médecin aliéniste, le Dr Morel [20].

Au final, l’enrôlement de jeunes combattants dans la guerre civile de 1871, phénomène mineur et toujours difficile à quantifier, résulte avant tout des sociabilités locales, familiales et professionnelles plutôt que de la volonté délibérée des autorités communardes.

[[ÉRIC LEBOUTEILLER


[1Un article illustré sur le sujet est déjà paru par le passé dans notre bulletin. Paul Doussin, « La Commune et l’enfance  », La Commune, n° 8, septembre 1977.

[2Léonce Dupont, La Commune et ses auxiliaires devant la justice, Paris, Didier et Cie, 1871, p. 146.

[3Thomas André, « Les Enfants perdus de la Commune  », Cultures et Conflits, n° 18, été 1995 (en ligne), p. 3.

[4Ibidem, p. 4.

[5Quentin Deluermoz, «  Les Gamins de Paris, combattants de la Commune (1871)  », in Marion Pignot (dir.), L’Enfant soldat, XIXe-XXIe, A. Colin, 2012, p. 56.

[6Ibidem, p. 55-56.

[7Thomas André, op. cit., p. 3-4.

[8Ibidem, p. 4.

[9Quentin Deluermoz, op. cit., p. 59.

[10Paul Verlaine, Confessions, Magnard, 2002, p. 189-190.

[11P.-O. Lissagaray, Histoire de la Commune de 1871, La Découverte, 2000, p. 349.

[12Ed. de Goncourt, Journal. Mémoires de la vie littéraire II (1866-1886), R. Laffont, cité par Thomas André, op. cit., p. 2.

[13J. Allemane, Mémoires d’un communard, La Découverte, 2001, p. 159, cité par Th. André, op. cit., p. 6.

[14G. Jeanneret, Paris pendant la Commune révolutionnaire de 1871 (ouvrage paru en 1872), cité par Th. André, op. cit., p. 6.

[15L. Fiaux, Histoire de la guerre civile de 1871, Charpentier, 1879, cité par Th. André, op. cit., p. 6.

[16Quentin Deluermoz, op. cit., p. 60.

[17Enquête parlementaire sur l’insurrection du 18 mars. Rapport du capitaine Guichard : Du rôle des enfants dans l’insurrection, cité par J. Rougerie, Procès des communards, Gallimard, 1973, p. 120-121.

[18Ibidem, p. 122-123 (exemple de procès d’enfants cité par J. Rougerie).

[19Lissagaray, op. cit., p. 428.

[20Liste dressée de jeunes communards incarcérés par J.-C. Vimont, « Les jeunes communards incarcérés dans le quartier correctionnel de la prison de Rouen », in Cl. Latta (dir.), La Commune de 1871, Actes du colloque de Montbrison (mars 2003), Publications de l’Université de Saint-Etienne, p. 258-261.